lundi 14 mai 2018

5-10 juin 1967La guerre des Six Jours

Le 5 juin 1967, moins de vingt ans après sa création officielle, l'État d'Israël lance une attaque foudroyante contre la coalition menaçante de ses voisins.
Le 11 juin suivant, après une guerre éclair de six jours, il peut se flatter d'une victoire totale, avec le soutien de l'immense majorité de l'opinion occidentale. Qui se douterait alors que ce triomphe débouchera sur une dramatique impasse ?
André Larané
Soldats israéliens devant Jérusalem-Est (juin 1967)
Desserrer l'étau
Depuis sa fondation en 1948, l'État d'Israël a dû mener deux guerres, la première contre ses voisins arabes pour éviter l'anéantissement à sa naissance, la deuxième en 1956 contre l'Égypte de Nasser, jugée menaçante. Cette deuxième guerre a débouché sur une défaite diplomatique, les Israéliens ayant été contraints d'évacuer sans contrepartie le Sinaï qu'ils avaient conquis.
En 1964, la Syrie dénonce des pompages effectués par les Israéliens dans le Jourdain. Elle-même commence à détourner les eaux du fleuve nourricier d'Israël. La tension monte entre les deux pays. Le 7 avril 1967, l'aviation israélienne abat six Mig-21 syriens (des avions de chasse de fabrication soviétique) au-dessus du lac de Tibériade.
Le président Nasser, qui traverse une mauvaise passe suite à l'embourbement de ses troupes au Yémen, dans un conflit civil entre royalistes et républicains, tente de se refaire une virginité auprès des masses arabes en dénonçant à son tour Israël. Fort du soutien de l'Union soviétique, il accuse l'État hébreu de se préparer à attaquer la Syrie.
Le 16 mai, Nasser exige le retrait des soldats de l'ONU stationnés dans le Sinaï, sur la frontière égypto-israélienne, depuis 1956. Le 23 mai, il réoccupe Gaza et Charm el-Cheik, dans le Sinaï, et surtout bloque le golfe d'Akaba, seul débouché maritime d'Israël sur la mer Rouge et l'océan Indien. Il se réconcilie avec le roi Hussein de Jordanie et obtient que leurs deux armées soient placées sous un commandement unique (égyptien). Ahmed Choukeiri, chef de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), renchérit verbalement en appelant à « jeter les juifs à la mer ».
Le roi Hussein de Jordanie au milieu de ses troupes en juin 1967
Les Israéliens se sentent menacés dans leur existence et en appellent à l'opinion publique occidentale qui prend unanimement fait et cause pour eux. 
Moshé Dayan, ministre israélien de la Défense en 1967 (20 mai 1915 ; 16 octobre 1981)Le Premier ministre Lévi Eshkol, un civil partisan de la négociation, se résout à former un gouvernement d'union nationale le 1er juin avec le chef de la droite dure et nationaliste Menahem Begin ainsi que le général Moshé Dayan, chef d'état-major, au poste clé de ministre de la Défense.
Héros de la guerre de 1956, Moshé Dayan est le représentant le plus populaire des Israéliens nés en Palestine. Ces sabras (ainsi surnommés d'après le nom d'un cactus) se distinguent de la vieille génération des pionniers sionistes nés en Europe ou en Amérique par leur caractère rugueux.
La guerre semble dès lors inévitable. Le président de la République française Charles de Gaulle menace de sanctions les Israéliens s'ils prennent l'initiative de l'attaque. Mais le président américain Lyndon B. Johnson, après un entretien téléphonique secret avec le Soviétique Léonid Brejnev, s'abstient quant à lui de toute intervention...
Guerre éclair
 Mirage israéliens détruisent au sol l'aviation égyptienne" />Israël déclenche les hostilités de manière préventive le 5 juin à l'aube. En une heure et demie, l'aviation israélienne, bien renseignée, détruit au sol la totalité des forces aériennes égyptiennes et syriennes.
