lundi 12 février 2018

11 juillet 1405 La «flotte des Trésors» largue les amarres 3 février 1488Bartolomeu Dias contourne l'Afrique

Le 11 juillet 1405, la flotte des Trésors largue les amarres pour un long périple dans les mers du Sud (l'océan Indien).
C'est la première des sept grandes missions d'exploration conduites par Zheng He pour le compte de l'empereur chinois Zhu Di et de son deuxième successeur.
Ces missions précèdent de quelques décennies les grandes expéditions maritimes des Européens (Bartolomeu DiasChristophe Colomb....). Elles ouvrent des perspectives d'expansion inouïes à la Chine des empereurs Ming, perspectives que les fonctionnaires confucéens auront tôt fait d'interrompre.
Zeng He et la flotte des Trésors (représentation allégorique sur un temple de Malaisie)

Un empereur qui voit loin

L'empereur Zhu Di a porté la dynastie Ming à son apogée et considérablement renforcé la Chine. Mais il ne s'en tient pas là et veut nouer des échanges avec un maximum de souverains étrangers. Dès la fin du XIVe siècle, les échanges d'ambassades se mutiplient entre Nankin et les petits royaumes d'Extrême-Orient et d'Asie du Sud-Est. L'empereur projette aussi de grandes missions d'exploration outre-mer en vue de développer le commerce et de faire reconnaître le prestige de l'empire des Ming aussi loin qu'il est possible.
Les Chinois s'étaient lancés sur les mers dès les environs de l'An Mil. Plus tard, les conquérants mongols avaient fait construire à l'embouchure du Yangzi de grandes flottes en vue d'envahir Java. Autant dire que les ambitions ultramarines de l'empereur n'ont rien d'extraordinaire... Elles n'ont rien non plus d'irréfléchi. Dès 1391, plus de 50 millions d'arbres sont plantés dans la région de Nankin en vue de la construction des navires.
Les chantiers navals du bas-Yangzi sont mobilisés pour construire les deux cents navires de la flotte des Trésors. Les quelques milliers de travailleurs de ces chantiers navals sont renforcés par 400 familles de charpentiers.
L'amiral Zheng He, auquel est confié le commandement de la flotte, est un géant originaire du Yunnan, une province du sud de la Chine. Il appartient à une minorité de confession musulmane, les Hui. Il est né vers 1371 sous le nom de Ma He dans une famille spécialisée dans l'organisation de voyages vers La Mecque. Sans doute a-t-il lui-même fait le voyage à La Mecque avec son père. 
Capturé  par les Chinois lors de l'invasion du Yunnan, il a eu la vie sauve en raison de sa jeunesse et de ses aptitudes mais a été émasculé.
Entré comme eunuque au palais de l'empereur Hong-wou, il a gagné la confiance de celui-ci ainsi que de son fils Zhu Di et a reçu le surnom de Zheng.
Pour la navigation lointaine, Zheng He peut compter sur des innovations déjà anciennes, comme le compas, inventé par les Chinois eux-mêmes au XIe siècle. Ces compas placés dans une capsule d'eau permettent aux marins de se repérer en plein océan.
Des jonques jusqu'en Afrique !
Le grand départ a lieu le 11 juillet 1405 du port de Longkiang, à l'embouchure du Fleuve bleu, le Yangzi. Deux cents navires emportent - si l'on en croit les chroniques - 27 800 personnes : marins, soldats, mais aussi interprètes, médecins, savants...
