mardi 15 mai 2018

610 à 1492De l'antijudaïsme à l'antisémitisme

On appelle antijudaïsme les manifestations d'hostilité à l'égard des juifs, c'est-à-dire des pratiquants du judaïsme. Il est antérieur au christianisme comme l'attestent des écrits chez les auteurs «  païens  » de l'Antiquité, adeptes des religions traditionnelles de Rome et de la Grèce.
Le mot antisémitisme a, quant à lui, été inventé tardivement par un journaliste allemand, Wilhelm Marr, pour désigner la haine des Juifs (avec une majuscule), considérés par les antisémites comme un groupe ethnique ou racial.

Invention de l'antisémitisme

Wilhelm Marr publie en mars 1879 un pamphlet intitulé : La victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel. Dans la foulée, il participe le 26 septembre 1879 à une réunion en vue de la création d'une «  Ligue des antisémites  » (Antisemiten-Liga).
Dès le 2 septembre 1879, le journal juif Allgemeine Zeitung des Judenthums révèle le projet de Wilhelm Marr de créer aussi un hebdomadaire antisémite («  antisemitische Wochenblatt  »). C'est ainsi qu'apparaît pour la première fois ce mot appelé à une sinistre diffusion.
De la science à l'idéologie
Bien avant Wilhelm Marr, les linguistes européens ont identifié une origine commune aux langues hébraïque, arabe, araméenne, assyrienne et guèze (éthiopien ancien). En souvenir de la Bible, ils ont rangé toutes ces langues sous l'épithète sémitique.
Le mot tire son origine de Sem, fils de Noé et ancêtre d'Abraham. Selon la Bible, Abraham engendra Ismaël avec sa servante Agar et Isaac avec son épouse Sara. Du premier descendraient les Arabes et du second les Hébreux !
En employant le mot antisémitisme pour désigner la haine des juifs et d'eux seuls, Wilhelm Marr et ses émules commettent une double erreur : 1) ils assimilent une catégorie linguistique (les langues sémitiques) à une catégorie raciale, 2) ils réduisent les usagers des langues sémitiques aux juifs en oubliant les Phéniciens, les Arabes... Du fait de cette étymologie déficiente, le mot antisémitisme suscite une question récurrente : un arabophone qui hait les juifs peut-il être qualifié d'antisémite ? Le mot antijuif serait mieux adapté... mais la tradition historique s'oppose à son emploi.

Premières dissensions

Le christianisme n'a pas inventé l'antijudaïsme mais il l'a renouvelé.
L'opposition entre chrétiens et juifs remonte au premier siècle de notre ère. À cette époque, dans l'empire romain, le christianisme est volontiers assimilé à une secte juive. Les communautés chrétiennes tout juste naissantes sont confondues avec les communautés juives du pourtour de la Méditerranée (la diaspora). Aussi les chrétiens, soucieux de se démarquer de leurs aînés en religion, tendent-ils par réaction à souligner leurs différences d'avec les juifs.
Devenue dominante au IVe siècle, grâce à la faveur de l'empereur Constantin le Grand, l'Église commence à se méfier de l'influence que pourrait exercer le judaïsme sur les chrétiens. Les successeurs de Constantin répriment le prosélytisme juif et interdisent la construction de synagogues dans le centre des villes. Au VIe siècle, tandis que les chefs barbares anéantissent ce qui reste des institutions romaines en Occident, les juifs perdent les avantages dont ils bénéficiaient au temps de Rome (comme la dispense de célébrer le culte de l'empereur). «   Peu à peu, les privilèges juifs sont abolis, des prohibitions apparaissent. La religio licita devient statut d'exception   » (Josy Eisenberg, Une histoire des juifs).
La «   Treizième Tribu   »
En Orient, le prestige qui s'attache au judaïsme est assez grand pour susciter la conversion d'un roi khazar, Bulan, autour de 861.
Les Khazars, d'origine turque et apparentés aux Huns, formaient un empire nomade dans la région de l'actuelle cité d'Astrakhan, entre le Don et la Volga. Beaucoup se convertissent au judaïsme à la suite de Bulan. Un siècle plus tard, leur État s'effondre sous les coups portés par les Slaves. Ils se dispersent dans les populations environnantes (Polonais, Ukrainiens, Russes, Lituaniens).
Une grande partie des juifs occidentaux actuels, les ashkénazes, descendraient de cette «   Treizième Tribu   » (c'est le titre d'un essai intéressant d'Arthur Koestler sur cette péripétie méconnue du judaïsme).

