mercredi 26 décembre 2018

1944-1974 L'embellie

Sans attendre la capitulation allemande, le gouvernement provisoire du général Charles de Gaulle relève la République. Les principaux collaborateurs des nazis sont jugés et pour certains condamnés à mort tandis que sont nationalisées les usine Renault pour faits de collaboration. Les élections municipales d'avril 1945 donnent aux Françaises l'occasion de voter pour la première fois.
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Vive la vie !
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les experts et les économistes ne donnent pas cher de l'avenir de l'Europe. Contre toute attente, celle-ci, la France au premier rang, est saisie d’une frénésie de vie. La fécondité se redresse jusqu'à atteindre au début des années 60 une moyenne de près de 3 enfants par famille, soit deux fois plus qu’au cours de la génération précédente (et davantage que dans l'Algérie ou l'Iran des années 2000).
Stables et motivées par le désir d'assurer de bonnes conditions de vie à leurs enfants, les nouvelles familles françaises se montrent dures à la tâche. La croissance économique atteint des records jamais égalés : +4 à 6% par an. La France rompt avec son passé colonial, modernise résolument ses structures industrielles et s’engage dans la construction européenne.
À Sétif et dans quelques autres villes d'Algérie, le 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande, la troupe réprime violemment des manifestations spontanées de musulmans en faveur de l’autonomie. Ce sont les prémices de la guerre d'Algérie.
Une Assemblée constituante, dominée par le PCF (communistes), la SFIO (socialistes) et le MRP (chrétiens-démocrates), soumet au pays un projet de Constitution qui établit un régime parlementaire assez semblable à celui de la IIIe République d'avant la guerre.
Le général Charles de Gaulle, qui aurait souhaité un régime à dominante présidentielle plutôt que parlementaire, n'attend pas l'entrée en vigueur de cette IVe République. Il se retire le 20 janvier 1946.
La IVe République et le redressement national
Le 16 janvier 1947, un collège électoral élit le premier président de la IVe République, Vincent Auriol (63 ans).
Dans la « guerre froide » entre Soviétiques et Américains, consécutive à l'effondrement du nazisme, la France choisit résolument le camp occidental pro-américain en adhérant à l’OTAN. Elle se réconcilie aussi avec l’Allemagne (de l’ouest) en accueillant celle-ci au sein de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), une initiative lancée par Jean Monnet et Robert Schuman le 9 mai 1950.
Dans le droit fil de cette première initiative européenne, six pays d’Europe occidentale, dont la France, signent le 25 mars 1957 le traité de Rome qui fonde la Communauté Économique Européenne (CEE) à l’origine de l’actuelle Union européenne.
Pierre Mendès-France et la décolonisation
Tandis que chacun retrousse ses manches pour reconstruire le pays, la IVe République est très vite entraînée dans les guerres de décolonisation. Le 29 mars 1947, une insurrection éclate à Madagascar. Mais, brouillonne, elle est réprimée avec brutalité sur le champ.
Autrement plus grave est la guerre d'Indochine, inaugurée le 19 décembre 1946 par l'insurrection du Tonkin, à l’appel du parti communiste vietnamien de Hô Chi Minh. Tandis que capitule le camp retranché de Diên Bên Phu (7 mai 1954), le président du Conseil Pierre Mendès-France met un terme à cette guerre. À la conférence de Genève, il négocie le retrait de la France et le partage du Viêt-Nam.
À leur tour, les indépendantistes algériens du FLN déclenchent le 1er novembre 1954 une insurrection. C’est la « Toussaint rouge ».
Le 20 août 1955, ils fomentent des émeutes sanglantes à Philippeville.
Paris ne se résigne pas à lâcher l'Algérie où vivent un million d'Européens depuis plusieurs générations mais, dans le même temps, accorde une pleine indépendance au Maroc le 2 mars 1956 et à la Tunisie le 20 mars 1956.
L'imbroglio algérien ramène de Gaulle au pouvoir
Lorsque le président égyptien Nasser, solidaire des indépendantistes algériens, nationalise le canal de Suez le 26 juillet 1956, Français et Britanniques organisent une opération aéroportée sur Port-Saïd sous le prétexte de protéger le canal. Ils devront se retirer presque aussitôt sous la pression conjuguée des Soviétiques et des Américains.
