mercredi 26 décembre 2018

1er janvier 1959 Fidel Castro s'empare du pouvoir à Cuba

Dans l'euphorie de la décolonisation, l'année 1959 s'ouvre sur la fuite d'un dictateur corrompu et méprisé, Fulgencio Batista et le triomphe d'un jeune guérillero romantique, rieur et barbu. Cela se passe à Cuba, la « perle des Antilles », une île tropicale évocatrice de tous les plaisirs de la terre.
La prise de pouvoir de Fidel Castro, au terme d'une campagne-éclair de deux ans, offre l'espoir d'un nouveau départ de l'Amérique latine, un espoir bien vite trahi.
André Larané
Fidel Castro après sa prise de pouvoir (1959)
La perle des Antilles
À la veille de la prise de pouvoir de Fidel Castro, Cuba compte 6 millions d'habitants dont un tiers de Noirs et métis. Grâce au sucre, au tabac (les célèbres cigares Havane) et au tourisme de luxe, le pays figure parmi les plus prospères d'Amérique latine derrière l'Argentine, l'Uruguay et le Chili.
Dans les années 1950, la population est déjà alphabétisée à 80%. La capitale, La Havane, est encore considérée comme l'une des plus belles villes du monde. Elle a une réputation sulfureuse mais la prostitution est loin d'y atteindre l'ampleur qu'elle aura au début du XXIe siècle en République dominicaine, en Thaïlande... ou à Cuba même.

Parcours inattendu d'un enfant de la bourgeoisie

Fils d'un riche planteur cubain d'origine espagnole, Fidel Castro fait des études de droit et se marie en 1948 avec la fille d'un avocat proche de Fulgencio Batista, l'homme fort du pays. Ce métis a débuté comme sergent et s'est gagné une immense popularité grâce à son talent de démagogue (son parcours ressemble assez à celui d'Hugo Chavez, homme fort du Venezuela en 2008).
Après le coup d'État de Batista, le 10 mars 1952, le jeune Fidel Castro se lance avec fougue dans l'action politique, mû avant tout par la haine de l'impérialisme américain. Avec une centaine de partisans, il attaque le 26 juillet 1953 la caserne de Moncada, à Santiago-de-Cuba. C'est un fiasco sanglant. Arrêté ainsi que son frère cadet Raul, il est condamné à 15 ans de prison.
Libéré dès 1954 à la faveur d'une amnistie, il se réfugie au Mexique où il fonde le « Mouvement du 26 juillet » ! Il rencontre à cette occasion Ernesto Guevara, un jeune médecin argentin surnommé le Che(l'Homme). Comme Raul Castro, ce dernier se déclare marxiste-léniniste et confesse sa proximité avec l'Union soviétique mais il n'arrive pas à faire partager ses opinions par Fidel.
Dès le 2 décembre 1956, Fidel Castro revient clandestinement à Cuba à bord d'un petit bateau de fortune, le Granma. Il débarque sur une plage de l'Oriente, la côte méridionale de l'île, avec 81 compagnons au total. Une semaine plus tard, traqués par l'armée cubaine, ils ne sont plus que douze. Comme les apôtres ! Ces rescapés prennent le maquis dans la Sierra Maestra. Parmi eux Ernesto CheGuevara et Raul Castro. Quelques jeunes gens, paysans ou bourgeois comme eux, les rejoignent. Avec un effectif d'une trentaine d'hommes, Fidel Castro se permet d'attaquer une caserne. C'est alors le début d'une longue marche triomphale...