L'antijudaïsme chrétien au Moyen Âge

Au Moyen Âge, l'Église qualifie les juifs de «   peuple déicide   » et leur reproche d'avoir mis Jésus en croix mais elle ne manifeste aucun désir de les éliminer. Bien au contraire, elle a le souci de les préserver comme un témoignage vivant de l'injustice faite au Christ. Les juifs sont ainsi les seuls non-chrétiens tolérés en Occident !
Saint Bernard de Clairvaux exprime ce point de vue au XIIe siècle : «  Les Juifs ne doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la divine Écriture. Qu'y lit-on de prophétisé dans le Psaume, au sujet des Juifs. Dieu, dit l'Église, m'a donné une leçon au sujet de mes ennemis : ne les tuez pas, de crainte que mes peuples ne m'oublient. Ils sont pour nous des traits vivants qui nous représentent la passion du Seigneur. C'est pour cela qu'ils ont été dispersés dans tous les pays, afin qu'en subissant le juste châtiment d'un si grand forfait, ils servent de témoignage à notre rédemption  » (*). On observe un point de vue similaire chez Abélard, théologien rival de Saint Bernard.
Notons qu'en Espagne, en 1150, en pleine Reconquête chrétienne, le roi Alfonso VII de Castille se proclame roi des trois religions (christianisme, islam et judaïsme). À la même époque, dans l'ensemble de l'Europe, les seigneurs octroient des privilèges aux juifs afin de les attirer dans leurs villes «  pour l'honneur et la prospérité de leurs États  » (selon une charte de l'évêque de Spire).
Beaucoup de juifs se font banquiers en tirant parti de ce que l'Église déconseille aux chrétiens le commerce de l'argent et le prêt avec intérêt, pour cause d'immoralité. Les réseaux communautaires en terre chrétienne comme en terre d'islam leur sont d'une grande aide dans ce métier. Mais la fonction de prêteur leur vaut un surcroît de haine de la part des débiteurs chrétiens.
La rupture judéo-chrétienne est concomitante des croisades. En Rhénanie et en Europe centrale, à partir de 1096, on évalue à 5.000 le nombre de juifs massacrés par les foules désireuses de faire place nette avant leur départ pour la Terre sainte. Toutefois, à l'occasion de ces drames (on n'emploie pas encore le mot pogrom), les seigneurs et les évêques font en général de leur mieux pour protéger leurs sujets israélites, ne serait-ce que parce qu'ils leur fournissent taxes et impôts en abondance....!
Meurtres rituels
Au XIIe siècle, face à la menace de conversions forcées, des chefs de famille juifs préfèrent tuer leur famille et se suicider. Ces actes de désespoir révulsent les chrétiens qui en ont connaissance. Ils sont peut-être à l'origine d'une rumeur selon laquelle les juifs égorgeraient des enfants chrétiens et utiliseraient leur sang pour la fabrication du pain azyme.
La première accusation de meurtre rituel est attestée à Norwich, en Angleterre, en 1146, soit un demi-siècle après la première croisade et les pogroms de Rhénanie. Aussi absurde qu'elle soit, cette rumeur va cheminer à travers les siècles jusqu'à nos jours. Ainsi la retrouve-t-on dans le Protocole des Sages de Sion, un faux antisémite diffusé par la police du tsar avant la Grande Guerre de 14-18 et dont se repaît encore aujourd'hui la presse antisémite du monde musulman.

Des relations de plus en plus difficiles

La situation des juifs européens se dégrade dans les derniers siècles du Moyen Âge, au XIIIe siècle, quand se développent les villes, et surtout au XIVe siècle, après les drames de la Grande Peste (1347).
Les juifs se voient progressivement interdire le métier des armes et celui de la terre, ce qui les cantonne dans les occupations artisanales et commerciales. Les monarques en mal d'argent abusent de leur précarité pour s'enrichir à bon compte. C'est ainsi qu'en 1181, le roi de France Philippe Auguste fait arrêter les juifs de Paris et les libère en échange de 15.000 marcs or. L'année suivante, il les fait expulser et saisit leurs biens. Enfin, en 1198, il leur permet de revenir à Paris en échange d'une nouvelle somme d'argent.
En 1242, un juif converti, Nicolas Donin, assure au pape que le Talmud, livre sacré des juifs, contient des injures contre le Christ. Une controverse a lieu à Paris entre rabbins et prêtres, à la suite de quoi le roi Louis IX (futur Saint Louis) décide de faire brûler tous les manuscrits hébreux de Paris en place publique. Le total représente 24 charrettes.
Dans le même temps, en 1269, le petit-fils de Philippe Auguste impose aux juifs de porter sur la poitrine une «  rouelle  », c'est-à-dire un rond d'étoffe rouge, pour les distinguer du reste de la population et prévenir les unions mixtes. Saint Louis applique ce faisant une recommandation du concile de Latran (1215) de marquer les juifs à l'image de ce qui se pratiquait déjà dans le monde musulman, tout en interdisant qu'il leur soit fait du mal.
En 1254, le roi bannit les juifs de France mais comme souvent au Moyen Âge, la mesure est rapportée quelques années plus tard en échange d'un versement d'argent au trésor royal. Les juifs sont réexpulsés de France par Philippe IV le Bel le 22 juillet 1306, rappelés par son fils Louis X le Hutin puis à nouveau expulsés en 1394.
En Allemagne, suite à une recommandation du concile de Vienne (1267), les juifs sont désignés par un chapeau plat surmonté d'une tige avec une boule, le «  Judenhut  ».
En Angleterre, suite à une campagne de calomnies, 18 juifs de la ville de Lincoln sont pendus puis, le 12 juillet 1290, poussé par l'opinion publique, le roi Édouard Ier donne trois mois aux juifs de son royaume pour partir. 16.000 personnes traversent la Manche et il s'écoulera quatre siècles avant que les juifs ne reviennent en Angleterre.
En Espagne, les juifs commencent en 1391 à être victimes de violences meurtrières. Ceux de Castille et d'Aragon, au nombre d'environ 200.000, sont définitivement bannis en 1492, quelques semaines après que les Rois Catholiques eurent chassé le dernier roi musulman  de la péninsule. «  Au fond, on ne craint pas le Juif mais la fragilité de la conviction chrétienne  » (*).
Les communautés juives d'Europe sont peu à peu enfermées dans des ghettos d'où les habitants ne peuvent sortir la nuit. Le mot ghetto vient d'un quartier de Venise ainsi nommé parce qu'on y jetait  les déchets des fonderies voisines et où, pour la première fois furent confinés les juifs, en 1516.
Dans le monde musulman, de l'autre côté de la Méditerranée, les juifs sont de la même façon enfermés dans des quartiers réservés appelés mellahs.
Beaucoup de rescapés des massacres et des expulsions d'Espagne, de France ou d'Angleterre s'enfuient en Pologne où le roi Casimir III Jagellon leur accorde en 1334 le Privilegium, ce qui va contribuer à l'extraordinaire rayonnement intellectuel et artistique du pays aux XIVe et XVe siècles. D'autres juifs se réfugient dans... les États du pape : dans le Comtat Venaissin, à Carpentras ou Avignon , ainsi qu'à Rome, où ils sont assurés de vivre en sécurité.
Ces relations ambivalentes entre juifs et chrétiens, faites d'intolérance religieuse et de jalousie sociale, forment l'essence de l'antijudaïsme médiéval. Elles vont muter à la fin du Moyen Âge vers une haine d'essence raciale, à la base de l'antisémitisme moderne...
Alban Dignat
De la rouelle à l'étoile
Au XXe siècle, les nazis réactivent la tradition médiévale en imposant aux Juifs le port de l'étoile jaune, mais avec des intentions autrement plus lourdes de conséquences : il s'agit pour eux de stigmatiser les Juifs avant de les exterminer, tout en leur interdisant d'échapper à leur sort par la conversio

