lundi 26 février 2018

1914-1918 La Grande Guerre, 90 ans après

L'historien Jean-Jacques Becker, professeur émérite à l'Université de Paris-X Nanterre et président du centre de recherche de l'Historial de la Grande Guerre (Péronne), nous rappelle les origines de la Grande Guerre de 14-18 et la signification qu'elle peut encore revêtir après la disparition de notre dernier « poilu ».
Extraits des propos de Jean-Jacques Becker
Les gens savaient en 1914 pourquoi ils se battaient. Cela peut nous paraître absurde maintenant, 90 ans après, ça ne le paraissait pas à l’époque. Tous les mobilisés français avaient le sentiment (vrai ou faux, peu importe) que leur pays était menacé. Et ce qui peut nous sembler étrange, c’est que les combattants allemands avaient le même sentiment que les combattants français, celui de défendre leur pays, non pas contre la France, à vrai dire, mais contre la menace russe et l’immense masse slave qui faisait très peur en Allemagne…
Même sentiment en Angleterre et dans les dominions, d’autant plus remarquable qu’il n’existait pas de service militaire obligatoire au Royaume-Uni et que l’armée était composée de volontaires. Petit bémol en ce qui concerne l’Italie où les motifs de combattre demeuraient flous.
On part au combat en 1914 avec résolution, par devoir, mais ce n’est pas un type de devoir qui comporte l’enthousiasme. On ne part pas la fleur au fusil !...
Après l’attentat de Sarajevo, les Autrichiens se saisissent de l’occasion pour régler leur compte aux Serbes qui n’y sont pourtant pour rien. Les Allemands se sentent obligés de soutenir leur allié autrichien. On aurait pu s’en tenir à une petite guerre mais tout a dérapé du fait de la puissance extraordinaire des sentiments nationaux dans tous les pays européens, et en particulier en Russie, dans les populations urbaines, minoritaires mais très influentes.
La puissance des sentiments nationaux demeure la meilleure explication de cette guerre, bien plus que d’éventuels intérêts impérialistes que l’on discerne mal.
Contrairement à ce que l’on croit, la guerre éclate contre la volonté, un peu flageolante il est vrai, de l’empereur allemand Guillaume II. De même en Angleterre où le gouvernement n’a au départ aucune envie de s’engager au côté des Serbes de mauvaise réputation. Le tsar Nicolas II lui-même, quoique peu intelligent, est contre la guerre et il a fallu qu’il subisse l’assaut des généraux russes pour qu’il se résigne à signer l’ordre de mobilisation.
Cette guerre n’est pas une guerre mondiale mais une guerre européenne, même si elle a des prolongements dans les territoires coloniaux. Les Américains eux-mêmes n’interviennent que très tardivement. Au terme de la guerre, il n’y a aucun doute que l’Europe, qui dominait le monde en 1914, perd son rôle hégémonique.
Notons aussi que la fin de la guerre marque le moment où les Européens prennent conscience qu’au lieu de se massacrer, ils feraient mieux de s’entendre. Cette prise de conscience est retardée outre-Rhin parce que les Allemands ont le sentiment d’avoir été injustement traités à Versailles par les vainqueurs et veulent une revanche sur les Français.
Ne soyons pas trop durs cependant pour les plénipotentiaires du traité de Versailles. Ils ont dû subir la pression des opinions publiques, très remontées, qui, pour une bonne part, jugeaient les termes du traité trop mous !
Bibliographie de Jean-Jacques Becker
Jean-Jacques Becker est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Grande Guerre et le XXe siècle qui, tous, se caractérisent par une grande clarté didactique et une érudition sans pédanterie.
Il vient de publier un Dictionnaire de la Grande Guerre (André Versaille éditeur, octobre 2008, 19,90 euros) tout à fait remarquable de clarté, avec cartes et chronologie détaillée. Les notices se lisent comme de petits récits vivants et l'ensemble compose une bonne initiation à l'histoire de cette période.
Jean-Jacques Becker a aussi écrit sur la Grande Guerre :
L'Europe dans la Grande Guerre (Belin Sup, 1996), pour un public d'étudiants,
La première guerre mondiale (MA, 1985), petit abécédaire lumineux, pour tous publics.
Crises et alternances 1974-2000 (Nouvelle Histoire de la France contemporaine), avec la collaboraton de Pascal Ory (Points, 2002), un regard lumineux sur l'histoire très récente.
L'Europe à la veille de la Grande Guerre
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Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.
Lazare Ponticelli, symbole de la France du XXe siècle
Le 12 mars 2008 s'est éteint Lazare Ponticelli (110 ans), dernier « poilu » français de la Grande Guerre (1914-1918). Singulier clin d'oeil du destin que la disparition, à la veille des cérémonies commémoratives du 90e anniversaire de l'Armistice, de ce personnage hors du commun, magnifique représentation de la France du XXe siècle.
Né en 1897 dans une famille très pauvre d'Italie, le dernier « poilu » arrive à Paris, à la gare de Lyon, seul et sans ressources, à l'âge de 9 ans ! Il vit de petits boulots et, dès qu'éclate la guerre, en 1914, se porte volontaire par reconnaissance pour la France qui l'a accueilli. Il n'hésite pas pour cela à tricher sur son âge (17 ans).
Quand l'Italie entre en guerre à son tour aux côtés des Alliés, en 1915, il doit contre son gré rejoindre son armée dans le Tyrol. Il finit la guerre avec les honneurs. Malgré son attachement pour la France, il attend 1939 pour demander la nationalité française.
De retour en France, il crée avec ses frères Céleste et Bonfils une entreprise de fumisterie industrielle. Celle-ci, Ponticelli frères, figure aujourd'hui, avec 3800 salariés dans le monde entier, parmi les entreprises françaises les plus reconnues, notamment en raison de ses performances dans la manutention pétrolière.


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1914-1918 Livres et documents sur la Grande Guerre

Les livres, films et documents de qualité sur la Grande Guerre sont légion et il n'est pas question de les recenser tous. En voici quelques-uns.

Les causes de la Grande Guerre

Les Sentiers de la Gloire (Stanley Kubrick, 1957)
Pierre Renouvin, ancien combattant de la Grande Guerre, a publié dès 1925 un ouvrage qui a fait date : Les origines immédiates de la guerre (28 juin - 4 août 1914) en mettant l'accent sur la responsabilité particulière de l'empereur allemand Guillaume II... sans s'appesantir sur le rôle décisif du tsar Nicolas II, de son état-major, également et surtout du président Raymond Poincaré.  Cette responsabilité a été accentuée par l'historien allemand (ex-nazi) Fritz Fischer en 1961 avec un essai qui a fait polémique : Les buts de guerre de l'Allemagne impériale.
Plus équilibré nous apparaît l'essai très dense de l'historien australien Christopher Clarke : Les somnambules, Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre (Flammarion, 2013), qui disculpe assez largement l'Allemagne et répartit les responsabilités entre tous les belligérants.
Sur les origines plus lointaines de la Grande Guerre, on peut lire l'ouvrage de Marc Ferro : La grande guerre 1914-1918 (Gallimard), qui met l'accent sur la psychologie des hommes. Le livre s'étend sur les causes proches et lointaines du conflit, y compris dans leurs aspects culturels. Il ne faut pas y chercher une description approfondie des péripéties militaires. 
On peut aussi consulter le livre de Jacques de Launay : Les grandes controverses de l'Histoire contemporaine 1914-1945 (Rencontre 1964).

