lundi 29 janvier 2018

8 décembre 1554 Ambroise Paré devient docteur en chirurgie

Le 8 décembre 1554, sur les instances du roi Henri II, la Faculté de Paris se résigne à coiffer Ambroise Paré du bonnet de docteur en chirurgie.
À 44 ans, cet autodidacte ne connaît ni le latin ni le grec et n'a jamais lu Galien ! Il se contente de pratiquer le métier de chirurgien-barbier dans une échoppe de Paris. Mais il possède une grande expérience de la chirurgie, acquise pendant les guerres d'Italie et sur divers champs de bataille...
Un métier méprisé
Jusqu'à la fin du Moyen Âge, les médecins, en général clercs d'Église et gens cultivés, répugnaient à voir couler le sang. Ils abandonnaient les opérations chirurgicales et les saignées aux barbiers (autrement dit aux coiffeurs), habiles à manier le rasoir.
Il faut attendre les guerres d'Italie pour que les combattants, et en particulier les grands seigneurs, en viennent à apprécier le savoir-faire des chirurgiens-barbiers et les sortent du mépris dans lequel ils étaient confinés.

Un autodidacte pragmatique

Ambroise Paré est né vers 1510 à Bourg-Hersent, près de Laval, de l'union d'un modeste coffretier et d'une fille publique.
Après s'être formé aux dissections à l'Hôtel-Dieu de Paris, il entame en 1537 une carrière de chirurgien militaire. Il sert le duc de Montejean puis le comte de Rohan. En 1542, au siège de Perpignan, il retire habilement une balle de l'épaule du maréchal de Brissac en replaçant celui-ci dans sa position au moment de l'impact.
Cautérisation traditionnelle aux fers chaudsLors du siège de Boulogne, en 1545, il prodigue ses soins au duc François de Guise victime d'une blessure de l'orbite oculaire considérée comme mortelle. Le duc sera désormais surnommé « le Balafré » et la réputation du chirurgien définitivement établie.
Ambroise Paré est à l'origine d'importantes avancées médicales. Ainsi, au lieu de cautériser les plaies en les brûlant, au risque de tuer le blessé, il imagine de les ligaturer ou de les panser avec un mélange à base de jaune d'oeuf, d'huile et de térébenthine. Quand une amputation s'avère nécessaire, il sait la pratiquer proprement.
Dans ses nombreux traités (écrits en français, comme la « Méthode de traicter les playes faictes par hacquebutes et aultres bastons à feu »), Ambroise Paré s'affranchit de l'obéissance aux Anciens et recommande l'apprentissage de la chirurgie par la pratique : « Bien que le savoir soit grand chose, l'âme gît en l'expérience » (cité par Lucien Febvre, 1942).

Un homme de foi

Digne précurseur du fondateur de la Croix-Rouge, Henri Dunant, et des « french doctors », Ambroise Paré ne se fait pas faute de soigner les blessés de tous les camps, Français et Allemands, catholiques et protestants.
Le chirurgien, dont on pense qu'il a adopté la confession protestante, témoigne d'une pieuse humilité. On lui prête la formule : « Je le pansai, Dieu le guérit » [Que Dieu le guérisse !]... Cette formule rappelle celle des rois capétiens lorsqu'ils touchent les scrofuleux selon un rite consacré : « Le roi te touche, Dieu te guérit ! » [Que Dieu te guérisse !].
Ambroise Paré montre une grande âpreté au travail comme l'atteste sa devise : « Labor improbus omnia vincit » (Un travail acharné vient à bout de tout).
Il entre au service du roi Henri II comme chirurgien ordinaire mais ne peut cependant guérir le souverain de la blessure reçue à l'oeil au cours d'un tournoi. Pas davantage il ne peut sauver son fils François II, mort de maladie à 16 ans. Il est épargné par le massacre de la Saint-Barthélemy et poursuit son travail au service de Charles IX puis comme conseiller d'Henri III.
Le père de la chirurgie moderne s'éteint le 20 décembre 1590 à Paris, après une longue vie au service de l'humanité, en digne représentant de la Renaissance. Il demeure l'une des plus belles figures de l'Histoire de France.
Marie Desclaux

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