En Algérie, le FLN en vient à commettre des attentats aveugles au cœur d’Alger. Le gouvernement de Guy Mollet donne pleins pouvoirs le 7 janvier 1957 au général Massu et à ses parachutistes pour y mettre fin. Très vite, journaux et intellectuels dénoncent le recours à la torture.
Les soubresauts de la question algérienne ont raison de la IVe République. Le 13 mai 1958, les Algérois d'origine européenne en appellent au général de Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France sur l'Algérie. Le 30 mai 1958, le président de la République René Coty appelle le général à former un gouvernement.
De Gaulle fonde la Ve République
Le 28 septembre 1958, les Français votent par référendum pour une nouvelle Constitution. Les habitants des colonies africaines votent également sur leur devenir et ceux de Guinée ayant demandé leur indépendance, à l’instigation de Sékou Touré, celle-ci leur est accordée sans délai le 2 octobre 1958.
Le 21 décembre 1958, Charles de Gaulle est élupour sept ans à la présidence de la République par un collège électoral qui réunit les parlementaires et d'autres élus. Le 28 décembre 1958, est créé un « nouveau franc », en accompagnement du plan de redressement économique conçu par Jacques Rueff avec l’aval du ministre des Finances Antoine Pinay.
Le 16 septembre 1959, dans une déclaration télévisée, le général de Gaulle évoque pour la première fois le « droit des Algériens à l’autodétermination ». Au cours de l'année suivante, les colonies d'Afrique noire accèdent pacifiquement à l'indépendance. En Algérie, dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, un « quarteron de généraux à la retraite » tentent de soulever les militaires et les Pieds-noirs dans un effort désespéré pour maintenir le territoire à l'intérieur de la République française. Échec du « putsch d'Alger ».
Le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettent fin à la guerre d'Algérie, non sans générer beaucoup de ressentiments parmi les militaires et les Européens d'Algérie, contraints au repli en métropole. Le 22 août 1962 survient l'attentat du Petit-Clamart, contre le général de Gaulle. Ce dernier met à profit l'émotion qui secoue le pays pour proposer l'élection du président de la République au suffrage universel direct et non plus indirect. C'est la dernière touche au régime présidentiel qu'il a toujours souhaité pour le pays.
Georges Pompidou, conseiller de De Gaulle, nommé par celui-ci au poste de Premier ministre, s'attelle à la modernisation du pays et de son industrie. La France entre, comme ses voisins, dans la société de consommation... Le 18 mars 1967, le pétrolier Torrey Canyon s’échoue dans la Manche. Cette première « marée noire » donne le coup d’envoi des mouvements écologiques mais il n’est pas encore question de réchauffement climatique.
1968, année charnière
1968 ! Une offensive communiste au Vietnam, en février, relance les manifestations contre la guerre sur les campus de Californie puis du reste de l'Occident.
Les Tchèques se prennent à rêver à un «socialisme à visage humain». Leur rêve sera écrasé par les chars soviétiques...
La jeunesse estudiantine s'agite, aussi bien dans l'Europe de l'Est, sous occupation soviétique, qu'en Europe, aux États-Unis ou au Mexique, où se préparent dans la confusion et le drame les Jeux Olympiques...
À Paris, le 3 mai 1968, la police évacue par la force 500 étudiants qui occupent la Sorbonne. Des barricades font leur apparition sur le boul'Mich du Quartier Latin, à Paris. Le 13 mai 1968, la France manifeste dans la rue contre de Gaulle, à l'occasion du dixième anniversaire de son retour au pouvoir. Les salariés se joignent aux étudiants. Mais le calme et l'ordre reviennent à la fin du mois.
Pompidou et le rêve industriel (1969-1974)
Le 28 avril 1969, au lendemain de l’échec d’un banal référendum, Charles de Gaulle démissionne. Il mourra l'année suivante. Entre temps, le 15 juin 1969, Georges Pompidou lui a succédé à la Présidence de la République. Il poursuit l'objectif de faire de la France une grande puissance industrielle, voire de rattrapper l'Allemagne. Mais il meurt de maladie le 2 avril 1974. Sa disparition coïncide avec la fin des « Trente glorieuses » (trois décennies sous le signe du développement et de la jeunesse).