NB : le triomphe des avions de chasse israéliens, des Mirage, va assurer la notoriété mondiale de leur constructeur, l'industriel français Marcel Dassault, et le hisser d'un coup parmi les principaux fabricants d'armes.
Débarrassée de toute menace aérienne, l'armée israélienne, désignée par l'acronyme Tsahal, peut dès lors se lancer dans le désert du Sinaï où stationnent les troupes égyptiennes.
Après une violente bataille qui voit s'affronter un millier de chars de part et d'autre, l'armée ennemie se débande dans un sauve-qui-peut général et meurtrier. Beaucoup de soldats périssent de faim et de soif dans le désert.
Tsahal dans le Sinaï (6-11 juin 1967)
Dans le même temps, Tsahal occupe la bande de Gaza, portion de la Palestine occupée par les Égyptiens, et en chasse ceux-ci.
Le gouvernement israélien prie le roi Hussein de Jordanie de rester en-dehors du conflit. Mais le souverain hachémite a confié le commandement de son armée à un général égyptien. Il est d'autre part abreuvé par les Égyptiens d'informations mensongères sur la bataille du Sinaï. Il laisse donc son armée attaquer la partie juive de Jérusalem. Israël contre-attaque sans attendre.
Il faudra au total trois jours à Tsahal pour atteindre le canal de Suez et quatre pour atteindre les rives du Jourdain.
Plus rude est la conquête de la partie arabe de Jérusalem. Elle est confiée à des parachutistes et exclut l'emploi de l'artillerie pour épargner les vestiges archéologiques et les édifices religieux. La Légion arabe du roi Hussein résiste vaillamment et les combats se déroulent souvent au corps à corps, voire à l'arme blanche.
Les soldats israéliens au pied du Mur des Lamentations (Jérusalem, juin 1967), DR
Dès le 8 juin, la Syrie, jusque-là épargnée, la Jordanie et l'Égypte acceptent le principe d'un cessez-le-feu. Mais Israël ne veut pas s'arrêter en si bon chemin, avec le risque, comme en 1956, de perdre la paix après avoir remporté la guerre.
Le 9 juin, Tsahal monte à l'assaut du Golan, le plateau syrien d'où l'artillerie ennemie est en mesure de bombarder impunément les plaines de Galilée. Deux jours après, enfin maître du terrain, Tel Aviv accepte à son tour le cessez-le-feu. La guerre aura duré moins de six jours, se soldant par un triomphe sans égal du petit État hébreu et une nouvelle humiliation des Arabes.
125 000 soldats ont été engagés du côté israélien et près du double du côté arabe. Environ huit cents Israéliens perdent la vie ainsi que 15 000 à 20 000 Arabes (essentiellement des Égyptiens).
Trop éclatante, presque trop facile, cette victoire inespérée donne aux gouvernants israéliens une assurance démesurée et un sentiment d'invincibilité. Après avoir craint pour la survie de leur État, ils en viennent à refuser toute forme de concession. Cela au moment où va surgir avec violence la question palestinienne...
Israël à l'issue de la guerre des Six Jours
Échec de la paix
- Les Arabes humiliés :
En Égypte, la population est sonnée par l'ampleur de la défaite. Dès le 9 juin, Nasser apparaît à la télévision, la mine défaite. Il fait amende honorable et, quelques heures plus tard, annonce son retrait de la vie politique. Il transmet ses pouvoirs à son vice-président Zakaria Mohieddin. Celui-ci les refuse.
Dans toute l'Égypte et le monde arabe, c'est la consternation. Les foules, nullement rancunières, réclament le retour de leur triste héros. Celui-ci ne se fait pas trop longtemps prier et revient sur sa décision dès le lendemain.
Il garde toutefois des opposants dans l'armée elle-même. Le commandant en chef Abdel Hakim Amer, ayant comploté contre lui, est contraint à la démission. Il se suicide deux semaines plus tard, le 14 septembre 1967. 
