lundi 14 mai 2018

14 mai 1948Indépendance d'Israël

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame officiellement la naissance de l'État d'Israël.
L'événement s'inscrit dans la légalité internationale. À l'ONU (Organisation des Nations Unies), il a été prévu en effet de partager l'ancienne province ottomane de Palestine entre cet État et un État palestinien regroupant les populations de langue arabe.
André Larané
Renaissance d'Israël
Israël est le nom que s'est donné, selon la Bible, Jacob, fils d'Isaac et petit-fils d'Abraham, d'après une expression hébraïque qui signifie : « Dieu s'est montré fort ». Jacob aurait en effet combattu toute une nuit contre un homme qui se révéla être un ange envoyé de Dieu. Ses douze fils allaient former les douze tribus d'Israël.
Israël est aussi l'un des deux royaumes hébreux issus de la scission du royaume de Salomon. Ce royaume, dont Samarie était la capitale, s'opposait au royaume de Juda (capitale : Jérusalem). Ses habitants étaient appelés Israélites. Ce nom est devenu plus tard synonyme de juif ou Hébreu. À ne pas confondre avec les Israéliens, citoyens de l'actuel État d'Israël.
Un si long chemin !...
Depuis la prise de Jérusalem par les Romains et la destruction du Temple, une partie de la diaspora juive nourrissait le rêve d'un retour vers la Terre promise. Ce rêve prend forme en Europe à la fin du XIXe siècle sous le nom de « sionisme ». Il reçoit pendant la Grande Guerre un semblant d'appui de la part des Britanniques, avec la déclaration Balfour dans laquelle, toutefois, il n'est pas explicitement question de créer un État.
L'émigration juive vers la Palestine se développe dès l'époque ottomane. Elle se poursuit après la Première Guerre mondiale, alors que la province a été placée sous mandat britannique par la SDN (Société des Nations). Les colons juifs mettent en place de véritables structures étatiques sous l'égide de l'Agence juive : système de santé, centrale syndicale (Histadrout), université hébraïque, radio nationale, armée juive (Haganah)....
En plein essor économique, la Palestine voit sa population dépasser le million d'habitants entre les deux guerres mondiales. Elle attire des juifs (ils sont au total 335 000 en 1936 contre 100 000 en 1914) mais aussi des Arabes des pays voisins : pas moins de 100 000 dont les descendants sont aujourd'hui répertoriés comme Palestiniens.
Les Arabes, cependant, se résignent mal à la colonisation juive. Les violences se multiplient à l'égard des juifs, des Anglais et même des Arabes modérés. En 1929, 150 colons sont tués à Hébron et la communauté juive de la vieille ville est chassée ! Les juifs eux-mêmes se radicalisent. En 1931, des dissidents de la Haganah créent l'Irgoun Zvaï (organisation militaire nationale). Sous la direction de Zeev Vladimir Jabotinsky, elle réagit par des représailles violentes aux attentats arabes et commet elle-même des attentats aveugles, en particulier après la « grande révolte arabe » de 1937-1939.
Confrontés à la multiplication des heurts entre juifs et Arabes, les Britanniques, en position d'arbitre, de plus en plus embarrassés, commencent à songer à un partage de la province entre les deux communautés. En attendant, en 1939, ils imposent des restrictions à l'immigration légale. Qu'à cela ne tienne, les juifs développent l'immigration clandestine.
Celle-ci ne se tarit pas après la Seconde Guerre mondiale. Les Britanniques ramènent de force en Allemagne des rescapés juifs des camps de la mort qui s'étaient embarqués sur un vieux cargo, rebaptisé pour l'occasion Exodus 47. L'opinion occidentale s'indigne.
Dans le même temps, l'Irgoun, qui avait suspendu ses activités terroristes pendant la Seconde Guerre mondiale, revient à la charge avec de nouveaux attentats contre les Anglais (le plus retentissant frappe l'Hôtel du Roi David, à Jérusalem, siège des forces britanniques, le 22 juillet 1946).