2 mai 73Chute de Massada


Le 2 mai 73, la forteresse de Massada tombe aux mains des légionnaires. C'en est fini de la première guerre juive contre la domination de Rome.
L'ultime résistance
La forteresse de Massada (DR)Construite au IIe siècle av. J.-C., au temps des Maccabées (ou Asmonéens), la forteresse de Massada surplombe de 400 mètres les rives sauvages de la mer Morte. C'est le dernier îlot de résistance juive à l'occupation romaine.
Des membres de la secte extrémiste des zélotes s'y réfugient après avoir fait régner la terreur dans le pays. Armés d'un poignard, ils avaient coutume d'assassiner leurs compatriotes suspectés de collaboration avec l'occupant ! On les avait surnommés pour cette raison « sicaires », du latin sica, qui signifie poignard.
Au nombre d'un millier, avec leurs femmes et leurs enfants, sous la conduite d'un chef nommé Eleazar ben Jair, ces Zélotes ou sicaires vont résister pendant trois ans aux Romains.
Ces derniers vont mettre un point d'honneur à s'emparer de cette forteresse en plein désert, bien qu'elle n'ait aucun intérêt stratégique pour eux... Le légat de Judée Lucius Flavius Silva en organise méthodiquement le siège avec les 15 000 hommes de la Xe Légion Fretensis.
Pour éviter des assauts inutiles et meurtriers, il fait ériger par une armée d'esclaves une rampe artificielle depuis le pied du rocher. Sur cette rampe, il peut ainsi amener une tour d'assaut et un bélier au pied des murailles.
Le seul récit que l'on ait du siège nous vient de l'historien juif Flavius Josèphe, qui assiste le légat romain. Quand les assiégeants pénètrent dans la forteresse, ils doivent affronter l'incendie allumé par les Zélotes avant de découvrir les cadavres de ceux-ci. D'après l'historien, qui n'a pas lui-même vu l'intérieur de la forteresse, dix des assiégés auraient tué les autres avant de se suicider eux-mêmes. Tous seraient morts à l'exception de deux femmes et cinq enfants. Voici un extrait de son récit (traduction de René Harmand, Paris, 1911) :
« ... Ensemble, ils embrassèrent, étreignirent leurs femmes, serrèrent dans leurs bras leurs enfants, s'attachant avec des larmes à ces derniers baisers ; ensemble, comme si des bras étrangers les eussent assistés dans cette oeuvre, ils exécutèrent leurs résolution, et la pensée des maux que ces malheureux devaient souffrir, s'ils tombaient aux mains des ennemis, était pour les meurtriers, dans cette nécessité de donner la mort, une consolation. Enfin, nul ne se trouva inférieur à un si grand dessein ; tous percèrent les êtres les plus chéris. Malheureuses victimes du sort, pour qui le meurtre de leurs femmes et de leurs enfants, exécuté de leur main, paraissait le plus léger de leurs maux !
Aussi, ne pouvant plus supporter l'angoisse dont ces actes une fois accomplis les accablait, et croyant que ce serait faire injure aux victimes de leur survivre même un court instant, ils entassèrent promptement au même endroit tous leurs biens et y mirent le feu ; puis ils tirèrent au sort dix d'entre eux pour être les meurtriers de tous ; chacun s'étendit auprès de sa femme et de ses enfants qui gisaient à terre, les entourant de ses bras, et tous offrirent leur gorge toute prête à ceux qui accomplissaient ce sinistre office. Quand ceux-ci eurent tué sans faiblesse tous les autres, ils s'appliquèrent les uns aux autres la même loi du sort : l'un d'eux, ainsi désigné, devait tuer ses neuf compagnons et se tuer lui-même après tous ; de cette manière, ils étaient assurés qu'il y aurait égalité pour tous dans la façon de porter le coup et de le recevoir. Enfin, les neuf Juifs souffrirent la mort et le dernier survivant, après avoir contemplé autour de lui la multitude des cadavres étendus, craignant qu'au milieu de ce vaste carnage il ne restât quelqu'un pour réclamer le secours de sa main et ayant reconnu que tous avaient péri, mit le feu au palais, s'enfonça d'un bras vigoureux son épée tout entière dans le corps, et tomba près de ceux de sa famille... »
De Massada à Varsovie, le mythe à l'épreuve
Le souvenir de Massada a ressurgi avec brutalité en avril-mai 1943, lorsque les derniers juifs du ghetto de Varsovie se sont soulevés contre les SS allemands dans une tentative héroïque et désespérée. Ce fut pratiquement, contre les nazis, le seul acte de résistance armée au génocide des Juifs.
Le mythe de Massada a toutefois été mis à l'épreuve par les fouilles menées de 1963 à1965 par le général et archéologue Ygael Yadin, ainsi que le rappelle Le monde de la Bible (n°180, novembre-décembre 2007).
Si la rampe de terre construite par les Romains est avérée, de même que l'incendie des installations, rien ne vient démontrer la réalité du suicide collectif. Celui-ci relèverait sans doute d'une exagération épique propre à l'historien.
Deuxième guerre juive
En Judée même, le sentiment national n'est pas mort avec la prise de Massada.
Deux générations plus tard, l'empereur Hadrien est lui-même effrayé par la vigueur du particularisme juif. Il décide de le combattre par une campagne d'hellénisation : la circoncision est prohibée, Jérusalem rebaptisée « Colonia Ælia Capitolina » et un temple dédié à Jupiter Capitolinus est édifié sur les ruines du précédent. La Judée elle-même perd son nom. Elle est intégrée à la province de Palestine, ainsi nommée en souvenir des anciens habitants du littoral, les Philistins.
Mais un jeune exalté du nom de Bar Kochba (« Fils de l'étoile ») prend la tête d'une nouvelle révolte et s'empare de Jérusalem. Il malmène la légion égyptienne XXII Deiotariana chargée de faire régner l'ordre.
Hadrien se rend sur les lieux et appelle la Xe légion bretonne, sous le commandement du général Gaius Julius Severus, pour mater la rébellion. La campagne militaire va durer trois ans, de 133 à 135, et entraîner la mort de plusieurs centaines de milliers de Juifs. À son terme, la Judée sera durablement ruinée et les Juifs auront, qui plus est, l'interdiction de se réinstaller dans la ville de Colonia Ælia Capitolina, l'ancienne Jérusalem.
Jean-François Zilberman

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Les juifs en Europe

8 septembre 70Destruction du Temple


Jérusalem, capitale de l'ancien royaume de Judée, est mise à sac par l'armée romaine le 8 septembre de l'an 70 (*), après un siège atroce de deux ans.