Le 1er septembre, à Khartoum, au Soudan, les chefs arabes, humiliés, réaffirment leur hostilité de principe à l'État hébreu : « Non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d'Israël, non à la négociation avec Israël ».
- Ambiguïtés onusiennes :
À l'ONU, à New York, les dissensions entre Soviétiques et Américains ne permettent pas d'aboutir à un accord international sur une solution au conflit. Le 22 novembre 1967 est simplement votée une résolution, inspirée par les Britanniques, qui ménage habilement les deux camps.
Cette résolution 242 demande que l'armée israélienne se retire « des territoires »(« from territories» en anglais) et que soient établies des frontières « sûres et reconnues », sans plus de précisions.
- Rupture française :
La plus grande surprise vient de la France, jusque-là allié privilégié d'Israël... et son principal fournisseur d'armement.
Charles De Gaulle, conférence de presse du 27 novembre 1967Le général de Gaulle a décrété dès le 2 juin 1967 un embargo à l'encontre de tous les belligérants qui a en fait seulement affecté l'État hébreu. Du coup, celui-ci va se chercher un nouvel allié en qui il puisse avoir pleinement confiance. Ce seront les États-Unis, trop heureux de pouvoir contrecarrer les visées soviétiques au Proche-Orient.
Interrogé par un journaliste lors d'une conférence de presse le 27 novembre 1967, le président de la République française a des mots inattendus : « Certains mêmes redoutaient que les juifs, jusqu'alors dispersés et qui étaient restés ce qu'ils avaient été de tout temps, c'est-à-dire un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur, n'en vienne, une fois qu'il serait rassemblé dans le site de son ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu'il formait depuis dix-neuf siècles : l'an prochain à Jérusalem ! ». Des intellectuels comme le philosophe Raymond Aron craindront que ces propos n'annoncent une nouvelle forme d'antisémitisme...
Un trop grand triomphe
Fuyant les combats, 200 000 Palestiniens de Cisjordanie sont allés grossir les camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, déstabilisant un peu plus ces pays fragiles.
Mais un million de Palestiniens demeurent en Cisjordanie, à Gaza et Jérusalem-Est. Ils passent sous administration israélienne, comme les 300 000 Palestiniens restés en Israël après 1948. Leur poids démographique va peser de plus en plus lourd face aux 2,7 millions de juifs israéliens. Trente ans plus tard, la parité est atteinte avec 4,8 millions de Palestiniens face à 5,2 millions de juifs sur 27 000 km2 (moins que la Bretagne).
Après la brutale répression des mouvements palestiniens par le roi Hussein de Jordanie en septembre 1970 (« Septembre Noir »), les Palestiniens se radicalisent. Le nouveau président de l'OLP, Yasser Arafat, est débordé par des mouvements terroristes comme celui de Georges Habache. La prise d'otages des Jeux Olympiques de Munich, en 1972, amorce le basculement de l'opinion publique européenne en faveur des Palestiniens.
L'année suivante, Anouar al-Sadate, qui a succédé à Nasser à la tête de l'Égypte, restaure l'honneur de son pays dans la guerre du Kippour. Cette demi-victoire lui permet de négocier la paix avec Israël à Camp-David en 1978.
Mais entre temps, les chefs arabes nationalistes, socialistes et laïcs, déconsidérés par leurs échecs à répétition, ont peu à peu cédé partout la place aux islamistes. En 1975, le Liban, où les chrétiens ont perdu la majorité démographique, bascule dans la guerre civile. Il devient contre son gré le terrain d'entraînement de multiples factions et une menace permanente au flanc d'Israël.
En 1979, le triomphe de l'imam Khomeiny à Téhéran va donner des ailes à l'islamisme, en Iran puis dans le monde arabo-sunnite. Il va se révéler pour Israël un ennemi autrement plus coriace que le nassérisme.

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