lundi 14 mai 2018

6 juin 1982Israël déclenche la guerre du Liban

Après ses victoires sur ses voisins arabes lors des guerres des Six Jours et du Kippour, Israël doit admettre que la résistance palestinienne n'est pas morte, même si elle se manifeste de façon plus diffuse.
L'État hébreu croit pouvoir l'anéantir en attaquant le 6 juin 1982 le Liban, justement miné par des graves divisions internes liées à l'attitude à adopter face aux combattants palestiniens repliés dans le pays.
Béatrice Roman-Amat
Liban sous tension
À partir des années 1970, la société libanaise traverse une crise profonde. Après la guerre des Six Jours de juin 1967, le pays a vu arriver en masse des réfugiés palestiniens, dont certains armés et prêts à continuer la lutte contre Israël. La reconnaissance par les accords du Caire en 1969 de l'extraterritorialité des camps de réfugiés palestiniens ne met que temporairement d'accord les Libanais et l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), le mouvement de Yasser Arafat.
Un fossé de plus en plus profond se creuse entre les chrétiens maronites et les musulmans sunnites du pays. Les chrétiens souhaitent majoritairement le départ des fedayins (combattants palestiniens) alors que nombre de musulmans se placent dans une logique panarabe de soutien des Palestiniens contre Israël. Cette cassure se produit alors que l'évolution démographique du Liban a rendu caduque le « pacte national » de 1943, selon lequel la présidence de la République est réservée aux maronites, celle du Conseil aux sunnites et celle de la Chambre aux chiites. Le pacte se fonde sur le recensement de 1932 et ne prend pas en compte la croissance très rapide des communautés musulmanes au détriment des autres.
La guerre civile
Le 13 avril 1975, l'assassinat d'un garde du corps du phalangiste Pierre Gemayel, fondateur de milices maronites dans les années 1930, met le feu aux poudres. En représailles, les phalangistes massacrent des Palestiniens dans un bus. Une véritable guerre civile commence, dans ce pays qui avait été considéré pendant des années comme un modèle de cohabitation entre une myriade de communautés religieuses (chiites, sunnites, druzes, grecs orthodoxes, maronites...).
Très vite, les deux camps se partagent le territoire, au prix d'une vraie guérilla urbaine, notamment à Beyrouth.
La Syrie voisine profite de la situation pour renforcer son emprise sur le pays, auquel elle impose un cessez-le-feu. En 1978, lorsque des Libanais chiites - une communauté jusqu'alors partagée entre les camps sunnite et maronite - fondent le Hezbollah (« Parti de Dieu »), dans une logique d'opposition à Israël, ils bénéficient du soutien de la Syrie et de l'Iran.
De son côté, Israël soutient la même année le général chrétien Saad Haddad lorsqu'il décrète la création de l'État libre du Liban-Sud.
« Paix pour la Galilée »
Le gouvernement israélien de Menahem Begin voit dans la quasi-implosion du Liban une occasion d'en finir avec les combattants palestiniens qui y ont trouvé refuge. C'est ainsi que le 6 juin 1982, 60 000 soldats de Tsahal franchissent la frontière libanaise.
L'opération « Paix pour la Galilée », conçue et orchestrée par le général Ariel Sharon, ministre de la Défense et futur premier ministre, est officiellement motivée par le désir de neutraliser les batteries de l'OLP qui pilonnent de temps à autre le nord d'Israël.
L'armée israélienne se lance en fait dans une véritable invasion du Liban. En quelques jours, elle balaie l'armée nationale libanaise et détruit les bases de missiles soviétiques installées par les Syriens à l'est du pays. Elle arrive aux portes de Beyrouth.
Le 1er août, l'assaut est donné à la capitale, avec l'appui de l'aviation et des chars. Sharon veut déloger l'OLP des camps palestiniens installés à Beyrouth-Ouest, la partie musulmane de la ville. L'OLP et ses quelque 15 000 combattants sont contraints de quitter le Liban. Ses dirigeants, Yasser Arafat en tête, se replient sur Tunis le 30 août 1982.
En plein drame, le 23 août 1982, le Parlement libanais porte à la présidence de la République Béchir Gemayel (34 ans). Celui-ci n'a d'autre solution que de reconnaître la victoire israélienne et accepter un traité - honni par la Syrie - qui fait des chrétiens libanais les protégés d'Israël.
Mais l'État hébreu n'a pas de motif de triompher. Le départ des Palestiniens est contrebalancé par l'activisme du Hezbollah chiite guidé par son secrétaire général Hassan Nasrallah. D'autre part, les Occidentaux ne manifestent plus à l'égard d'Israël de la même sympathie que lors de la Guerre des Six Jours. Au contraire, les partis de gauche font part de leur profonde désapprobation, de même qu'une partie de l'opinion publique israélienne.
À nouveau les massacres
Le 14 septembre 1982, trois semaines après son élection, le président Béchir Gemayel est assassiné par des opposants. Israël rompt alors le cessez-le-feu obtenu par les États-Unis et étend l'occupation de Beyrouth.
Tsahal laisse les phalangistes pénétrer dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Lesdits phalangistes avaient reçu du président Gemayel mission d'arrêter les militants palestiniens cachés dans les camps et de détruire leurs habitations. Mais sitôt connu l'assassinat du président, ils se déchaînent contre les réfugiés. Des centaines de personnes sont massacrées du 16 au 18 septembre 1982.
Sous la pression de l'opinion israélienne, une commission d'enquête, dirigée par le président de la Cour Suprême, établira dès 1983 la « responsabilité indirecte » d'Ariel Sharon dans les massacres pour n'avoir pas pu empêcher les massacres, ce qui le contraindra à la démission de son poste de ministre de la Défense et à un retrait - très temporaire - de la vie politique.
Au Liban, l'entrée de l'armée israélienne dans Beyrouth relance la guerre civile. L'ONU, à la suite des massacres de Sabra et Chatila, se résout en envoyer une Force multinationale de sécurité à Beyrouth. Impuissante à s'interposer, elle se retirera après le double attentat du Drakkar, le 23 octobre 1983. 
Israël se retire quant à lui du « pays du cèdre » en 1985 mais va maintenir pendant 15 ans une forme d'occupation déguisée au sud Liban, une zone représentant environ 10% du territoire libanais.

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