Le déroulement du conflit

La bibliographie concernant le déroulement de la Grande Guerre est évidemment à la mesure de la tragédie. Recommandons une mise en bouche avec le petit livre condensé de Pierre Renouvin, La Première Guerre mondiale (1965, Que Sais-je ?). Plus proche de nous et plus exhaustif, dans un style enlevé, voici la somme de Jean-Yves Le Naour, publiée par Perrin à l'occasion du centenaire de l'événement : 1914, 1915, 1916, 1917, 1918.
Jean-Jacques Becker, spécialiste de la Grande Guerre, a publié un Dictionnaire de la Grande Guerre (André Versaille éditeur, octobre 2008, 19,90 €) tout à fait remarquable de clarté didactique et d'érudition sans pédanterie. Les notices se lisent comme de petits récits vivants.
L'ouvrage comporte avec cartes et chronologie détaillée, ce qui achève d'en faire un excellent outil pour l'initiation à l'histoire de cette période.
À l'approche du 90e anniversaire de l'Armistice, les éditions Geste ont publié un album d'images, gravures et cartes postales d'époque : Les poilus en images (25 €).
Ces documents accompagnés d'un texte de François Pairault, témoignent avec éloquence de l'atmosphère à l'arrière du front et de la représentation que se faisait l'opinion publique des tranchées.
L'enchaînement des faits guerriers est très bien expliqué par l'historien John Keegan dans La Première Guerre mondiale (Perrin, 2003).
Sur les traités de paix, on peut lire le petit essai prophétique de l'historien Jacques Bainville : Les conséquences politiques de la paix (1920).
Sur les aspects humains de la guerre des tranchées, il faut lire Les croix de bois, un témoignage poignant de Roland Dorgelès, lui-même ancien poilu. Dans la même veine, on peut lire aussi À l'Ouest, rien de nouveau par l'Allemand Erich Maria Remarque.
À noter les diverses publications de lettres de poilus, comme les émouvantes Paroles de Verdun, Lettres de poilus réunies par Jean-Pierre Guéno (Perrin, 2006).

La Grande Guerre au cinéma

Plusieurs chef-d'oeuvre témoignent au cinéma de l'horreur du conflit. À commencer par La tranchée, un film de William Boyd, produit en 2000 par Jacques Perrin (MicrocosmosHimalayaLe peuple migrateur...). Il montre avec une rare justesse de ton les préparatifs de l'offensive de la Somme.
Un long dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet, 2004), avec Audrey Tautou dans le rôle d'une jeune fille qui refuse de croire à la mort de son fiancé, évoque des soldats jetés sur les lignes ennemies pour s'être volontairement mutilés (le fait de punir de la sorte des insoumis s'est peut-être produit mais rien ne l'atteste, rappelle l'historien Jean-Jacques Becker). L'émotion est aussi au rendez-vous avec La chambre des officiers, un film de François Dupeyron primé au festival de Cannes (2001), sur le drame des « gueules cassées ».
Parmi les films plus anciens, on peut voir La Grande Illusion de Jean Renoir, chef-d'oeuvre de 1937 qui évoque la lutte des classes et l'antisémitisme à travers un camp de prisonniers. Les soldats fusillés de 1914-1915 ont inspiré au cinéaste américain Stanley Kubrick Les sentiers de la gloire (1957), avec Kirk Douglas dans le rôle principal. Également remarquable sur le plan cinématographique, ce film est très éloigné de la réalité de la guerre.
Plus près de nous, la série télévisée Apocalypse, la Première Guerre mondiale(France 2) raconte le conflit en cinq séquences de 52 minutes dont le trait marquant est le recours à des archives cinématographiques modérément colorisées.
André Larané

Cent portraits pour un centenaire Les soldats de Foch vus par Burnand

Le musée de la Légion d'Honneur expose jusqu'au 21 février 2018 de saisissants portraits des combattants alliés dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre et de l'Armistice (entrée gratuite).
Il s'agit d'une centaine de pastels réalisés par le peintre Eugène Burnand (1850-1921) de 1917 à sa mort.
Né en 1850 à Moudon, dans le canton de Vaud (Suisse), Eugène Burnand s'est formé à la peinture à Paris. Adepte du réalisme, protestant fervent, il s'est fait connaître par ses portraits de paysans et ses peintures religieuses.
Son chef-d'oeuvre (Les Disciples, 1898), aujourd'hui au musée d'Osay (Paris), évoque le Nouveau Testament. Elle montre les apôtres Jean et Pierre se rendant au Saint Sépulcre après que Marie-Madeleine leur a annoncé la disparition du corps de Jésus. 
Les Disciples (Eugène Burnand, 1898, musée d'Orsay)
 
Cent portraits pour un centenaire (musée de la Légion d'Honneur, Paris)Au plus fort de la guerre, l'artiste vaudois est allé à la rencontre des soldats alliés de retour du front pour en fixer les traits dans leur diversité. Ainsi peut-on voir des soldats et officiers français, britanniques, polonais, roumains, américains mais aussi des représentants des colonies : Indochine, Afrique, Inde... ainsi que des infirmières et des aumôniers. Émouvant, humain et instructif.
Dans la sélection ci-dessus, on reconnaît dans l'ordre : un fantassin français (1), un sous-officier écossais (2), un tirailleur sénégalais (3), un sous-officier sikh (4), un tirailleur tonkinois (5), un adjudant polonais (6), une infirmière (7), un soldat japonais (8) et un spahi algérien (9).
André Larané