Lassé, Londres porte le problème de la Palestine devant l'Organisation des Nations Unies (ONU). Au sein de celle-ci, une majorité se dégage exceptionnellement en faveur d'un plan de partage, l'URSS et ses satellites adoptant pour des questions d'opportunité la même position que les Occidentaux. C'est ainsi que l'assemblée générale vote le 29 novembre 1947 le principe d'un partage du territoire entre deux États, l'un arabe, l'autre juif, au sein d'une union douanière, le secteur de Jérusalem et Bethléem étant quant à lui placé sous administration internationale (résolution 181).
Le mandat anglais prend fin le 14 mai 1948. Ce jour-là, conformément au plan onusien, les derniers soldats britanniques quittent la Terre sainte.
À 16 heures, au musée de Tel Aviv, sous le portrait de Theodor Herzl, David Ben Gourion (61 ans) lit un texte qui établit le nouvel État juif sous le nom d'Israël, du nom d'un ancien royaume. Les 37 membres du Conseil national juif signent à tour de rôle le texte. Parmi eux le professeur Chaïm Weizmann (74 ans), chef du gouvernement provisoire, qui deviendra l'année suivante le premier président de la République d'Israël.
Israël et la Shoah
Le commun des mortels, y compris en Israël, voit dans l'État hébreu une compensation offerte aux Juifs par l'Europe, après la Shoah, sur le dos des Arabes...
Ce point de vue est contesté en Israël même par les héritiers du sionisme. Ils rappellent que le sionisme n'a pas attendu Hitler pour engager la construction d'une entité juive en Palestine et sont convaincus que le projet aurait de toute façon abouti. L'historien de la Shoah Georges Bensoussan, qui partage ce point de vue, note d'ailleurs que les survivants du génocide ont été accueillis sans effusion par les colons sionistes de Palestine qui les voyaient (injustement) comme des « moutons » !
Un conflit sans fin
Le fondement du nouvel État est la « loi du Retour » qui donne à tout juif du monde entier le droit de s'établir dans le pays.
Les Arabes (1,2 million face à seulement 650 000 juifs en 1948) ne supportent pas cette nouvelle atteinte à leur sol. Les modérés prônent un État laïc (une exception au Moyen-Orient) où pourraient vivre côte à côte juifs, chrétiens et musulmans mais qui excluerait la « loi du Retour ». Les extrémistes veulent purement et simplement rejeter les juifs à la mer. Aucun Palestinien n'accepte le partage de la province avec les intrus juifs, sous la forme de deux États distincts.
Israël et la Palestine aujourd'hui
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La «Terre promise» est ainsi appelée dans la Bible parce qu'elle aurait été promise par Dieu à la descendance d'Abraham. C'est une étroite bande de terre sur la côte orientale de la Méditerranée, délimitée par le Jourdain et le mont Liban, qui relie l'Égypte à la Mésopotamie. Elle est occupée aujourd'hui par les États d'Israël et du Liban ainsi que les territoires de l'Autorité palestienne...
Sitôt la proclamation de l'État d'Israël, toutes les armées des pays voisins (Égypte, Syrie, Transjordanie, Irak et Liban) se ruent contre lui cependant que les habitants arabes sont appelés à fuir pour laisser la place aux éradicateurs (les Israéliens eux-mêmes les poussent à fuir par des opérations terroristes ciblées comme dans le village de Deir Yassin où des combattants de l'Irgoun massacrent une centaine de villageois le 9 avril 1948).
Dans un premier temps, l'avantage est aux agresseurs. La Légion arabe arrive à s'emparer du mur des Lamentations, haut lieu de la religion juive dans le vieux Jérusalem. Les Irakiens contournent le lac de Tibériade. Les Égyptiens s'emparent de Gaza... Tel-Aviv est menacée. Mais les juifs, bien que moins nombreux (60 000 combattants contre 80 000), se ressaisissent.
Quand les hostilités reprennent après une trêve imposée par le médiateur de l'ONU, les Israéliens arrivent enfin à refouler leurs ennemis et des armistices sont signés l'année suivante. Ils vont délimiter les nouvelles frontières d'Israël... de façon très provisoire.



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