La génération du chômage
Le monde occidental connaît une chute spectaculaire de l’indice de fécondité et, simultanément, un brutal ralentissement de la croissance économique, aggravé par le choc pétrolier consécutif à la guerre du Kippour (octobre 1973).
Giscard d'Estaing révolutionne les moeurs (1974-1981)
Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing (48 ans) devient le troisième président de la Ve République. Il engage dans la foulée un train de réformes : majorité à 18 ans, légalisation de l’avortement, fin du monopole public de l’audiovisuel, saisine du Conseil constitutionnel, collège unique, élection du maire de Paris, premières tentatives de maîtrise de l’immigration etc. Notons que le 22 août 1975, pour la première fois depuis 150 ans, en Corse, on tire sur les forces de l'ordre.
L’Europe fait encore rêver : le 10 juin 1979, le Parlement européen est pour la première fois élu au suffrage universel et Simone Veil en devient la présidente ; le 24 décembre 1979, le premier vol de la fusée Ariane, à Kourou, démontre la capacité des Européens à concurrencer Américains et Soviétiques dans la course à l’espace.
Mitterrand et le socialisme tranquille (1981-1995)
Valéry Giscard d'Estaing est battu aux élections présidentielles le 10 mai 1981 par François Mitterrand, candidat de l’Union de la gauche. Le 18 septembre 1981, à Paris, l'Assemblée nationale abolit la peine de mort. Cette initiative met la France au diapason des autres pays d'Europe occidentale. Le 22 septembre 1981 est inauguré le TGV Paris-Sud-Est. Le cœur de Lyon est à deux heures de Paris.
Le 20 mars 1986, après la victoire de la droite aux élections législatives, son leader Jacques Chirac devient Premier ministre. Il inaugure le premier gouvernement de « cohabitation » de la Ve République mais celui-ci débouche sur un échec et, le 8 mai 1988, François Mitterrand est réélu sans difficulté à la présidence de la République. Le 17 janvier 1991, la France participe au sein d’une coalition internationale à la guerre du Golfe contre l’Irak de Saddam Hussein.
Le 7 février 1992, les douze ministres des affaires étrangères de l'Union européenne signent un «traité d'union économique, monétaire et politique» à Maastricht, aux Pays-Bas. Les Français l’approuvent de justesse par référendum le 20 septembre 1992. Le 1er janvier 1993 entre en vigueur le Marché unique européen entre les 12 pays de la Communauté. Cette année-là, la France connaît sa première récession économique depuis la Libération.
Le 28 mars 1993, la défaite de la gauche aux élections législatives amène Édouard Balladur à la tête du gouvernement, pour une deuxième cohabitation. Le 6 mai 1994, la reine Elizabeth II et le président Mitterrand inaugurent le tunnel sous la Manche. L'Angleterre n'est plus tout à fait une île.
Chirac et la droite impuissante (1995-2007)
Le 7 mai 1995, Jacques Chirac est élu président de la République pour le dernier septennat avant l’entrée en vigueur du quinquennat. Le 28 mai 1996, il annonce la fin du service militaire obligatoire, vieux de deux siècles. Une dissolution intempestive de l’Assemblée entraîne la défaite de la droite aux élections législatives du 1er juin 1997. Il s'ensuit une troisième cohabitation, avec le leader socialiste Lionel Jospin à la tête du gouvernement.
Le traité européen de Nice du 26 février 2001, réputé bancal, et les spectaculaires attentats du 11 septembre 2001 sur New York et Washington engagent l’Europe et le monde dans des voies de traverse pleines d’incertitudes.
Jacques Chirac est réélu le 21 avril 2002, face au candidat de l’extrême-droite parvenu au second tour. Son premier gouvernement réforme l’âge du départ en retraite, puis s’abîme dans une impopularité qui débouche sur un rejet très net du projet de Constitution européenne par le référendum du 29 mai 2005. Le deuxième gouvernement est dirigé par Dominique de Villepin, proche collaborateur du Président et auteur d’un discours remarqué à l’ONU contre la guerre d’Irak, à laquelle la France refuse de participer. Il achoppe sur un projet de réforme du contrat de travail et assiste impuissant à l’envolée du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, choisi par la droite comme candidat aux élections présidentielles de 2007.
La suite est encore trop brûlante dans nos mémoires pour être gravée dans un livre d’Histoire.

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