27 avril 1848 Abolition de l'esclavage en France

Le 27 avril 1848, le gouvernement de la République française publie les décrets d'abolition immédiate de l'esclavage dans les colonies françaises. Sont concernées essentiellement les vieilles colonies héritées de l'Ancien Régime, dont l'économie encore sur les grandes plantations sucrières.
Alban Dignat
Le long parcours des abolitionnistes
En 1537, peu après son introduction dans les colonies des Amériques, l'esclavage avait été condamné par le pape Paul III mais les injonctions pontificales n'avaient pas eu plus de succès chez les planteurs d'Amérique qu'elles n'en ont aujourd'hui en matière de morale. C'est qu'à la Renaissance, la papauté ne pouvait déjà plus, comme au Moyen Âge, faire fléchir les dirigeants chrétiens en agitant la menace de l'excommunication.
Sous la Révolution française, les députés de la Convention abolissent l'esclavage une première fois pour calmer la révolte des esclaves dans les colonies des Antilles et empêcher l'Angleterre de s'en emparer. Mais Napoléon Bonaparte revient sur cette mesure et légalise l'esclavage le 20 mai 1802.
Les Anglais, sous la pression des sociétés philanthropiques d'inspiration chrétienne, se montrent plus résolus. Ils abolissent la traite atlantique en 1807 et l'esclavage en 1833.
Les libéraux et philanthropes français sont tout aussi disposés que leurs homologues d'outre-Manche à éradiquer cette institution indigne. Ils sont soutenus dans les colonies par les « libres de couleur » (affranchis) qui, n'en pouvant plus de brimades et d'humiliations, ont pris le parti des esclaves.
Mais ils sont entravés dans leur combat par les groupes de pression des riches planteurs. Le traumatisme de la guerre qui a mené à l'indépendance d'Haïti et le ressentiment des anciens planteurs de Saint-Domingue jouent aussi contre eux.
En 1831, une loi supprime dans les colonies françaises toutes les entraves aux affranchissements. La même année, une convention franco-britannique autorise le «droit de visite» par les navires de guerre des deux pays sur les navires marchands de toutes nationalités suspectés de pratiquer la traite négrière.
En 1845, une loi interdit les châtiments corporels et le fouet... Ces dispositions laissent espérer une disparition progressive de l'esclavage mais cela ne suffit pas aux abolitionnistes, réunis au sein de la Société française pour l'abolition de l'esclavage.
- Victor Schoelcher :
L'un des plus écoutés est Victor Schoelcher, riche philanthrope catholique, libéral et républicain. Né en 1804 dans la famille d'un fabricant de porcelaine, il accomplit un long voyage de 18 mois au Mexique à l'instigation de son père qui veut lui enlever ses idées républicaines. De passage aux Antilles, le jeune homme découvre l'esclavage.
Beaucoup plus tard, en 1840, il accomplit un nouveau périple dans les colonies à esclaves de la France. C'est pour y noter une situation proprement explosive. Il milite dès lors pour une abolition concertée avec les planteurs.
- Cyrille Bissette :
Parmi les abolitionnistes les plus radicaux figure un négociant métis de Fort-de-France (Martinique), Cyrille Bissettte, né en 1795. Sa mère est une demie-soeur de Joséphine de Beauharnais. Ce « libre de couleur » plaide dans son île pour une abolition immédiate. Cela lui vaut d'être marqué au fer rouge et envoyé au bagne de Brest. Le jugement est cassé et il peut continuer de défendre sa cause en métropole.
Enfin, la victoire
À Mayotte, sultanat musulman tombé sous protectorat français en 1841 et où n'existe aucun planteur européen, le gouvernement abolisse l'esclavage dès le 9 décembre 1846, sous le règne de Louis-Philippe 1er.
Mais il faut attendre la Révolution de Février pour qu'enfin, dans l'effervescence républicaine, les abolitionnistes puissent contourner l'opposition des planteurs dans les vieilles colonies.
Le décret d'abolition est rédigé par Victor Schoelcher, sous-secrétaire d'État à la Marine dans le gouvernement provisoire. Il a souhaité ce modeste ministère parce que de lui dépendent les colonies et, donc, la législation relative aux esclaves.
Victor Schoelcher lui-même est sous la tutelle du ministre de la Marine, le grand physicien et astronome François Arago(62 ans). Celui-ci appartient à l'extrême-gauche républicaine et dès 1840 s'est fait l'écho à la Chambre des députés des revendications sociales. Il soutient à fond son subordonné dans son combat pour l'abolition.
Tirant parti des bonnes dispositions des députés dans les premiers mois qui suivent l'avènement de la République, Victor Schoelcher et François Arago libèrent par décret 250.000 esclaves noirs ou métis aux Antilles, à la Réunion comme en Guyane et à Saint-Louis du Sénégal.
Une application précipitée
Le décret, qui prévoit l'abolition dans un délai de deux mois, arrive dans les colonies quatre à cinq semaines plus tard. Mais sur place, les gouvernants des colonies et les planteurs ont en général pris les devants. La plupart des Blancs ont compris depuis longtemps que l'abolition était devenue inéluctable et s'y étaient préparés en multipliant les affranchissements.
À leur manière, les esclaves ont aussi accéléré le mouvement. À Saint-Pierre, en Martinique, une insurrection a éclaté le 22 mai 1848, avant qu'ait été connue l'existence du décret. Un meneur du nom de Romain ayant été incarcéré, une foule demande sa libération. Elle se heurte à des planteurs. Échauffourée. 33 morts. Le lendemain, dans l'urgence, le gouverneur de l'île décrète l'abolition de l'esclavage.
Même chose en Guadeloupe où le gouverneur abolit l'esclavage le 27 mai 1848 pour éteindre une insurrection naissante.
En Guyane, la liberté entre en application le 10 août 1848, à l'échéance prévue. À la Réunion, plus éloignée de la métropole, l'abolition prend officiellement effet le 20 décembre 1848 mais dans les faits, à cette date, l'esclavage n'existe déjà plus dans l'île.
Les planteurs reçoivent une indemnité forfaitaire conformément au décret de Schoelcher. Ils tentent aussi de reprendre la main en sanctionnant le « vagabondage »dans les îles à sucre : c'est une façon d'obliger les anciens esclaves à souscrire des contrats de travail.
Ils contournent aussi l'interdiction de l'esclavage en faisant venir des « travailleurs sous contrat» de la Chine du sud ou du Tamil Nadu (Inde du Sud). Il s'agit d'un nouvel esclavage qui ne dit pas son nom comme celui que pratiquent à grande échelle en ce début du XXIe siècle les émirats du Golfe Persique. Les descendants de ces travailleurs représentent aujourd'hui un quart ou un tiers de la population de la Réunion et 15% environ de celle de la Guadeloupe.
L'abolition dément les sombres prophéties des planteurs. Elle se traduit par un regain de l'activité économique dans les colonies.
Victor Schoelcher va militer avec moins de succès contre la peine de mort. Exilé en Angleterre sous le Second Empire, il est élu député de la Martinique à l'avènement de la République puis devient sénateur inamovible jusqu'à sa mort, le 26 décembre 1893.

22 février 1848 Insurrection républicaine à Paris

Le 24 février 1848, au terme de trois jours d'émeutes et de malentendus, l'opposition, composée de monarchistes libéraux et de républicains modérés, obtient le départ du roi Louis-Philippe 1er.
C'est la naissance de la IIe République. incapable de concilier les aspirations de la bourgeoisie à l'ordre et la montée des revendications sociales, elle aura une existence très brève, d'à peine trois ans.
Alban Dignat

