mercredi 7 mars 2018

30 janvier 1889 Tragédie à Mayerling

Le 30 janvier 1889, au palais du Hofburg, à Vienne, l'impératrice Élisabeth, dite « Sissi », apprend que son fils Rodolphe s'est tué dans la nuit, dans un pavillon de chasse de la forêt viennoise, à Mayerling. Elle doit annoncer la tragique nouvelle à son mari, François-Joseph 1er (59 ans), empereur d'Autriche et roi de Hongrie.
L'archiduc Rodolphe (31 ans) était le seul garçon du couple et l'héritier de la couronne des Habsbou

Malheureux prince

Mariage de Stéphanie de Belgique et Rodolphe d'Autriche (10 mai 1881)Marié sans amour le 10 mai 1881 à une princesse fade et trop jeune, Stéphanie de Belgique (17 ans), fille de Léopold II, roi des Belges, Rodolphe collectionne les maîtresses et fréquente les lupanars, ce qui lui vaut de contracter une maladie vénérienne grave.
Après deux ans de mariage, le couple a néanmoins une fille, Élisabeth-Marie, qui mènera une vie sentimentale agitée. Mais Stéphanie, contaminée par son mari, devient stérile.
Tenu à l'écart des affaires par son père, Rodolphe se pique de libéralisme.
Il commet des articles anonymes dans un journal de l'opposition et se prend à espérer une évolution de l'empire austro-hongrois vers davantage de démocratie et de fédéralisme. Proche de Georges Clemenceau, il est favorable à un rapprochement avec la France.
Ses prises de position lui valent de violentes disputes avec son père. Celui-ci ne l'en aime pas moins mais souhaite maintenir son pays dans l'alliance avec l'Allemagne de Guillaume II.
Prématurément vieilli par la maladie, l'interdiction qui lui est faite de divorcer et la crainte de ne pouvoir avoir de fils, Rodolphe songe au suicide.
Craignant de ne pas y arriver seul, il convainc une jeune maîtresse de 17 ans, Mary Vetsera, de l'accompagner dans la mort. Il la tue lui-même d'un coup de pistolet avant de se tirer une balle dans la tête.
François-Joseph obtient du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement dans la crypte impériale des Capucins, et non à l'écart comme l'église catholique l'impose à tous les suicidés.
L'empereur fait aussi l'impossible pour cacher la présence de Mary Vetsera aux côtés de son fils afin de préserver la réputation de celui-ci. Cette dissimulation va longtemps alimenter des rumeurs fantasques sur l'hypothèse d'un double meurtre pour des raisons politiques.

Deuils en série

L'archiduc Rodolphe d'Autriche (Laxenbourg, 21 août 1858 – Mayerling, 30 janvier 1889)La mort de Rodolphe aggrave l'état psychique de sa mère, Sissi.
Il faut dire que son cousin Louis II de Bavière est mort noyé trois ans plus tôt, à 40 ans, dans des circonstances mystérieuses après avoir été déclaré aliéné par les médecins !
Aussi l'impératrice est-elle portée à croire que son instabilité psychique et le suicide de son fils résultent d'un mal propre à sa famille, les Wittelsbach de Bavière. La malheureuse sera assassinée à Genèvepar un anarchiste, neuf ans plus tard, lors de l'une de ses innombrables fugues loin de la Cour.
Suite à la mort de Rodolphe, c'est désormais à l'archiduc François-Ferdinand, neveu de l'empereur, qu'il revient d'assumer l'héritage des Habsbourg. Il ne deviendra jamais empereur. Un terroriste brisera sa vie à Sarajevo en 1914.
La tragédie de Mayerling, affaire privée d'une famille durement éprouvée par le sort, s'inscrit ainsi dans la marche de l'Europe vers les horreurs de 1914-1945.
Suicides en compagnie
L'Histoire retient le nom de trois personnalités qui se sont suicidées en entraînant dans la mort une maîtresse ou une femme dans la fleur de l'âge, deux fois plus jeune qu'eux : outre l'archiduc Rodolphe de Habsbourg-Lorraine, le cinéaste Max Linder, mort en 1925, et l'écrivain Stefan Zweig, mort en 1942.

Bibliographie

Cette tragédie a inspiré le cinéaste Anatole Litvak (Mayerling, 1936) avec Danielle Darrieux et Charles Boyer, et, plus près de nous, Terence Young (Mayerling, 1968), avec Catherine Deneuve et Omar Sharif.
Sur les dernières décennies de la dynastie des Habsbourg, je recommande le livre très chaleureux et très complet de l'historien Jean-Paul Bled : François-Joseph (Fayard, 1987).
Notons aussi le livre de Jean des Cars : Rodolphe et les secrets de Mayerling (Perrin, 2007), dans lequel le journaliste-écrivain évoque l'hypothèse d'un assassinat politique sur la base de confidences tardives de l'ex-impératrice Zita. Rodolphe aurait été tué du fait de ses penchants francophiles et anti-allemands.

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