Toujours selon les chroniques, le vaisseau amiral, le plus grand de tous, aurait 140 mètres de long et 58 de large, avec 12 mâts et une jauge de 1500 tonneaux... Ces dimensions font passer la Santa Maria de Christophe Colomb, longue de 28 mètres, pour une coque de noix... mais paraissent très exagérées !
Si elles surpassent en taille les caravelles et les caraques occidentales, ces jonques n'ont pas leur maniabilité. Elles ne louvoient pas et naviguent obligatoirement vent arrière. Pour cette raison, elles ne peuvent sortir de la zone des moussons, attendant d'une saison à l'autre que les vents s'orientent dans l'un ou l'autre sens.
– Première expédition :
La flotte des Trésors se rend jusqu'au sud de l'Inde et atteint l'île de Ceylan (Sri Lanka). Elle établit les premiers contacts avec les royaumes locaux.
– Deuxième expédition :
En 1407-1409, Zheng He consolide ses implantations côtières par une nouvelle expédition. Il fait dresser des stèles à Calicut, Cochin et Ceylan afin de confirmer les liens de ces États avec l'empire des Ming.
– Troisième expédition :
Zheng He repart en 1409-1411 vers le Siam, Malacca et l'île de Ceylan, où il inflige une défaite militaire à l'armée du roi de Kandi.
– Quatrième expédition :
En 1413-1415, Zheng He s'embarque avec 30 000 hommes jusqu'au golfe Persique, en vue de ramener les pierres précieuses qui font la réputation de la ville arabe d'Ormuz.
Une partie de l'expédition profite de l'occasion pour explorer les côtes de l'Afrique orientale jusqu'aux environs de Zanzibar. On ne se lasse pas d'imaginer ces contacts sans lendemain entre l'Afrique noire et l'empire Ming ! L'expédition rentre à Nankin avec des représentants d'une trentaine de royaumes, tous porteurs de tributs pour l'empereur de Chine.
– Cinquième et sixième expéditions :
Les deux voyages suivants ont lieu dans les mêmes régions de la péninsule arabe et de la côte africaine des Somalis en 1417-1419 et en 1421-1422.
Mais la mort de l'empereur Zhu Di en 1424 et l'intronisation de son fils interrompent le cycle des expéditions. La Chine commence à se détourner de la mer comme l'illustre le transfert de la capitale, de Nankin (Nanjing, «capitale du sud»), au-dessus du delta du Yangzi Jiang (Yangtsé, le «Fleuve bleu»), à Pékin (Beijing, «capitale du nord»), à la limite de la steppe...
– Septième expédition :
La dernière expédition est commanditée en 1433 par le petit-fils de Zhu Di, l'empereur Xuande (Zhu Zhanji), en vue de restaurer des relations pacifiques avec les royaumes du Siam et de Malacca, dans le Sud-Est asiatique. Une partie des navires se rendent de Calicut à Djeddah, le port de La Mecque, en Arabie.
La trace de Zheng He se perd à ce moment. Après sa mort, les empereurs Ming renoncent aux explorations maritimes bien que celles-ci eussent atteint leurs objectifs et contribué au rayonnement international de la Chine et au développement de son commerce. Zheng He lui-même a laissé de tels souvenirs en Asie du Sud-Est qu'il y est encore par endroits divinisé sous le nom de Sanbao miao.
Sous la pression des lettrés confucéens, qui croient assurer de la sorte la tranquillité de la Chine, les empereurs se replient à l'intérieur de leurs frontières... Mauvais calcul. En agissant ainsi, ils laissent la Chine démunie face aux agressions des Mandchous et des Japonais ainsi qu'aux appétits des marchands européens.
Marie Desclaux