Un règne ennuyeux

Pour le roi des Français, c'est la fin d'un long règne de dix-huit ans, la « Monarchie de Juillet », ainsi appelée parce qu'elle est issue de la Révolution des Trois Glorieuses (26 à 28 juillet 1830).
Mari aimant et bon père, Louis-Philippe 1er apparaît comme le « roi-bourgeois » par excellence. Son règne est une longue période de paix et de relative prospérité durant laquelle, fait exceptionnel, n'apparaît aucun impôt nouveau.
La seule guerre notable est la conquête de l'Algérie. Cet irénisme n'est pas du goût de tout le monde. Les bourgeois libéraux rêvent d'épopées et vivent dans le souvenir de la Grande Révolution et de Napoléon 1er. Leur nostalgie est alimentée par le « Retour des cendres ». Leur opposition à la monarchie de Juillet se nourrit des caricatures qui ridiculisent la personne du roi et des scandales qui discréditent les grandes familles (ainsi le meurtre horrible de la duchesse de Choiseul-Praslin par son mari pendant l'été 1847).
Interdits de réunion, les républicains contournent la loi en organisant à partir du 9 juillet 1847 des banquets qui réunissent des centaines de participants autour de quelques éminents orateurs. On en compte pas moins de 70 à Paris et dans les grandes villes du royaume au cours des sept mois suivants.
Fatal dérapage
L'un de ces banquets ayant été interdit, les étudiants et les ouvriers manifestent le 22 février 1848 à Paris. Ils sont rejoints le lendemain par la garde nationale composée de modestes bourgeois. La rue commence à se calmer après que le roi eut enfin renvoyé son Premier ministre, le triste et impopulaire François Guizot, qui a dirigé le gouvernement pendant sept longues années (un record).
Mais, le soir du 23 février, une manifestation dégénère devant le ministère des Affaires étrangères, sur le boulevard des Capucines. Un coup de feu entraîne une riposte des soldats. On relève une vingtaine de morts. Les barricades se multiplient.
Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt, mais le remède est sans effet et, dans son palais des Tuileries, le vieux roi (75 ans) commence à désespérer.
Le 24 février, Adolphe Thiers lui conseille rien moins que de s'enfuir à Saint-Cloud et de reconquérir Paris à la tête de son armée. Le roi, horrifié à la perspective de faire couler le sang de son peuple, s'y refuse comme avant lui Louis XVI et Charles X (Thiers, rallié à la République en 1871, n'aura pas ces scrupules quand il s'agira d'éliminer les Communards).
Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, en confiant la régence à la duchesse d'Orléans. Il quitte la capitale.
Selon une chronique malveillante, le roi s'apprêtant à monter en voiture, un ouvrier lui aurait ouvert la portière en lui soufflant avec ironie : « Fils de Saint Louis, montez en fiacre ! »
La duchesse d'Orléans, non sans panache, se présente avec ses deux enfants au Palais Bourbon où siègent les députés. Ceux-ci inclinent à approuver la régence quand, tout à coup, la foule envahit les lieux. Les républicains commencent à se manifester...

Une Révolution romantique

Un cri retentit : « À l'Hôtel de Ville ! ». C'est ainsi qu'un petit groupe de républicains, à l'instigation de Ledru-Rollin, gagne le lieu mythique de la Grande Révolution, celle de 1789, dans la perspective de rééditer les exploits de leurs aînés (leurs héritiers n'agiront pas différemment à la chute de Napoléon III ).
Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure et Marie, rejoints par le poète Lamartine (58 ans) proclament dans la nuit l'avènement d'un gouvernement républicain. Ainsi naît la IIe République.
Deux jours plus tard, Lamartine convainc les républicains d'adopter le drapeau tricolore et fait par ailleurs abolir la peine de mort pour les délits politiques.
Debout sur une chaise, dans une salle de l'Hôtel de ville, il lance aux émeutiers : « Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi : car le drapeau rouge, que vous-mêmes rapportez, n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! »
La Révolution parisienne a un énorme retentissement dans les élites européennes. Devant la contagion révolutionnaire, les monarques concèdent des Constitutions à Berlin, Munich, Vienne, Turin... C'est le « printemps des peuples ».
À Paris, les écrivains romantiques, davantage portée vers la monarchie que vers la République, se montrent dans un premier temps réticents à lavènement de celle-ci mais l'entrée en ébullition de l'Europe et le défilé à Paris des délégués européens emportent leur adhésion. Les délégués les plus applaudis sont les Italiens et les Allemands.
En août 1849, présidant le Congrès international de la paix, Victor Hugo lance, prophétique :
« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne (...) ».

Une Révolution gâchée

Mais, déroutée par la facilité de sa victoire de février, l'opposition parlementaire ne sait que faire de sa République. Elle tente en vain de ressusciter l'esprit de la « Grande Révolution » mais méconnaît gravement les changements qui se sont produits en un demi-siècle.
Subrepticement, à Paris, les revendications sociales ont pris le pas sur les idéaux politiques. Plusieurs signes pourraient éclairer les contemporains : ainsi, dans le langage courant, on regroupe tous les bourgeois sous le terme d'oisifs pour mieux les opposer aux travailleurs. Et l'année même de la chute de Louis Philippe, Karl Marx et Friedrich Engels publient le Manifeste du parti communiste.
La Seconde République échouera sur la question sociale avec les tragiques Journées de Juin. Ses reculades, dès le mois de juin 1848, ouvriront la voie au Second Empire.

Les écrivains en politique au XIXe siècle1848 : sur les barricades

Confit d'ennui, le règne bourgeois de Louis-Philippe 1er s'achève dans les journées révolutionnaires de Février 1848. Plusieurs écrivains prennent une part active à l’agitation et se rangent aux côtés du peuple. Dumas et même le dandy Baudelaire montent sur les barricades. Balzac se terre dans son bureau. Flaubert, quant à lui, en profite pour recueillir des observations qu’il utilisera dans son oeuvre.
Un homme de lettres émerge, Lamartine. Il va jouer un rôle décisif dans les débuts de la IIe République en promouvant le suffrage universel...
Jean-Pierre Bédéï
La Révolution française de 1848, aquarelle de Cesare Dell'Acqua, XIXe siècle.

241 000 électeurs pour 33 millions d’habitants

En 1848, la monarchie de Juillet, incarnée par Louis-Philippe, 74 ans, se révèle de plus en plus contestée sur fond de crise économique et de misère du peuple. L’année précédente, l’opposition modérée a lancé une « campagne des banquets ». C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour faire entendre sa voix et contourner l’interdiction des réunions publiques.
La campagne des banquets, 9 juillet 1847. Le banquet du Château-Rouge ouvre la campagne des banquets, Élias Regnault, Révolution française t. III, Paris, Pagnerre, 1860.Dans plusieurs villes, elle invite les principaux électeurs à des repas ponctués de toasts politiques aux droits de l’Homme, à l’égalité, et crible de ses critiques le gouvernement. La principale revendication de cette opposition, incarnée par les avocats Alexandre Ledru-Rollin et Odilon Barrot, consiste en une extension bien modeste du droit de vote, visant à abaisser le cens de 200 à 100 francs.
Alexandre Auguste Ledru, dit Ledru-Rollin, Madame Mongez, 1838, Paris, musée Carnavalet.Dans une France comptant 33 millions d’habitants, le système censitaire alors en vigueur permet seulement à 241 000 électeurs de choisir les députés. En réclamant une réforme électorale, l’opposition veut faire accéder au pouvoir et à la citoyenneté la petite bourgeoisie composée notamment de médecins, d’avocats, de boutiquiers etc.
Mais Guizot, qui dirige le gouvernement, se refuse obstinément à modifier le système électoral. Le blocage est total ; au fil des mois de l’année 1847, il s’est transformé en un conflit ouvert entre le gouvernement et l’opposition. C’est l’organisation d’un banquet à Paris le 22 février 1848, interdit par le pouvoir, qui va déclencher une insurrection de trois jours à Paris.
Mourir pour la Patrie !!! (Choeur des Girondins), Révolution de février 1848, estampe, Gallica, Bnf, Paris.Le 22 février, étudiants, ouvriers, commerçants chantant la Marseillaisese dirigent vers la Madeleine et la Concorde pour accompagner les parlementaires qui doivent se réunir à Chaillot. Une pétition est remise aux députés radicaux Crémieux et Marie en présence de l’armée dans une ambiance pesante. Mais c’est dans l’après-midi que le rassemblement dégénère lorsque la brigade municipale charge des manifestants.
Si la nuit est calme, le lendemain, en dépit d’un froid vif et d’une pluie drue, l’agitation reprend, les rues de la capitale se hérissent de barricades aux cris de « Vive la réforme ! À bas Guizot ! »L’armée occupe les points stratégiques. Dans l’après-midi, c’est une explosion de joie à l’annonce de la démission de Guizot.
Mais cette semi-victoire des manifestants n’a pas calmé l’ardeur des meneurs dirigés par des activistes des réseaux républicains qui œuvrent dans la clandestinité depuis plusieurs années. Vers 21h 30, un cortège se dirige vers les Grands boulevards. Lorsqu’il arrive devant le ministère des Affaires étrangères, boulevard des Capucines, c’est l’engrenage sanglant.
Un coup de feu part, tuant un manifestant. Panique générale. La troupe tire instinctivement. Un carnage : une quarantaine de morts et de nombreux blessés. Le peuple tient ses martyrs. Les plus enragés promènent les corps des morts durant toute la nuit dans une charrette aux cris de « Vengeance ! Vengeance ! »
Une charrette chargée de blessés passe devant le journal National, lithographie, anonyme, 1848.