Un roi cruel

Profitant des divisions entre les juifs, le général romain Pompée a conquis la Samarie et la Judée en 63 av. J.-C. Un protégé des Romains, Hérode, en profite pour liquider la dynastie des Asmonéens et devenir roi de Judée (ou pays des Juifs) en l'an 37 av. J.-C.
De cet homme célèbre pour sa cruauté et son absence de scrupules, l'empereur romain Auguste aurait dit : «Mieux vaut être le porc d'Hérode que son fils»... Hérode a en effet lui-même tué certains de ses enfants mais, pratiquant la religion juive, il ne lui est jamais arrivé de consommer du porc (notons le jeu de mots sur fils [uios en grec, la langue d'usage d'Auguste] et porc [uos]) !
C'est à la fin du règne d'Hérode le Grand que naît Jésus-Christ à Bethléem, au sud de Jérusalem.
À la veille de sa mort, en l'an 4 av. J.-C., le roi de Judée partage son royaume entre trois de ses fils. Mais sa dynastie s'arrête là. En l'an 6 de notre ère, l'empereur Auguste transforme la Judée en une province romaine gouvernée par un simple procurateur.
Première guerre juive
Décontenancés par les croyances monothéistes des habitants, les Romains laissent ceux-ci libres de s'organiser comme ils l'entendent sous l'autorité de leur Tribunal religieux, le Sanhédrin. Mais les Juifs ne manquent pas de se quereller et de se diviser sur la conduite à tenir vis-à-vis de l'occupant.
Les grands prêtres et le parti des Pharisiens s'accommodent de l'occupation étrangère tandis que dans les milieux populaires, la secte des Zélotes appelle à la résistance et veut hâter la réalisation des promesses divines.
Les Zélotes déclenchent une violente révolte en août 66. Ils massacrent les grands prêtres et s'emparent de Jérusalem. Mais les Romains, sous la direction du général Vespasien, mènent la reconquête avec détermination.
Vespasien étant devenu empereur, c'est à son fils Titus qu'il revient d'achever le siège de Jérusalem. Il ne s'agit pas d'une mince affaire car la population de la ville s'élève déjà à cette époque à environ 80 000 habitants. Les habitants sont déportés comme esclaves cependant que le Temple, haut lieu de la religion juive, est complètement détruit (à l'exception d''une partie de l'esplanade et d'un pan du mur d'enceinte, le Mur Ouest, futur «Mur des Lamentations»).
Le vainqueur, Titus, rentre à Rome où il reçoit un magnifique triomphe. Un arc est bâti en souvenir de ce triomphe à l'entrée des forums romains.
Ses bas-reliefs relatent les exploits des Romains en Judée et notamment le pillage des trésors du Temple, en particulier un fameux chandelier sacré à sept branches, la Ménorah (ce chandelier disparaît en 455 suite au pillage de Rome par les Vandales de Genséric).
La destruction de Jérusalem et du Temple ne met cependant pas fin à la première guerre juive... Au-dessus de la Mer Morte, la forteresse de Massadacontinue de résister sous la direction d'un chef zélote, Éleazar...
Jean-François Zilberman

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• 2 mai 73 : prise de Massada