Le 3 février 1488, Bartolomeu Dias fait escale avec ses deux caravelles dans l'océan Indien, à 370 km à l'est de la pointe de l'Afrique.
En rentrant à Lisbonne, auprès du roi Jean II, le navigateur portugais ramène la preuve qu'il est possible de contourner le continent africain par le sud pour gagner l'océan Indien et l'Asie des épices.
Pour le petit royaume du Portugal, c'est la promesse d'une gloire immense et de richesses infinies. Pour l'Europe tout entière, c'est le début d'une expansion qui va la conduire en quatre siècles à dominer le monde.
Marie Desclaux
Les Grandes Découvertes
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Cette carte montre les quatre principales puissances européennes engagées dans l'exploration des océans et le parcours des principaux explorateurs.
Objectif : la pointe de l'Afrique
L'exploit de Bartolomeu Dias de Novaes est le fruit d'un gigantesque effort collectif du Portugal, sous la conduite de l'infant Henri le Navigateur, qui rêvait de découvrir le royaume mythique du « prêtre Jean » (l'Éthiopie) et de conclure avec lui une alliance pour prendre en tenaille les Turcs ottomans !
Quand l'infant meurt en 1460, à 66 ans, les navigateurs portugais n'ont pas encore dépassé le golfe de Guinée, en Afrique. Ils reprennent leur progression sous le règne du roi Jean II.
En août 1487, Bartolomeu Dias (Barthélemy Diaz en écriture francisée) quitte Lisbonne avec mission de poursuivre l'exploration de la côte africaine. Ce capitaine émérite de 37 ans, inspecteur aux entrepôts royaux de Guinée à Lisbonne, part avec deux caravelles de 50 tonneaux et un navire ravitailleur. Il emmène avec lui six Africains. Lors des escales, ces Africains vêtus à l'européenne négocieront avec les indigènes des échanges commerciaux.
La flotille longe sagement le golfe de Guinée vers le sud et dépasse les derniers comptoirs portugais. Elle atteint le 25 décembre 1487 la baie d'Angra das Voltas, où est bâtie aujourd'hui la ville de Luderitz (Namibie), puis, laissant sur place le navire ravitailleur, trop lent, elle longe le littoral.
Du cap des Tempêtes...
Survient une tempête d'une extrême violence. Pendant treize jours, les deux caravelles dérivent vers le sud. Une fois la tempête apaisée, Bartolomeu Dias tente pendant plusieurs jours de retrouver la côte en navigant vers l'est. Il ne voit rien et doit se rendre à l'évidence. Devant lui n'est plus l'Afrique.
Le navigateur comprend qu'il a dépassé la pointe du continent noir et qu'il a quitté l'océan Atlantique pour entrer à son insu dans l'océan Indien. Il remonte vers le nord et retrouve la terre conformément à ses prévisions.
C'est ainsi qu'il fait escale le 3 février 1488 en un lieu qu'il appelle Aguada de Saõ Bras(baie de Saint Blaise, d'après le saint du jour), , aussi appelée Angra dosVaqueiros (baie des Vaches) en raison du grand nombre de bovins qui paissent dans les environs. Ce lieu se dénomme aujourd'hui Mossel Bay. Quelques contacts ont lieu avec les habitants, des pasteurs aborigènes du groupe khoisan. Ils dégénèrent en affrontements.
Dias poursuit la remontée vers le nord en suivant la côte de l'océan Indien. Mais arrivé à l'embouchure de l'actuelle Fish River, l'équipage, épuisé, ne veut pas aller plus loin et Bartolomeu Dias se résigne à faire demi-tour. Avant cela, il fait ériger une colonne de pierre, un « padrao », pour témoigner de son passage et prendre possession du territoire !... Le monument a été retrouvé en 1938 et est conservé à l'Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud.
Sur le retour, il a l'amertume de constater que six des neuf hommes d'équipage du navire ravitailleur ont été massacrés par des Khoisan et il doit renoncer à ramener ce navire. À Lisbonne, Bartolomeu Dias est néanmoins accueilli en triomphe. Sur les quais du Tage, parmi les badauds qui l'acclament, figure un marin encore inconnu. Il a nom Christophe Colomb...
... au cap de Bonne Espérance...
Dias propose au roi de baptiser Cap des Tempêtes la pointe du continent africain dont il a gardé un si mauvais souvenir. Mais le roi Jean II, trop content de l'exploit, le rebaptise... « Cabo de Boa Esperança » (Cap de Bonne Espérance) car il y voit la certitude de pouvoir bientôt atteindre les Indes. Ce sera chose faite dix ans plus tard avec Vasco de Gama.
Dans le même temps, deux serviteurs de Jean II, Pedro de Covilham et Alfonso de Païva, arrivent non sans mal à contourner l'Afrique par l'Est et atteignent Aden. Covilham visite même la côte de l'Inde et revient par l'Abyssinie (l'Éthiopie) et l'Égypte.
Le triomphe des Portugais est néanmoins terni par le succès concomitant de Christophe Colomb. Parti vers l'ouest en quête de l'Asie, il a offert un Nouveau Monde aux souverains espagnols.

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