Dumas passe à l’action

Au milieu des manifestants épouvantés, un homme de plume : Alexandre Dumas. Il court enfiler sa tenue de commandant de la Garde nationale de Saint-Germain avant de pénétrer dans la cour de la mairie du troisième arrondissement (première note) où il rencontre le maire revêtu de son écharpe qui a pris la tête de quelque trois cents hommes.
Il leur demande s’ils veulent marcher sur le ministère des Affaires étrangères. Révoltés, les hommes approuvent. Et la colonne se met en marche. Le bouillant écrivain n’avait-il pas soutenu les banquets réformistes ? Comme en 1830, l’intrépide Dumas passe à l’action pour se retrouver au cœur de la mêlée dans cette nuit fatidique qui précipite le pouvoir dans le gouffre.
Autoportrait de Charles Baudelaire, 1848, aquarelle et graphite, musée des monuments français, cité de l'architecture et du patrimoine.Dumas n’est pas le seul homme de plume à être dans la rue. Charles Baudelaire (1821-1867) et le journaliste Charles Toubin, qui ont rejoint le peintre Gustave Courbet au café de La Rotonde totalement déserté près de l’École de Médecine, entendent sonner le tocsin. « Un individu passe en courant et en criant d’une voix qui nous glace d’effroi : - Aux armes ! on égorge nos frères… », se souviendra Toubin.
Les trois amis, qui avaient déjà assisté en spectateurs aux premiers affrontements de la veille sur les Champs-Élysées, se précipitent place Saint-Sulpice où ils sont pris sous une grêle de balles. Ils trouvent leur salut en déguerpissant en direction du Pont-Neuf dont l’accès leur est interdit par un bataillon de ligne.
Pendant ce temps, Honoré de Balzac(1799-1850), « consterné » par les événements, s’alarme devant sa table de travail. Il écrit à Mme Hanska qu’il ne veut pas « vivre sous la République, son règne ne fût-il que de quinze jours. »
Portait de Baudelaire, vers 1848, Gustave Courbet, musée Fabre, Montpellier.

Baudelaire : un dandy se mêle au peuple

Au petit matin du 24 février, des centaines de barricades ont été érigées dans la nuit. Derrière l’une d’elles, ô surprise, Baudelaire, armé d’un fusil de chasse. Ses amis Charles Toubin et Jules Buisson le trouvent ainsi au carrefour de Buci, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Cette fois, il a franchi le pas. De spectateur intrigué, il est devenu un acteur exalté de la révolution...
Portraits du général Jacques Aupick, BnF, Paris.Le dandy coudoie les « prolos ». Stupéfait de rencontrer un Baudelaire métamorphosé, à la pointe du combat et immergé dans un peuple qu’il méprise d’ordinaire, Jules Buisson rapporte leur bref dialogue : « Je viens de faire le coup de fusil », me dit-il. Et comme je souriais, regardant son artillerie tout battant neuve. – Pas pour la République, par exemple ? Il ne me répondait pas, criait beaucoup et toujours son refrain : « Il faut aller fusiller le général Aupick ! »
Jacques Aupick est le commandant de l’École polytechnique. Mais pour Baudelaire, il représente plus qu’un officier à la solde de la monarchie de Juillet. Il est aussi son beau-père honni.
Baudelaire, qui avait six ans à la mort de son père, a longtemps reproché à sa mère de s’être remariée très rapidement avec Aupick qu’il déteste, après avoir entretenu avec lui des relations cordiales dans son enfance. Aussi lorsque les secousses de l’Histoire favorisent un face à face entre les deux hommes, Baudelaire ne résiste pas à la tentation de régler ses comptes, de céder à la vengeance.
Bien sûr, il ne fera pas la peau à Aupick. Mais en épousant la cause révolutionnaire qui le fascine, utilise-t-il l’insurrection comme un simple exutoire personnel, s’engage-t-il au côté du peuple par conviction, ou bien s’encanaille-t-il par jouissance du chaos ?
Incendie du château d'eau, place du Palais-Royal, le 24 février 1848, Eugène Hagnauer, Paris, musée Carnavalet.

Flaubert : derrière le témoin, le romancier observe et note

Il accourt, Gustave Flaubert (1821-1880). Après avoir quitté précipitamment Rouen, il arrive à Paris au soir du 23 février. L’odeur de la poudre, l’emballement de la révolution, le destin d’un pays susceptible de basculer, tout ce bouillonnement l’excite. Non pas qu’il se sente personnellement concerné, ce serait déchoir !
Gustave Flaubert porte un regard plein de dédain sur la société qui lui inspire un profond dégoût. Alors prendre parti… foutaise ! Mais il est intéressé par le théâtre de la politique. Quel champ d’observation instructif pour un romancier ! À 27 ans, Flaubert a déjà beaucoup écrit mais il n’a encore rien publié. On l’a entendu pester contre la politique de « cet infâme Louis-Philippe ». Mais il n’est guère plus amène envers l’opposition.
Journées illustrées de la Révolution de 1848, gravure, Paris, ITEM, Bibliothèque Flaubert. L'image est accompagnée de ce commentaire : « Les deux journalistes se présentent à la barricade de la rue Saint-Honoré.  La nouvelle de l'abdication est accueillie avec des transports de joie, tempérée par l'incrédulité. »En décembre 1847, il a assisté à un banquet républicain à Rouen. Ses impressions impitoyables, il les a confiées à sa maîtresse, la poétesse Louise Colet : « J’ai pourtant vu dernièrement quelque chose de beau et je suis encore dominé par l’impression grotesque et lamentable à la fois que ce spectacle m’a laissée. J’ai assisté à un banquet réformiste ! (…) Quelle que triste opinion que l’on ait des hommes, l’amertume vous vient au cœur quand s’étalent devant vous des bêtises aussi délirantes, des stupidités aussi échevelées… »
Le 24 février, à Paris, avec ses deux amis Louis Bouilhet et Maxime Du Camp, il sillonne les Grands Boulevards. Ils emboîtent le pas décidé des émeutiers qui se rendent aux Tuileries. Rue du Faubourg-Saint-Honoré, le bruit de coups de feu répétés les attire place du Palais-Royal. Là, ils assistent au combat entre des insurgés et un maigre détachement de soldats.
Débordé, impuissant, Louis-Philippe a abdiqué en début d’après-midi en faveur de son petit-fils le comte de Paris. Il a fui la capitale, prenant le chemin de l’exil en Angleterre. Le pouvoir est à ramasser.
Pillages de la salle du trône aux Tuileries, lithographie de Victor Adam et Jean-Baptiste Arnout, 1848.
Les pillages inspirent Flaubert
Flaubert et Du Camp -ils ont perdu Bouilhet dans la confusion régnant au Palais-Royal- se dirigent vers la cour d’honneur des Tuileries. Ils entrent dans le château en compagnie d’hommes du peuple et de gardes nationaux. Deux cents personnes déambulent dans les appartements, curieuses et respectueuses des lieux. « Nulle haine, nulle colère, nul ressentiment », observe Du Camp.
La salle à manger conserve encore les traces récentes du dernier petit déjeuner pris par la famille royale avant de fuir. Mais bientôt, l’atmosphère change. Des insurgés plus menaçants gravissent les marches du grand escalier et mettent à sac les appartements.
Ces scènes de pillage, Flaubert les gardera gravées dans son esprit. Il les restituera dans son roman L’Éducation sentimentale devant les yeux de son héros Frédéric Moreau accompagné de son ami Hussonnet, double romanesque du tandem qu’il formait ce jour-là avec Du Camp.