16 mars 597 avant JCNabuchodonosor s'empare de Jérusalem

Le 16 mars de l'an 597 av. J.-C., Jérusalem tombe aux mains de Nabuchodonosor. Le puissant roi de Babylone reçoit la soumission du royaume de Juda.
Ce royaume était l'ultime survivance du royaume d'Israël fondé quatre siècles plus tôt par Saül, David et Salomon. Sa ruine entraîne l'exil à Babylone d'une bonne partie de sa population. L'exil, paradoxalement, va fortifier l'attachement des juifs à leur Dieu et à la loi de Moïse. À lui remonte le monothéisme rigoureux des juifs et tout ce qui fait la singularité de leur culture.
Alban Dignat
La vengeance de Nabuchodonosor
– Premier siège de Jérusalem : le roi Nabuchodonosor II s'empare de Jérusalem dès son avènement sur le trône de Babylone, en 605 av. J.-C. et déporte un certain nombre d'habitants dans sa capitale. C'est la première déportation.
– 2e siège de Jérusalem : le roi de Juda Joachim (Yoyakîn) ne supporte pas le protectorat babylonien et complote avec les Égyptiens. Nabuchodonosor revient en force à Jérusalem huit ans plus tard, en 597. Sitôt la ville entre ses mains, il procède à une deuxième déportation, toutefois limitée au roi, à sa famille et son entourage (officiers de la cour, dignitaires, eunuques). À Babylone, le roi déchu est logé au palais royal.
– 3e siège de Jérusalem : Nabuchodonosor place sur le trône Sédécias, le fils d'un ancien roi de Juda. Mais celui-ci, à son tour, ne tarde pas à intriguer contre son maître et forme même une coalition avec les Égyptiens et les habitants de Tyr. On est en 586 av. J.-C. quand Nabuchodonosor prend Jérusalem pour la troisième fois. La répression ne se fait pas attendre. Le roi Sédécias, qui a tenté de s'enfuir par une brèche de la muraille, est capturé près de Jéricho, aveuglé et jeté au cachot en Babylonie cependant que ses fils sont mis à mort.
Nabuchodonosor fait tuer les enfants de Sédécias sous les yeux de leur père (François-Xavier Fabre, 1787, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris)
Lors de cette troisième occupation, si l'on en croit la Bible, le prestigieux Temple de Salomon est détruit de même que l'Arche d'Alliance qui contenait les Tables de la Loi sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements (voir le film de Steven Spielberg : Indiana Jones et l'Arche perdue ;-). Toute la population juive de Jérusalem est chassée du pays. C'est la troisième déportation.
Une bonne partie des proscrits sont emmenés en Mésopotamie. D'autres s'établissent autour de la Méditerranée et font souche jusqu'en Afrique du nord, formant la première diaspora.
Avec la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, c'en est fini de l'indépendance d'Israël pour... 2500 ans, jusqu'à la résurrection de l'État hébreu et de la langue du même nom au XXe siècle de notre ère (si l'on met à part l'autonomie du royaume de Judée sous les Asmonéens ou Maccabées, de 175 av. J.-C. à la conquête romaine).
L'exil de Babylone
Les prophètes hébreux de l'époque, tels Jérémie et Ézéchiel, voient dans l'exil de Babylone la sanction méritée par le peuple hébreu pour avoir désobéi à Dieu.
À Babylone, cependant, les Juifs gagnent en prospérité et la religion israélites'affermit.
Au bout de cinquante ans, Cyrus 1er, le Grand Roi des Perses, conquiert la Babylonie et une partie de la diasporachoisit de retourner en Judée tout en demeurant sous la tutelle des Perses.
Les Juifs de retour de Babylone reconstruisent le Temple dès 516 av. J.-C.. À l'image de leurs cousins de Samarie, ils adoptent la langue akkadienne (ou araméenne) comme langue d'usage. Leur langue ancestrale, l'hébreu, reste employée pour la liturgie.
Vers 440 av. J.-C., en présence du gouverneur Néhémie, le sacrificateur Esdras lit solennellement les livres de la Loi de Moïse, « prescrite par l'Éternel à Israël ». De ce jour, ces cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque (du grec penta, cinq, et teukhos, livre) deviennent la loi de l'État.
Les Juifs rejettent les Grecs
Un siècle plus tard, l'empire perse s'effondre sous les coups que lui porte le Macédonien Alexandre le Grand« Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Ses officiers nobles prirent le pouvoir chacun dans son fief », ainsi que le rappelle le premier livre des Maccabées, dans la Bible. « Tous ceignirent le diadème après sa mort et leurs fils après eux durant de longues années ».
La Palestine passe comme l'Égypte sous la tutelle des Lagides, descendants de Lagos, général d'Alexandre, puis en 198 avant JC sous la tutelle des Séleucides de Syrie, descendants de Séleucos.
Sous le règne de ces souverains hellénistiques de langue grecque, les prêtres du temple de Jérusalem codifient les rites religieux dans l'un des futurs livres de la Bible, le Lévitique. Des scribes laïcs complètent par ailleurs les récits des origines du peuple juif dans le livre dit le Deutéronome.
Les écrits bibliques prennent leur forme définitive et sont traduits en grec par les « Septante » (72 Sages) à Alexandrie (entre 301 et 150 av. J.-C.).
La tradition juive garde cependant un mauvais souvenir du roi Antiochus Epiphane qui détourne beaucoup de Juifs de leurs coutumes. De jeunes Juifs « branchés » osent même bâtir à Jérusalem un gymnase (I Maccabées, 1, 14), autrement dit un lieu où l'on pratique des exercices sportifs en étant nus ! C'est un défi à la pudeur coutumière des habitants.
À la suite d'un soulèvement populaire, les Maccabées (ou Asmonéens) restaurent l'autonomie du pays sous un régime théocratique (175-134). Ils rétablissent les rites religieux juifs dans leur pureté.

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• 8 septembre 70 : destruction du Temple

1er millénaire avant JCLa Genèse

La Genèse est le premier livre de la Bible. Elle raconte la création du monde et les origines du peuple hébreu (Genèse vient du grec genesis qui signifie « naissance » ou « commencement »).
La Genèse est une juxtaposition de récits oraux qui ont circulé de génération en génération pendant des siècles et des siècles. Ces récits reflètent des visions du monde parfois contradictoires.
Ainsi la femme est-elle à un endroit du texte créée simultanément à l'homme, dans une parfaite symétrie qui met en évidence l'égalité des sexes :
Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu, il le créa ;
mâle et femelle il les créa.
À un autre endroit, la femme est pensée comme un complément de l'homme :
Le Seigneur Dieu dit : « Il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée »...
La Genèse n'est pas pour autant un tissu de mythes et légendes. Elle renferme une sagesse souvent pleine de profondeur. Ainsi peut-on être surpris par la conformité de certains passages avec les enseignements scientifiques actuels (du Big Bang à l'ère quaternaire). Les premiers paragraphes dappartiennent au patrimoine de l'humanité et méritent d'être connus et savourés. Les voici d'après la Traduction Oecuménique de la Bible.
La Genèse, extraits
Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l'abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.
Et Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. Dieu appela la lumière « jour » et la ténèbre il l'appela « nuit ». Il y eut un soir. Il y eut un matin ; premier jour.
Dieu dit : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux ! » Dieu fit le firmament et il sépara les eaux inférieures au firmament d'avec les eaux supérieures. Il en fut ainsi. Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour.
Dieu dit : « Que les eaux inférieures au ciel s'amassent en un seul lieu et que le continent paraisse ! » Il en fut ainsi. Dieu appela « terre » le continent : il appela « mer »l'amas des eaux. Dieu vit que cela était bon.
Dieu dit : « Que la terre se couvre de verdure, d'herbe qui rend féconde sa semence, d'arbres fruitiers qui, selon leur espèce, portent sur terre des fruits ayant eux-mêmes leur semence ! » Il en fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l'herbe qui rend féconde sa semence selon son espèce, des arbres qui portent des fruits ayant en eux-mêmes leur semence selon leur espèce. Dieu vit que tout cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : troisième jour.
Dieu dit : « Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit, qu'ils servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années, et qu'ils servent de luminaires au firmament du ciel pour illuminer la terre. » Il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour présider au jour, le petit pour présider à la nuit, et les étoiles.
Dieu les établit dans le firmament du ciel pour illuminer la terre, pour présider au jour et à la nuit et séparer la lumière de la ténèbre. Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour.
Dieu dit : « Que les eaux grouillent de bestioles vivantes et que l'oiseau vole au-dessus de la terre face au firmament du ciel. » Dieu créa les grands monstres marins, tous les êtres vivants et remuants selon leur espèce, dont grouillèrent les eaux, et tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit en disant : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez les eaux dans les mers, et que l'oiseau prolifère sur la terre ! » Il y eut un soir, il y eut un matin : cinquième jour.
Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, petites bêtes et bêtes sauvages selon leur espèce ! » Il en fut ainsi. Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les petites bêtes du sol selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »
Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu, il le créa ;
mâle et femelle il les créa.
Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! »

