vendredi 9 février 2018

6 août 1945 Une bombe atomique sur Hiroshima !

Le 6 août 1945, trois mois après la capitulation de l'Allemagne, l'explosion d'une bombe atomique au-dessus de la ville d'Hiroshima, au Japon, met un terme à la guerre du Pacifique, précipite la fin de la Seconde Guerre mondiale et inaugure l'Âge nucléaire.
Depuis lors plane sur le monde la crainte qu'un conflit nucléaire ne dégénère en une destruction totale de l'humanité.
Le gouvernement américain a justifié ce précédent en affirmant qu'il aurait évité l'invasion de l'archipel et épargné la vie de plusieurs centaines de milliers de combattants (américains)...
André Larané
Hiroshima après la bombe atomique du 6 août 1945

Un projet ancien

Le 2 août 1939, dès avant la Seconde Guerre mondiale, les physiciens hongrois Szilard, Teller et Wagner réfugiés aux États-Unis avertissent le président Franklin Roosevelt du risque que Hitler et les nazis ne mettent au point une bombe d'une puissance meurtrière exceptionnelle fondée sur le principe de la fission nucléaire. Avec le soutien d'Albert Einstein, ils lui recommandent d'accélérer les recherches dans ce domaine afin de devancer à tout prix les Allemands.
Julius Robert Oppenheimer (22 avril 1904, New York - 18 février 1967, Princeton)À la suite de quoi, en novembre 1942, le président inaugure en secret le programme de mise au point de la bombe atomique sous le nom de code Manhattan Engineer Project.
Il en confie la direction au physicien Julius Robert Oppenheimer. Les essais se déroulent dans le laboratoire de Los Alamos (Nouveau-Mexique).
À la mi-1945, la bombe est pratiquement au point mais les conditions de la guerre ont entre temps changé. L'Allemagne nazie est à genoux et s'apprête à capituler sans conditions. Seul reste en guerre le Japon, mais celui-ci est loin de disposer d'une puissance militaire, industrielle et scientifique comparable à celle de l'Allemagne.

La bombe atomique (Actualités Françaises - 12/10/1945),  source : INA

Résistance désespérée du Japon

À l'instigation des généraux qui tiennent le pouvoir, le Japon s'entête dans une résistance désespérée.
Les Américains ont pu en mesurer la vigueur lors de la conquête de l'île méridionale d'Okinawa: pas moins de 7 600 morts et 31 000 blessés dans les rangs américains entre avril et juin 1945 ! Dans la conquête de l'île d'Iwo Jima, 5 000 Américains sont tués. Les Japonais, quant à eux, n'ont que 212 survivants sur 22 000 combattants....
Les avions-suicides surnommés kamikaze (« vent divin ») et jetés contre les navires américains montrent également que les Japonais ne reculent devant rien pour retarder l'échéance.
Bombardement de Tokyo le 19 mars 1945 (80.000 morts)Les bombardements conventionnels qui se multiplient depuis le début de l'année 1945 n'ont pas davantage raison de leur détermination. Le plus important a lieu le 19 mars 1945 : ce jour-là, une armada de 234 bombardiers B-29 noie Tokyo sous un déluge de bombes incendiaires, causant 83 000 morts.
L'état-major américain avance le risque de perdre 500 000 soldats pour conquérir Honshu, l'île principale de l'archipel (un débarquement est projeté le... 1er mars 1946). Le président Truman, dans ses Mémoires, évoque même le chiffre d'un million de victimes potentielles (sans étayer ce chiffre).
Plus sérieusement, d'aucuns pensent aujourd'hui qu'une soumission de l'archipel par des voies conventionnelles aurait coûté environ 40 000 morts à l'armée américaine. Une évaluation raisonnable compte tenu de ce que les Américains ont perdu en tout et pour tout 200 000 hommes dans la Seconde Guerre mondiale, tant en Europe que dans le Pacifique (c'est cent fois moins que les Soviétiques).
C'est ainsi qu'émerge l'idée d'utiliser la bombe atomique, non plus contre l'Allemagne mais contre l'empire du Soleil levant, en vue de briser sa résistance à moindres frais.
Le président Franklin Roosevelt meurt le 12 avril 1945 et son successeur à la Maison Blanche, le vice-président Harry Truman, reprend à son compte le projet d'un bombardement atomique sur le Japon. Celui-ci paraît d'autant plus opportun qu'à la conférence de Yalta, le dictateur soviétique Staline a promis d'entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois qui suivraient la fin des combats en Europe, soit avant le 8 août 1945.
Le 3 juin 1945, l'empereur Showa (Hiro Hito), qui a compris que son pays a de factoperdu la guerre, demande par l'entremise de l'URSS l'ouverture de négociations de paix. Mais Staline, qui voudrait participer à l'invasion de l'archipel et au partage de ses dépouilles, fait traîner les choses.
De son côté, Truman, informé par ses services secrets de cette demande de négociations, feint de l'ignorer. Le président américain commence à s'inquiéter des visées hégémoniques de Staline et souhaite donc en finir avec le Japon avant que son encombrant allié n'ait l'occasion d'intervenir. 
Il souhaite aussi ramener le dictateur soviétique à plus de mesure. Dans la perspective de l'après-guerre, il ne lui déplaît pas, ainsi qu'aux militaires et au lobby militaro-industriel, de faire la démonstration de l'écrasante supériorité militaire américaine. Ce sera le véritable motif de l'utilisation de la bombe atomique, la plus terrifiante des « armes de destruction massive ».
Les généraux nippons, partisans d'une résistance à outrance, se tiennent satisfaits du rejet de la demande de négociations.