Victor Hugo mis en joue

Cette fois, Victor Hugo ne passera pas à côté d’une révolution comme en 1830. Il est dans la rue et se comporte comme un véritable journaliste.
Réception de Victor Hugo à l'Académie Française en 1841, Hermann Vogel, maison De Victor Hugo, Hauteville House, Guernesey.Il arpente les artères de Paris en ébullition, observe, s’informe, discute avec les insurgés, faisant la navette entre le Palais-Bourbon et la Chambre des pairs dont il est membre par la grâce de Louis-Philippe.
Il n’hésite pas à se mettre en danger lorsque le 24 février, place de la Bastille, il annonce à une foule constituée en grande partie d’ouvriers l’abdication de Louis-Philippe et, croit-il, la régence de la duchesse d’Orléans. Il est alors pris à partie. Un homme armé d’un fusil le couche en joue en criant : « À mort le pair de France ! » Il ne doit alors son salut qu’à un jeune ouvrier qui abaisse l’arme brutalement en lançant : « Non, respect au grand homme ! »
À sa manière, Hugo vient de connaître son heure de gloire, mettant sa vie en péril pour défendre ses opinions. Il n’est pas seulement un intellectuel de salon, un notable politique, où encore un observateur détaché, il sait aussi s’engager et prendre des risques physiques en se frottant aux événements.
Lamartine à l'Hôtel de Ville, Paris, Ed. Aubert, 1848, Lithographie, BnF, Paris. Lamartine proclame la République devant l'Hôtel de Ville et prononce un discours vibrant pour maintenir l'usage du drapeau tricolore.