Dieu dit : « Voici, je vous donne toute l'herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence; ce sera votre nourriture. A toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante. » Il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu'il avait fait. Voilà, c'était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.
Le ciel, la terre et tous leurs éléments furent achevés.
Dieu acheva au septième jour l'oeuvre qu'il avait faite,
il arrêta au septième jour toute l'oeuvre qu'il faisait.
Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l'oeuvre que lui-même avait créée par son action. Telle est la naissance du ciel et de la terre lors de leur création.

1er siècle avant JCLes manuscrits de la mer Morte


En août 1947 étaient découverts par le plus grand des hasards, à proximité de la mer Morte, des jarres contenant des rouleaux de manuscrits (parchemins et papyrus).
Ces documents deux fois millénaires allaient faire accomplir un bond de géant aux études archéologiques et théologiques sur les Juifs et la Bible.
Jean-François Zilberman
Divine surprise à Qumran
Les manuscrits de la mer Morte sont ainsi dénommés parce qu'ils ont été découverts aux environs de Qumran, un lieu dit qui s'appelait Secacah dans l'Antiquité, dans une région aride et sèche, au nord-ouest de la mer Morte.
Leur découverte revient à deux bédouins qui, ayant déniché dans un trou deux jarres remplies de vieux documents, les ont livrées à un brocanteur de Bethléem. Les recherches ultérieures ont révélé dans onze grottes de la région quantité d'autres jarres remplies de rouleaux de papyrus ou de parchemins miraculeusement préservés par la sécheresse de l'air ambiant.
Ces jarres auraient été cachées dans les grottes à l'approche des Romains par des membres de la communauté juive des Esséniens.
Troublants Esséniens
Les Esséniens sont une communauté mystique composée uniquement d'hommes, qui aurait quitté Jérusalem en raison de divergences portant notamment sur le calendrier religieux (le leur, très proche du nôtre, avait 364 jours, était divisé en 52 semaines et 12 mois de 30 et 31 jours).
Ils vivaient à Qumran au milieu d'autres communautés. Ils se vouaient à la prière et développaient une morale communiste et rigoriste, avec mise en commun des biens et rejet du plaisir.
Permanence remarquable du texte biblique
Les chercheurs qui se sont penchés sur les documents de Qumran ont très vite compris qu'il s'agissait de manuscrits du 1er siècle d'avant notre ère, tout juste antérieurs à la naissance du Christ. La plupart se rapportent à la vie quotidienne des communautés locales. Mais cent cinquante sont des copies du texte biblique.
Tous les livres de la Bible hébraïque à l'exception de ceux d'Ester et Noémie sont représentés dans les rouleaux de Qumran, en un ou plusieurs exemplaires. Fait remarquable : les textes sont parfois identiques à la version dite « d'Alep », qui a été rédigée à Tibériade beaucoup plus tard, au Xe siècle de notre ère ; ils sont en d'autres passages conformes à des versions antérieures du texte sacré, comme la Septante, écrite à Alexandrie entre 301 et 150 avant JC.
Le rouleau d'Isaïe est l'un des plus anciens, écrit vers 100 avant JC, et des mieux conservés (734 cm de long). Il raconte l'histoire du prophète Isaïe, particulièrement appréciée par la communauté essénienne.
On peut voir aujourd'hui au musée d'Israël, à Jérusalem, le rouleau d'Isaïe (ou son fac-similé) et quelques autres manuscrits de la mer Morte, ainsi que le fameux Codex d'Alep.

