vendredi 9 février 2018

6 février 1998 Assassinat du préfet Claude Érignac et 21 décembre 2015 Régionales : la nouvelle « affaire corse »

Au tournant du XXIe siècle, usés par l'action policière, les défections et l'âge, les nationalistes corses jouent leur va-tout... Le soir du 6 février 1998, à Ajaccio, des dissidents du Front de Libération Nationale de la Corse (FLNC) assassinent à bout portant le préfet de Corse-du-Sud Claude Érignac qui allait rejoindre son épouse à un concert. Ce crime sans précédent en temps de paix soulève une immense émotion en France et en Corse même. Les six assassins sont arrêtés et condamnés à la perpétuité. Un autre indépendantiste, Yvan Colonna, est dénoncé par les accusés, arrêté peu après et à son tour condamné. Depuis lors, les attentats ont à peu près cessé sur l'île, laissant place à des trafics plus classiques.

Régionales : la nouvelle « affaire corse »


On ne les a pas vus venir. Profitant de ce que la classe politique n'avait d'yeux que pour le Front National aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 (*), les nationalistes corses ont pu gagner la présidence de leur région sans qu'il ait jamais été question de leur faire barrage avec un « front républicain ».
Pourtant, une partie de ces nationalistes, les militants de Corsica Libera réunis autour de l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, n'ont jamais caché leur hostilité à la République française...
En juillet 2003, lassés par les violences et luttes intestines des nationalistes du FLNC, les Corses n'ont pas voulu leur offrir une tribune et ont rejeté le projet de collectivité unique suggéré par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.
Mais dix ans plus tard, en mai 2013, la situation a dérapé à l'Assemblée de Corse où le président de gauche Paul Giacobbi, de concert avec le député indépendantiste Jean-Guy Talamoni, a fait voter un projet de « coofficialité » de la langue corse, qui la mettrait à parité avec le français, en violation avec la Constitution de la République française (article 2 : « La langue de la République est le français... »). Il a aussi fait voter un projet qui réservait aux résidents établis en Corse depuis plus de cinq ans le droit d'accéder à la propriété foncière. Bien entendu, ces projets qui devaient établir des barrières entre les citoyens français n'ont pas été votés par le Parlement français.
Aux municipales de mars 2014, l'autonomiste modéré Gilles Simeoni a gagné la mairie de Bastia, deuxième ville de l'île, avec l'appui des radicaux de gauche. À la lumière de ce nouveau succès électoral, le FLNC « déposait les armes » deux mois plus tard. C'est que les urnes devenaient plus attractives que le plastic.
Tout s'est emballé avec la nouvelle loi de réorganisation territoriale bricolée à la hâte par le président François Hollande et approuvée par le Parlement français le 7 août 2015. Elle a remis en selle le projet rejeté par les Corses en 2003 en instituant à compter du 1er janvier 2018 une collectivité territoriale unique avec des pouvoirs élargis, une Assemblée de Corse et un Conseil exécutif aux allures de « mini-gouvernement ».

Vers une auto-dissolution de l'État ?

Arrivent les élections régionales du 6 décembre 2015. Comme les autres régions méditerranéennes de Provence-Alpes-Côte-d'Azur et Languedoc-Roussillon, la Corse exprime massivement son rejet des partis traditionnels, disqualifiés à l'échelon local et régional par un clientélisme échevelé.
Mais au lieu de se porter comme ailleurs sur le Front National, les protestataires lui préfèrent les nationalistes : les autonomistes de Gilles Simeoni recueillent 18% des suffrages exprimés et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni 8% (en y ajoutant les 10% du FN, on arrive à un total d'environ 40% d'électeurs « hors-système » ; ce total est similaire à celui du FN tout seul dans les autres régions méditerranéennes).
Au second tour, le 13 décembre 2015, face à trois listes concurrentes (droite, divers gauche et FN), la liste de fusion Simeoni-Talamoni l'emporte avec 35% des suffrages exprimés. Elle obtient la majorité relative (24 sièges sur 51 à l'Assemblée de Corse) et la présidence du Conseil exécutif de la Corse, confiée à Gilles Simeoni.
Jean-Guy Talamoni plastronne le 17 décembre 2015 en prononçant son discours d'intronisation en langue corse, une manière d'exclure les élus et les citoyens qui ne comprennent pas cette langue et ne partagent pas ses convictions, une manière surtout de violer la Constitution et défier l'autorité de l'État. Les plus hauts représentants de celui-ci, le président de la République et le Premier ministre, se tiennent muets au grand désarroi des médias tant de droite que de gauche (Le Figaro et Le Monde).
L'île de Beauté va-t-elle aller vers l'indépendance ? Très certainement pas car elle n'en a pas les moyens avec un secteur productif anémique et une population nettement plus âgée que la moyenne nationale et de seulement 300 000 habitants (40 hab/km2). Sans compter que les Corses « de souche » ne tarderont pas à être minoritaires à côté des Français du continent et des étrangers ou descendants d'étrangers, notamment maghrébins.
On peut espérer que les nationalistes corses s'en tiendront à des effets de tribune. Il appartient au nouvel exécutif national de rester ferme afin d'éviter que ne se dissolve l'État. En profiteraient les communautarismes en tous genres, dont certains sont autrement plus à craindre que les compatriotes de la résistante Danielle Casanova, par-dessus tout amoureux de leur culture et de leur terre.
Joseph Savès

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