Lamartine prend le pouvoir

Pendant que Hugo ferraille en vain à la Bastille, un autre poète prend le pouvoir au Palais-Bourbon : Alphonse de Lamartine. Mais quelle place occupe-t-il sur l’échiquier politique en janvier 1848 ?
À 58 ans, il campe sur un isolement politique qu’il cultive habilement. Elles sont loin les années 1820 durant lesquelles le jeune ambitieux se cherchait au sein de la mouvance royaliste. Il s’est montré, durant la monarchie de Juillet, partisan d’un régime constitutionnel et a défendu les libertés publiques, à commencer par celle de la presse.
Aimant jouer le gentleman farmer sur ses terres de Saône-et Loire, le député Lamartine redoute plus que tout « l’anarchie sociale », hanté, comme beaucoup de ses contemporains, par le spectre de la Terreur de 1793.
Mais ce libéral est animé de solides convictions progressistes. Opposé à la peine de mort, il est l’un des rares écrivains, avec Alexandre Dumas et Victor Hugo, à dénoncer l’esclavage ; il se montre également favorable à l’enseignement gratuit. Il se tient à équidistance du pouvoir et de l’opposition.
Cette indépendance sourcilleuse a glissé progressivement vers un positionnement de plus en plus anti-gouvernemental à la fin des années 1840. Perspicace, Lamartine stigmatise ce qu’il nomme « le système » et qui n’est rien d’autre que le conservatisme étroit dans lequel s’enfonce la monarchie de Juillet sous la houlette hautaine de Guizot.
Lamartine harangue le peuple, 1848, lithographie de Victor Adam extraite de : Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870, BnF, Paris.
Lamartine métamorphosé en imprécateur
Très en verve, le 11 février à la Chambre des députés, il étrille le régime. Ce jour-là, il évoque les tensions qui se manifestent dans le pays et demande au gouvernement qu’on règle et non qu’on supprime l’exercice du droit de réunion :
« Non, messieurs, dit-il aux ministres. Ne vous y trompez pas. Ce n’est pas ici une agitation artificielle (…) Ce phénomène vient de ce que le pays s’est enfin rendu compte de l’obstination du faux système par lequel on l’entraîne en dehors de toutes ses lignes à l’intérieur, en dehors de toute sa politique, de sa dignité et même de sa sûreté à l’extérieur (…) Quand il a vu ce système obstiné de restriction légale au-dedans, de véritable oligarchie se fondant à la place de la grande démocratie régulière promise en 1830, quand il a vu que ce système changeait de mains sans changer d’action et qu’il voyait toujours les mêmes choses sous d’autres hommes, quand il a vu la corruption monter cette année comme un flot impur jusque sous les pieds des pouvoirs publics (…) alors oui, il s’est ému ! et il a montré par cette émotion même qu’il était un sage et prudent pays. »
Et Lamartine de conclure par cet avertissement : « Souvenez-vous que vous allez créer un grand péril. Souvenez-vous du Jeu de Paume et de ses suites. Qu’est-ce que le Jeu de Paume de Versailles en 1789 ? Le Jeu de Paume ne fut qu’un lieu de réunion politique des États généraux fermé par les ministres et rouvert par la main de la nation à la représentation outragée du pays. »
À quelques jours de la révolution de 1848, Alphonse de Lamartine se pose en procureur implacable de la monarchie de Juillet. Il appelle également à participer au banquet qui met le feu aux poudres à Paris. Pourtant, il s’avère absent les 22 et 23 février. On ne le voit nulle part. Il est tout de même tenu informé des « accidents des deux journées » par des amis qui viennent lui rapporter l’enchaînement des événements.
Armand Marrast, rédacteur en chef du « National » puis président de l'Assemblée nationale, estampe, 1849, BnF, Paris.Lamartine ne réapparaît publiquement que le lendemain, lorsque la révolution a basculé, lorsque le régime s’écroule. Il s’avance alors pour ramasser le pouvoir comme s’il avait attendu patiemment son heure. Celle, décisive, d’offrir un débouché politique à la révolution.
Alerté que la Chambre des députés menace d’être envahie par les insurgés, Lamartine gagne seul à pied le Palais-Bourbon en fin de matinée sous un ciel bas et sombre que perce de temps en temps un timide soleil d’hiver. Quelques républicains dont Armand Marrast, le rédacteur en chef du National, l’accueillent afin de connaître ses intentions : la Régence dont il était partisan en 1842, ou bien la République ?
Lamartine explique son choix avec gravité. Il ne se sent pas « républicain à tout prix », mais en raison de la part prise par le peuple dans la révolution, il estime que « la Régence, ce sera la Fronde du peuple, la Fronde avec l’élément populaire, communiste, socialiste de plus », et que ce gouvernement sera voué à un échec rapide. En conséquence, seule la République peut empêcher une dérive extrémiste violente et meurtrière.
La République comme rempart au socialisme ! En séance, Lamartine réclame « un gouvernement d’urgence, de nécessité, de circonstance (…) qui suspende la guerre civile entre citoyens » mais qui sera provisoire puisqu’il ne « préfigure rien sur la nature du gouvernement définitif qu’il plaira à la nation de se donner quand elle aura été interrogée. » Il se prononce pour que tous les citoyens soient appelés à se rendre aux urnes.
Le suffrage universel / Dédié à Ledru-Rollin, estampe, Marie-Cécile Goldsmid, 1850, Paris, musée Carnavalet.
Le poète annonce tout simplement l’instauration imminente du suffrage universel masculin. Une telle perspective dépasse largement la réforme du système censitaire qui avait provoqué les troubles de ces journées de février. L’aristocrate Lamartine se mue en chantre de la démocratie.
Lamartine à l'Hôtel de Ville, 1848, lithographie d' Eugène charpentier, extraite de : Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870, BnF, Paris.Sous les acclamations de la foule, il lit la liste des membres du gouvernement provisoire (deuxième note) concoctée par Marrast et les rédacteurs du Nationalet de La Réforme, les deux journaux en pointe dans l’opposition à la monarchie de Juillet : Jacques Dupont de l’Eure, Alphonse de Lamartine, François Arago, Pierre Marie, Louis Garnier-Pagès, Alexandre Ledru-Rollin, Adolphe Crémieux. Des opposants au régime, certes, mais que des modérés !
Tous sont des députés d’origine bourgeoise. Pas un seul socialiste dans cette équipe qui prend le pouvoir dans le tumulte d’une révolution portée pourtant par le peuple ! Lamartine n’entend pas être débordé sur sa gauche et redoute l’engrenage de la violence.
Finalement au terme de longues discussions, le socialiste Louis Blanc et l’ouvrier Albert (dont le vrai nom est Martin) complètent le Gouvernement provisoire auquel on adjoint également Armand Marrast et Ferdinand Flocon, respectivement rédacteurs en chef du National et de La Réforme.
Vers minuit, dans une proclamation lancée depuis les balcons de l’Hôtel de Ville, il est déclaré que « le Gouvernement provisoire veut la République sauf ratification par le peuple qui sera immédiatement consulté. »
Prise des Tuileries par le peuple parisien le 24 février 1848, Jean-Gilles Berizzi, musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM), Marseille.
24 février 1848 : l'ultime chute de la monarchie
Une page de l’histoire de France se tourne définitivement comme l’écrira Louis Garnier-Pagès : « Le 24 février 1848 était désormais une des plus illustres dates de l’histoire. De minuit à midi, la monarchie était tombée. De midi à minuit, la République était fondée. »Lamartine s’octroie enfin quelques instants pour écrire à sa femme : « Je suis fatigué mais tout va bien (…) Je prends les Affaires étrangères (…) La République n’est proclamée que provisoire. » De cette journée, il déduit : « La nation française veut avant tout l’ordre et la liberté. » Comme si le pays l’avait rejoint dans ses aspirations politiques profondes.
Lamartine a décroché son Graal et il franchit le Rubicon : il engage le pays sur la voie de la IIème République ; l’intellectuel devient un homme de pouvoir, et l’aristocrate le représentant des aspirations du peuple. Du moins le croit-il…

Vallès et Sand : le renfort de la province

Comme toujours, c’est Paris qui a mis le feu aux poudres. Mais en province, on suit les événements de près.
 - Jules Vallès, l'exalté
Jules Vallès, portrait de Gustave Courbet vers 1861, Paris, musée de la Vie romantique.À Nantes, le 25 février, la foule envahit la place Royale. Au milieu du flot des ouvriers et des étudiants, un adolescent de 16 ans participe à sa première manifestation, un rien bravache. « J’avançais, écrira-t-il, tout débraillé et tout fiévreux, heureux, je crois de mon désordre, fier de ma redingote à « ressources » qui en était à son quatrième hiver, et rejetant mes longs cheveux en arrière à la façon des tribuns antiques. J’allais offrir mon bras à la République. » Ce jeune et enthousiaste militant s’appelle Jules Vallez (1832-1885) (Troisième note).
Chez lui, depuis son enfance, il subit l’extrême dureté de l’ambiance familiale. Jules n’est pas aimé de ses parents -un couple désuni- qui le privent de toute affection, négligent de l’habiller correctement, le frappent fréquemment sans véritables raisons.
En ce 25 février, Vallès se fond dans la révolte de ces ouvriers qu’il a rejoints. D’instinct, il se sent des leurs : « J’aime ceux qui souffrent, cela est le fond de ma nature, je le sens, et malgré ma brutalité et ma paresse, je me souviens, je pense et ma tête travaille. Je lis les livres de misère. Ce qui a pris possession du grand coin de mon cœur, c’est la foi politique, le feu républicain », écrira-t-il plus tard. La politique s’est fichée dans l’âme du Bachelier. Elle en fera un Insurgé (Quatrième note).
 - George sand, l'intrépide
Dans sa propriété berrichonne de Nohant, George Sand (1804-1876) se tient informée quotidiennement de l’évolution de la situation.
Portrait de George Sand, Eugène Delacroix, 1837, Ordrupgaard museum de Copenhague, Danemark.À 44 ans, auteur à succès prolixe, elle s’est forgée une place de choix dans le milieu intellectuel bien qu’elle suscite de hargneuses inimitiés. Indépendante, féministe aux nombreuses conquêtes masculines, socialiste à sa manière sous l’influence de Pierre Leroux, elle fait figure de scandaleuse.
Depuis longtemps, elle jette son caractère entier dans la politique, toujours prête à vibrer en faveur du peuple et de l’instauration d’une république sociale en guise de fidélité aux origines modestes de sa mère.
Comment la militante socialiste qu’elle est pourrait-elle rester cloîtrée à Nohant alors que la République fait souffler un vent de liberté sur le pays et que ses amis Ledru-Rollin et Louis Blanc siègent au gouvernement ?
Elle veut être de cette épopée. Elle piaffe d’impatience ; elle a soif d’action. C’est désormais à Paris qu’il lui faut être…