Le bombardement

Le 16 juillet 1945, l'équipe de scientifiques rassemblée autour de Robert Oppenheimer procède dans le désert du Nouveau Mexique, sur la base aérienne d'Alamogordo (près de Los Alamos), à un premier essai nucléaire. L'expérience est pleinement réussie et convainc le président Truman de passer à la phase opérationnelle.
Le champignon atomique en 1945Un ultimatum adressé au Japon le 26 juillet par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine, pendant la conférence de Potsdam, fait implicitement allusion à une arme terrifiante.
Dans les cercles du pouvoir, chacun est partagé entre la crainte d'ouvrir la boîte de Pandore et la hâte d'en finir avec la guerre. Pour éviter de tuer des civils innocents, on évoque l'idée d'une frappe atomique sur le sommet du Fuji Yama, la montagne sacrée du Japon.
L'idée est rapidement abandonnée car son efficacité psychologique est jugée incertaine et en cas d'échec, les Américains, qui ne disposent que de deux bombes A (A pour atomique), seraient en peine de rattraper le coup.
Disons aussi que, faute d'expérience, les scientifiques du projet Manhattan ne mesurent pas précisément les effets réels de la bombe atomique sur les populations. Et la perspective d'une bombe atomique sur une ville ennemie choque assez peu les consciences après les bombardements massifs sur les villes d'Allemagne et du Japon, les révélations sur les camps d'extermination nazis et les horreurs de toutes sortes commises sur tous les continents.
Finalement, au petit matin du 6 août 1945, un bombardier B-29 s'envole vers l'archipel nippon. Aux commandes, le colonel Paul Tibbets (30 ans). La veille, il a donné à son appareil le nom de sa mère, Enola Gay.
Dans la soute, une bombe à l'uranium 235 de quatre tonnes et demi joliment surnommée Little Boy par l'équipage. Sa puissance est l'équivalent de 12 500 tonnes de TNT (trinitrotoluène, plus puissant explosif conventionnel) avec des effets mécaniques, radioactifs et surtout thermiques).
L'appareil est seulement accompagné de deux autres avions, l'un pour effectuer des mesures scientifiques pendant et après l'explosion, l'autre pour prendre des photos.
Le colonel Tibbets et son équipage devant le bombardier Enola Gay, quelques heures avant de lancer la bombe atomique sur Hiroshima (6 août 1945)
L'objectif est déterminé pendant le vol. Parmi plusieurs cibles potentielles (Nigata, Kyoto, Kokura et Hiroshima), l'état-major choisit en raison de conditions météorologiques optimales la ville industrielle d'Hiroshima (300 000 habitants).
Le B29 largue la bombe à 8h15 - heure locale - et aussitôt effectue un virage serré sur l'aile et s'éloigne au plus vite pour échapper au souffle de l'explosion.
La bombe explose à 600 mètres du sol, à la verticale de l'hôpital Shima. Elle lance un éclair fulgurant, sous la forme d'une bulle de gaz de 4000°C d'un rayon de 500 mètres ! Puis elle dégage le panache en forme de champignon caractéristique des explosions atomiques.
Plus de 70 000 personnes sont tuées et parfois volatilisées sur le coup sous l'effet conjugué de l'onde de choc, de la tempête de feu et des rayonnements gamma. La majorité meurent dans les incendies consécutifs à la vague de chaleur. Plusieurs dizaines de milliers sont grièvement brûlées et beaucoup d'autres mourront des années plus tard des suites des radiations (on évoque un total de 140 000 morts des suites de la bombe).
L'explosion d'Hiroshima annoncée par Harry S Truman (8 mai 1884, Lamar, Missouri - 26 décembre 1972, Kansas City)Le président Truman annonce aussitôt l'événement à la radio, non sans abuser son auditoire sur la nature prétendûment militaire de l'objectif (un mensongecomme le pouvoir américain en a l'habitude) :
« Le monde se souviendra que la première bombe atomique a été lancée sur Hiroshima, une base militaire. Pour cette découverte, nous avons gagné la course contre les Allemands. Nous l'avons utilisée pour abréger les atrocités de la guerre, et pour sauver les vies de milliers et de milliers de jeunes Américains. Nous continuerons à l'utiliser jusqu'à ce que nous ayons complètement détruit le potentiel militaire du Japon » (*).
Cette attaque sans précédent n'ayant pas suffi à vaincre la détermination des dirigeants japonais, les Américains décident trois jours plus tard, le 9 août, de larguer leur deuxième bombe atomique. Celle-là est au plutonium et non à l'uranium 235, une différence au demeurant insignifiante du point de vue des futures victimes.
Le bombardier B-29 de Charles Sweeney survole d'abord la ville de Kokura. La cible étant occultée par les nuages, il poursuit sa route vers Nagasaki (250 000 habitants) où une éclaircie du ciel lui permet d'effectuer le funeste largage. 40 000 personnes sont cette fois tuées sur le coup et des dizaines de milliers d'autres gravement brûlées (80 000 morts au total selon certaines estimations). Plusieurs milliers de victimes sont catholiques, la ville étant au coeur du christianisme japonais.