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La Genèse, extraits

1800 avant JC à nos joursLe judaïsme, le Dieu unique et la Bible

Les premiers Hébreux honoraient vraisemblablement un dieu tutélaire et protecteur comme chaque cité ou tribu du Moyen-Orient, au IIe millénaire avant JC.
Leur religion, le judaïsme, évolue vers le monothéisme et la foi en un Dieu unique, Yahvé, après la destruction du royaume d'Israël par les Assyriens (722 avant JC). Elle prend sa forme définitive après la destruction du royaume de Judée par les Babyloniens (597 avant JC) et pendant l'exil de Babylone, au VIe siècle avant JC.
Les Hébreux attendent le Messie qui les délivrera de l'oppression. Le mot, d'origine araméenne, signifie oint du Seigneur ; il se traduit en grec par... Christ (Jésus de Nazareth - Jésus-Christ - se présentera plus tard comme le Messie tant attendu mais seule une fraction des juifs le suivront ; ils fonderont le christianisme).
La vie religieuse des juifs s'ordonne autour de rituels importants, à commencer par la circoncision, une petite opération chirurgicale obligatoire pour tous les garçons. La Pâque, qui commémore la fuite d'Égypte, est la fête la plus importante devant le Yom Kippour ou Grand Pardon. En décembre, la Hanoukka ou Fête des Lumières, commémore une victoire des Hébreux sur les Grecs en 164 avant JC. Elle donne lieu à un échange de cadeaux.
Le Temple de Jérusalem est le coeur géographique et affectif du judaïsme. Il conserve les textes sacrés ainsi qu'un chandelier sacré à sept branches, la Ménorah.
Le Temple a été construit par le roi Salomon pour abriter l'Arche d'Alliance, détruit par Nabuchodonosor, reconstruit une première fois après le retour des juifs de Babylone puis à nouveau par Hérode, avant d'être définitivement détruit par les Romains. Les vestiges actuels, réduits à un mur d'enceinte, le Mur des Lamentations, témoignent des drames subis par les Hébreux au cours de leur longue Histoire.
La Bible
Le judaïsme puise ses sources dans la Bible. Il s'agit d'un ensemble de livres qui relatent l'alliance conclue entre le Dieu unique et les Hébreux, selon l'annonce faite à Abraham et confirmée à Moïse. Ces livres ont été rédigés par des scribes ou érudits juifs, entre l'an 500 et l'an 150 avant Jésus-Christ. Ils incluent des épopées, des annales royales, des récits mythologiques, des poèmes, des prières formulées par des prophètes ainsi que des textes juridiques.
Les rédacteurs ont utilisé des compilations de textes anciens, des archives de diverses origines et de différentes époques, mais probablement pas beaucoup plus haut que le VIIe ou le VIII e siècle avant JC. La plupart des événements relatés dans la Bible sont censés se dérouler au IIe millénaire avant JC à moins qu'ils ne se perdent dans la nuit des temps.
Les scribes, notons-le, ne cherchaient pas à retrouver l'histoire du peuple hébreu au sens des historiens modernes. Ils voulaient montrer que, depuis l'origine, ce peuple avait noué une alliance avec un dieu unique et que celui-ci s'est manifesté à travers toutes sortes de péripéties. Il s'agit donc d'un récit théologique dans lequel les historiens et les archéologues peuvent parfois, surtout pour les périodes postérieures au Xe siècle, trouver des informations historiques.
- Le Pentateuque
-  Les cinq premiers livres (GenèseExodeLévitiqueNombres et Deutéronome) sont les plus anciens. Ils racontent la création du monde et les origines du peuple hébreu (ou juif) en s'inspirant des récits oraux qui ont circulé de génération en génération pendant des siècles et des siècles.
Centrés sur les rapports entre Dieu et le peuple d'Israël, ils constituent le fondement de la religion juive. Le Lévitique définit en particulier les règles qui s'imposent aux pratiquants de la religion. Ces livres constituent un tout appelé le Pentateuque (d'un mot grec qui désigne les cinq étuis qui renferment les rouleaux correspondants) ou plus simplement la Loi, ou Tora en hébreu.
- Les livres des prophètes
Les huit livres suivants sont les livres prophétiques. Ils évoquent l'Histoire des Hébreux, de leurs rois, de leurs juges et de leurs prophètes jusqu'au retour de la captivité de Babylone (JosuéLes JugesSamuelLes RoisEsaïeJérémieEzéchielLes douze petits prophètes).
- Les Écrits
La Bible judaïque s'achève par onze livres (les Écrits). Il s'agit de recueils de philosophie ou de poésie : Les Psaumesle livre de JobLes Proverbesle livre de RuthLe Cantique des CantiquesQohéleth (ou l'Ecclésiaste), Les Lamentationsle livre d'Estherle livre de Danielle livre d'Esdrasle livre de Néhémieles Chroniques.
De la Bible judaïque à la Bible chrétienne
La Bible est aussi à la base des confessions chrétiennes tout en s'écartant de la tradition juive.
La Bible chrétienne comporte deux parties :
-  la première se confond à peu près avec la Bible judaïque et les chrétiens la désignent comme l'Ancien Testament (Testament désigne ici l'Alliance entre Dieu et les hommes),
-  la seconde rassemble 27 livres rédigés en grec, dont les Évangiles et les Actes des Apôtres ; elle est désignée comme le Nouveau Testament (ou nouvelle Alliance).
Bible dérive du mot grec biblion qui désignait à l'origine n'importe quel livre. Ce mot venait lui-même de la ville phénicienne de Byblos, spécialisée dans le commerce du papyrus (d'où nous vient le mot papier). Cette ville était célèbre sous l'Antiquité pour ses artisans relieurs.
Le mot Bible est employé dans son sens actuel à partir du IVe siècle après Jésus-Christ, époque à laquelle saint Jérôme entreprit de traduire l'Ancien et le Nouveau Testamenten latin. -