Lamartine félicité par Hugo

À Paris, Lamartine doit faire face à ses premières difficultés. Le 25 février, le peuple rassemblé sur la place de l’Hôtel de Ville fait pression sur le gouvernement provisoire, agitant une multitude de drapeaux rouges. À travers ces morceaux d’étoffe symboliques, ce sont la république sociale et un monde débarrassé de la misère et de l’injustice que réclament les manifestants.
Pour les membres les plus modérés du nouveau pouvoir pas question de céder à la menace, d’entraîner le pays sur la voie dangereuse du socialisme. Tout le monde attend la position de Lamartine.
Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge, Henri Félix Emmanuel Philippoteaux, Paris, musée Carnavalet.
Lamartine repousse le « drapeau de sang »
Le poète monte alors sur une chaise et prononce un long discours duquel on retiendra cet extrait somptueux et décisif :
« Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang et vous devez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous me rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple, en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. »
Une fois de plus l’éloquence de Lamartine vise juste. Quelques excités continuent à menacer l’orateur, mais le peuple, vaincu, range ses étendards rouges comme une armée rend les armes.
Pourtant la question sociale se révèle incontournable car elle a servi de combustible à la révolution. Une délégation d’ouvriers, conduite par le mécanicien Marche, est reçue par Lamartine. Elle demande fermement « l’organisation du travail ». La révolution politique a libéré les vannes des revendications sociales. Le Gouvernement provisoire doit donner des gages dans ce domaine, bien qu’il n’y soit pas préparé.
Ateliers nationaux, lithographie, 1848, anonyme, Paris, musée Carnavalet.Entre le 25 et le 28 février, il s’efforce de répondre à cette urgence en adoptant d’importantes mesures sociales : droit au travail garanti, droit à l’association, création d’Ateliers nationaux afin d’employer les chômeurs à des grands travaux dans la région parisienne, mise en place d’une « commission du gouvernement pour les travailleurs »présidée par le socialiste Louis Blanc et chargée de s’occuper des questions sociales, journée de travail limitée à 10 heures à Paris et à 11 heures en province… Le chômage et le salariat sont devenus des enjeux politiques.
Le gouvernement instaure aussi un nouveau droit : le suffrage universel pour les hommes. L’innovation est historique : la France est ainsi le premier état au monde à mettre en place ce fondement de la démocratie (cinquième note). Enfin, la peine de mort en matière politique est abolie. En quelques jours, Lamartine et ses ministres gravent les marqueurs de la révolution de 1848. À jamais ?
Hugo applaudit « du fond du cœur »
Lamartine baigne dans l’ivresse du pouvoir. Comment pourrait-il en être autrement ? Parmi les milliers de messages qu’il reçoit dans les derniers jours de février, on retiendra celui de Hugo :
« Vous faites de grandes choses. L’abolition de la peine de mort, cette haute leçon donnée par une république née hier aux vieilles monarchies séculaires, est un fait sublime. Je bats des mains et j’applaudis du fond du cœur. Vous avez le génie du poète, le génie de l’écrivain, le génie de l’orateur, la sagesse et le courage. Vous êtes un grand homme. Je vous admire et je vous aime. »
Funérailles des victimes des 22, 23, 24 février 1848, lithographie de Vanson, Mâcon, musée des Ursulines, DR.

George Sand, adepte du « spoil-system »

George Sand arrive à Paris le 1er mars. D’un rendez-vous à l’autre, elle joue de son entregent auprès de ses amis ministres pour pénétrer les arcanes du pouvoir. « Je vois tous les jours nos gouvernants », écrit-elle.
Le 4 mars, elle est aux côtés de Lamartine, derrière une fenêtre du ministère des Affaires étrangères, pour voir défiler, de la Madeleine à la Bastille, le cortège des Parisiens qui rendent hommage aux morts des journées de février. « C’était admirable. Le peuple de Paris est le premier peuple du monde », commente-t-elle. Elle est reçue par son grand ami Alexandre Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, qui lui accorde un laissez-passer l’autorisant à se rendre dans tous les ministères.
Caricature de 1848 : Ledru-Rollin accède au gouvernement mais c'est George Sand derrière lui qui tient le porte-feuille, symbole de ses fonctions.Grâce à lui, elle a accès également aux listes des nominations dans l’administration auxquelles il procède. « Je sais mieux que personne ce qui se passe et dans le sein du gouvernement et dans le fond des faubourgs », peut elle ainsi écrire.
George Sand profite de son séjour à Paris pour recommander et placer ses proches auprès du nouveau pouvoir. Elle écrit à Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, afin qu’il nomme Sylvain-Alexis de Pouradier-Duteil, magistrat à La Châtre, au poste de procureur général « pour donner un peu d’énergie au mouvement révolutionnaire ». Elle obtiendra satisfaction.
Elle demande à Ledru-Rollin de confier à Charles Duvernet, son voisin à Nohant, la fonction de commissaire (Sixième note) dans l’Indre ; celui-ci héritera finalement de la charge de sous-commissaire à La Châtre. De même, elle vante les mérites de plusieurs de ses connaissances à Louis Blanc…
George Sand pour une « voie républicaine sincère »
George Sand se montre une intransigeante partisane de ce qu’on appellera plus tard le « spoil system ». À nouveau régime politique, nouveau personnel administratif ! À son ami Frédéric Girerd, qui vient d’être nommé commissaire de la Nièvre, elle écrit :
« Dans une situation comme celle où nous sommes, il ne faut pas seulement du dévouement et de la loyauté, il faut du fanatisme au besoin. Il faut s’élever au-dessus de soi-même, abjurer toute faiblesse, briser ses propres affections si elles contrarient la marche d’un pouvoir élu par le peuple, et réellement, foncièrement révolutionnaire (…) Quant au devoir d’un gouvernement provisoire, il consiste à choisir des hommes sûrs pour lancer l’élection dans une voie républicaine sincère (…) Je ne saurais trop te recommander de ne pas hésiter à balayer tout ce qui a de l’esprit bourgeois. »
Théâtre de la Gaîté à Paris. Le Comte de Monte-Cristo, drame d'Alexandre Dumas. Garconta et Caderousse. L'arrivée du pharaon. Dantés et l'abbé Faria. Le château d'If, estampe de 1861.

Balzac épouvanté

Quand Sand s’emballe, Balzac s’alarme. Il craint le pire. Selon lui, la création de la Commission du gouvernement pour les travailleurs, c’est de la dynamite : « Voilà la guerre sociale qui va s’allumer. Si elle ne vide pas la question aujourd’hui, il faudra la vider plus tard. » Et dans ces premiers jours de mars, il envoie à Mme Hanska des nouvelles « plus effrayantes que jamais ».
Toute cette agitation irresponsable, toutes ces largesses envers les classes laborieuses ne peuvent pas durer ! Il en est convaincu, Balzac : à brève échéance une contre-révolution, une « monarchie hypocritement constitutive (sic) » remettront de l’ordre dans le pays ! Car comment réaliser des affaires dans une situation économique et sociale aussi instable ?
Le 5 mars, l’écrivain assiste à la représentation de la première partie de Monte-Cristo, tirée de l’œuvre de Dumas. La salle est à moitié vide… Les spectacles ne font plus recette. Maudite révolution ! Les désillusions ne sont pas loin...

20 juillet 1969On a marché sur la Lune

Le 20 juillet 1969, à 20h17 ( UTC, temps universel ), le module lunaire  Eagle  de la mission Apollo XI se pose sur la Lune. L'astronau...