Fidel si Fidel no (ORTF - 10/05/1963),   source : INA

Une marche triomphale

Fidel Castro et ses partisans dans la Sierra MaestraComme le Cid, Fidel voit très vite grossir les rangs de son armée. L'insurrection s'étend et de plus en plus de jeunes Cubains, exaspérés par la corruption du régime et la dérive autocratique de Batista, rejoignent les rebelles. Ils sont plusieurs milliers pour le coup de grâce final, la fuite de Batista, le 1er janvier 1959.
Les « barbudos » triomphent. Pris de court par la fuite impromptue du dictateur, Fidel Castro ne veut pas hâter les choses. Descendant de la Sierra Maestra, il entre le soir du 1er janvier 1959 à Santiago-de-Cuba, deuxième ville du pays, sous les acclamations populaires... et devant les caméras du monde entier. Les États-Unis eux-mêmes lui apportent leur soutien. Il est vrai que Castro se présente en démocrate et rejette toute collusion avec les Soviétiques, ennemis mortels des Américains.
Le 8 janvier enfin, il entre à La Havane et pour démontrer sa bonne foi démocratique, supervise la formation d'un gouvernement civil. L'euphorie est de mise, à Cuba et dans le monde entier. L'île et ses habitants sont relativement prospères et rien ne semble devoir ternir le triomphe d'un chef aussi avenant ; une épopée comme en rêve Hollywood !
Tous les démocrates voient l'événement avec sympathie et même enthousiasme. C'est l'époque où les intellectuels et les poètes, tel le Chilien Pablo Neruda, dénoncent la subordination des dictateurs sud-américains au gouvernement de Washington et la mainmise des multinationales étasuniennes sur les « républiques bananières », ainsi appelées parce que leur économie est dépendante des plantations de bananes détenues par la firme United Fruit.

Un caudillo marxiste-léniniste

Le jeune Fidel, qui se fait appeler « Líder Máximo », s'inscrit dans la tradition latino-américaine du caudillisme, autrement dit un pouvoir dictatorial acquis par les armes, avec des visées sociales et le soutien passionné des masses populaires.
Il liquide les partisans de l'ancien dirigeant ainsi que ses opposants au terme de procès expéditifs, avec une brutalité qui ne manque pas de surprendre même ses soutiens étrangers. Dès 1960, on enregistre plus d'une centaine de fusillés et 70 000 prisonniers politiques sur une population de cinq millions d'habitants. C'est pour les opposants le début d'un exode massif vers Miami, en Floride.
Très vite, par souci de justice sociale, Fidel Castro lance une vaste réforme agraire. Puis il nationalise les plantations de canne à sucre, dont la moitié appartiennent à des groupes étasuniens. Pour manifester son indépendance à l'égard de son très puissant voisin, il a aussi le front de rétablir des relations diplomatiques avec l'Union soviétique. C'est plus que n'en peuvent supporter les États-Unis. Le président Dwight Eisenhower décrète un embargo et interdit aux entreprises américaines et alliées de commercer avec Cuba.
La menace est sérieuse. Castro connaît comme tout un chacun les précédents de l'Iran et du Guatemala dont les gouvernants ont été renversés par la CIA (les services secrets américains) pour avoir voulu retrouver leur indépendance économique : Mossadegh en 1953 et Arbenz en 1954. Pour échapper à leur sort, il n'a d'autre choix que de se jeter dans les bras de son nouvel allié.
Devenu une base avancée de Moscou à 150 km de la Floride, son régime suscite l'effroi aux États-Unis. Après le fiasco du débarquement de la baie des Cochons et la crise des fusées, qui fait craindre une guerre nucléaire, Cuba passe sous l'entière dépendance de l'URSS dont Castro devient le représentant auprès de tous les rebelles du tiers monde.    
Jean-Paul II et Fidel Castro en 1998 (DR)En ce début du XXIe siècle, les désillusions sont immenses mais le régime castriste se maintient envers et contre tout. Nostalgie aidant, le vieux « Líder Máximo » s'offre même le luxe de recevoir des hommages du monde entier, y compris du pape Jean-Paul II en 1998 !
Le 24 février 2008, il passe les rênes du pouvoir à son frère Raúl, son compagnon de tous les moments, de cinq ans plus jeune (il est né le 3 juin 1931).
En Amérique latine, où l'on espérait que la démocratie l'emporterait enfin, on voit au même moment émerger une nouvelle forme de caudillisme portée par des disciples de Fidel : Ortega au Nicaragua, Morales en Bolivie, Chavez au Venezuela.

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