597 avant JC à 73Les Juifs après l'exil de Babylone


Ezéchiel console les Juifs en exil à Babylone, miniature médiévaleLes prophètes hébreux de l'époque, tels Jérémie et Ézéchiel, voient dans l'exil de Babylone la sanction méritée par le peuple hébreu pour avoir désobéi à Dieu.
À Babylone, cependant, les Juifs gagnent en prospérité et la religion israélites'affermit.
Au bout de cinquante ans, Cyrus II, le Grand Roi des Perses, conquiert la Babylonie en 539, et une partie de la diaspora choisit de retourner en Judée tout en demeurant sous la tutelle des Perses.
Les Juifs de retour de Babylone reconstruisent le Temple dès 516 av. J.-C. Ils adoptent l’araméen comme langue d'usage. Leur langue ancestrale, l'hébreu, reste employée pour la liturgie.
Vers 440 av. J.-C., en présence du gouverneur Néhémie, le sacrificateur Esdras lit solennellement les livres de la Loi de Moïse, « prescrite par l`Éternel à Israël ». De ce jour, ces cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque (du grec penta, cinq, et teukhos, livre) deviennent la loi de l'État.
Les Juifs rejettent les Grecs
Un siècle plus tard, l'empire perse s'effondre sous les coups que lui porte le Macédonien Alexandre le Grand« Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Ses officiers nobles prirent le pouvoir chacun dans son fief », ainsi que le rappelle le premier livre des Maccabées, dans la Bible. « Tous ceignirent le diadème après sa mort et leurs fils après eux durant de longues années. »
La Palestine passe comme l'Égypte sous la tutelle des Lagides, descendants de Lagos, général d'Alexandre, puis en 198 avant JC sous la tutelle des Séleucides de Syrie, descendants de Séleucos.
Sous le règne de ces souverains hellénistiques de langue grecque, les prêtres du temple de Jérusalem codifient les rites religieux dans l'un des futurs livres de la Bible, le Lévitique.
Des scribes complètent par ailleurs les récits des origines du peuple juif dans le livre dit Deutéronome. Les écrits bibliques prennent alors leur forme presque définitive et sont traduits en grec dans la diaspora juive d’Alexandrie (entre 301 et 150 av. J.-C.). Selon la légende, cette traduction serait l’œuvre de soixante-douze sages, les « Septante » , d’où le nom de cette version de la Bible qui servit ensuite aux premières traductions latines.
De la domination séleucide, la tradition juive garde un mauvais souvenir du roi Antiochos IV Épiphane. En 169 av. J.-C., celui-ci pille le Temple puis, l’année suivante, instaure dans le sanctuaire un culte royal et interdit toutes les pratiques juives : circoncision, respect du sabbat et pureté de la nourriture. Avec son approbation, de jeunes Juifs « branchés » osent même bâtir à Jérusalem un gymnase (I Maccabées, 1, 14), autrement dit un lieu où l'on pratique des exercices sportifs en étant nus (*) ! C'est un défi à la pudeur coutumière des habitants.
Un soulèvement populaire, de dimension religieuse, se produit alors, sous la conduite de la famille des Maccabées.
En 153 avant JC, les souverains séleucides s'accommodent de la prise de pouvoir par Jonathan puis Simon Maccabée. Ceux-ci restaurent l'autonomie du pays sous un régime théocratique dirigé par des rois, les Asmonéens, qui vont se comporter comme tous les souverains de leur époque, battant monnaie, construisant des palais et des mausolées, utilisant la diplomatie et la guerre pour faire exister leur Etat. Ils rétablissent les rites religieux juifs dans leur pureté.
En réaction à l’hellénisme, le judaïsme se définit avec encore plus de force qu’auparavant. C’est à cette époque qu’est rédigé le livre de Daniel qui introduit dans la Bible l’idée de martyr, victime innocente de sa foi et l’idée d’apocalypse, message d’espérance sur la fin des temps.
L'épopée des Maccabées est racontée en grec dans des livres qui portent leur nom,  dont deux seront repris dans le corpus biblique chrétien. Le livre d'Esther, qui est une fiction rédigée en grec traitant de la résistance et de la ruse est, lui, incorporé aux bibles juives.
Le pouvoir asmonéen cumule les fonctions royales et celle de grand-prêtre du Temple, ce qui déplait à de nombreux juifs. C'est ainsi qu'au premier siècle avant JC, des groupes revendiquent leur rupture avec Jérusalem : les Esséniens, contestent la légitimité du grand-prêtre. Ils partent vivre au désert, à Qumrân probablement, où les archéologues ont retrouvé les fameux manuscrits de la Mer Morte, les plus anciens manuscrits bibliques jamais découverts, aux côtés de textes de règlements d’une communauté très rigoriste sur les règles de pureté.
Apparaissent aussi les Pharisiens, juifs pieux qui se réunissent dans les synagogues pour discuter de l’interprétation de la Torah (la Bible).
En 63 avant JC, deux frères, Aristobule II et Hyrcan II, se disputent le pouvoir. Hyrcan fait appel à au général romain Pompée, alors en Syrie. Rome est depuis un siècle allié des Asmonéens. Pompée prend Jérusalem et consolide le pouvoir d’Hyrcan II au détriment d’Aristobule. Mais le prix à payer est lourd : Hyrcan perd le titre de roi et doit verser un tribut à Rome.
Le pays a perdu son indépendance et Pompée re-découpe le territoire pour laisser Hyrcan n’administrer que la Judée – sous contrôle d’un gouverneur -, l’Idumée, la Galilée et la Perée (aujourd’hui Transjordanie). Les villes de la côte ne font plus partie du royaume.
Le conseiller d’Hyrcan, Antipater prend de plus en plus d’importance. Il lutte contre Antigone, le fils d’Aristobule qui s’est allié aux Parthes pour envahir la Palestine et faire prisonnier Hyrcan. En 37, Antipater parvient avec l’aide des Romains à prendre le pouvoir à Jérusalem sous le nom d’Hérode le Grand, « ami et allié du peuple romain ».
Son règne correspond à une période de paix et de prospérité économique relative. Le souverain transforme de façon grandiose le Temple de Jérusalem , construit et embellit à tour de bras les cités de son royaume. Il meurt en 4 avant notre ère, alors que vient de naître, en 6 ou 7, un juif galiléen, originaire de Nazareth, nommé Jésus…
Les fils d’Hérode se partagent le territoire puis son petit-fils, Agrippa 1er réunifie pour un temps le royaume à partir de 37 après J.-C., toujours sous la tutelle de Rome. Son fils Agrippa II doit composer avec les procurateurs romains et va affronter la première révolte juive, en 66 à Jérusalem.
La mauvaise situation économique, la corruption des administrateurs romains, leur idolâtrie païenne attisent la haine de la population qui va soutenir un mouvement de Pharisiens radicaux : les Zélotes dans leur détermination à débarrasser la Judée de l’occupant romain pour hâter la fin des temps.
Malgré l’extension du mouvement, la révolte est écrasée par Titus qui prend Jérusalem en 70 et ramène à Rome, pour son triomphe, des objets pris dans le Temple. En 73, prend fin le siège de Massada, dernier bastion de résistance héroïque, par le suicide collectif des insurgés. La Palestine est exsangue.
Pourtant, cinquante ans plus tard, sans que l’on en connaisse exactement les raisons, les Juifs se soulèvent à nouveau contre les Romains. C’est la seconde révolte qui, elle aussi, sera écrasée trois ans plus tard. L’empereur Hadrien interdit aux Juifs de résider à Jérusalem, rase le Temple et reconstruit une colonie païenne : Aelia Capitolina.
Les Juifs de Judée se réfugient sur la côte, à Alexandrie ou en Galilée. C’est dans cette dernière région que les rabbins, rassemblés dans les synagogues vont réfléchir et interpréter ces événements dramatiques. Ils vont compiler au début du III e siècle, les interprétations orales de la Loi en un recueil de préceptes : la Michnah.
Un peu plus tard, ce recueil sera inclus dans un ouvrage fondamental qui rassemble aussi des commentaires exégétiques, des coutumes, de l’histoire, des pensées : le Talmud. Ces textes sont à la base du judaïsme tel qu’il se pratique encore aujourd’hui. Ils vont permettre aux Juifs de vivre désormais leur religion sans le Temple de Jérusalem.
Sophie Laurant, chef de rubrique (Le Monde de la Bible)

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Le judaïsme et la Bible

1944-1974 L'embellie

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