La reddition

Le Japon, ravagé par les bombardements, le blocus américain et les menaces de famine, n'est depuis longtemps plus en état de résister à qui que ce soit.
La veille de l'attaque de Nagasaki, l'URSS a déclaré la guerre au Japon et lancé ses troupes sur la Mandchourie. En l'espace d'une journée, toute l'armée de Mandchourie, soit 1,2 million de soldats japonais, s'est rendue à l'agresseur.
La débandade face aux Soviétiques achève de convaincre les généraux japonais de mettre fin à une résistance désespérée. Ils appréhendent plus que tout l'invasion de l'archipel par des troupes communistes qui installeraient un gouvernement à leur dévotion.
Ils préfèrent à tout prendre les Américains et souhaitent seulement qu'Hiro Hito, symbole essentiel de la nation, soit maintenu sur le trône. On peut penser que les bombardements atomiques ne sont pour rien dans leur résignation.
Le 15 août, à leur domicile, à leur travail ou dans la rue, les Japonais, sidérés, entendent pour la première fois à la radio et dans les hauts-parleurs la voix de leur empereur qui annonce sa décision de mettre fin à la guerre et la justifie par le fait que « l'ennemi a commencé de recourir à une bombe de l'espèce la plus cruelle qui soit, à la puissance incalculable et susceptible de briser la vie d'innombrables innocents ».
Le 2 septembre, le général américain MacArthur reçoit la capitulation sans conditions du Japon
La Seconde Guerre mondiale est terminée... et le monde entre dans la crainte d'une apocalypse nucléaire.

Points de vue

Pour les survivants d'Hiroshima et Nagasaki, le calvaire allait se poursuivre jusqu'à leur mort. Beaucoup allaient mourir des suites de leurs brûlures ou de leur irradiation. Les survivants, appelés hibakusha (« personnes irradiées »), à peine plus chanceux, allaient être ostracisés toute leur vie par la société nippone, systématiquement empêchés de se marier, voire de simplement travailler en entreprise.
Les forces d'occupation américaines, de mèche avec l'administration nippone, allaient maintenir pendant plusieurs décennies une chape de plomb sur les conséquences humaines des bombardements, immédiates et à plus long terme.  
Notons que l'opinion publique occidentale ne prit guère la mesure des événements qui venaient de se produire ces 6 et 9 août 1945. Ainsi le quotidien français Le Monde titre-t-il le 8 août 1945, comme s'il s'agissait d'un exploit scientifique quelconque : « Une révolution scientifique. Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon ».
Parmi les rares esprits lucides figure le jeune romancier et philosophe Albert Camus, qui écrit dans Combat, le même jour, un article non signé : « Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles ».

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