lundi 1 janvier 2018

3 juin 1942 La bataille de Midway

Du 3 au 6 juin 1942, les flottes japonaise et américaine s'affrontent près de l'île de Midway, au coeur du Pacifique. Pour la première fois dans une bataille navale, l'aviation fait figure de vedette. Coup fatal pour les Japonais qui perdent les quatre porte-avions engagés dans la bataille...
Georges van Osselaer
La bataille de la dernière chance
Après leur attaque surprise de Pearl Harbor, les Japonais avaient effectué une progression foudroyante dans le Pacifique et l'Insulinde. S'emparant des Philippines, de Singapour, des îles Salomon et de l'Indonésie, ils en étaient arrivés à menacer Calcutta (Inde) et à bombarder Port-Darwin (Australie). Mais pendant ce temps, les Américains, dotés d'une écrasante supériorité industrielle et militaire, s'étaient mis en ordre de bataille.
Le 15 avril 1942, le général Douglas MacArthur prend le commandement en chef des opérations du Pacifique. Trois jours plus tard, le 18 avril 1942, le colonel Doolittle effectue un raid audacieux sur Tokyo avec des bombardiers qui ont décollé depuis des porte-avions. Ce fait d'armes inquiète fortement l'amiral Yamamoto, qui commande la flotte japonaise.
La prise de la base de Midway, à 1150 milles marins au nord-ouest d'Honolulu, lui apparaît dès lors indispensable pour maîtriser le Pacifique central et repousser les Américains à l'Est du 180e méridien. La situation devient d'autant plus préoccupante pour les Japonais qu'ils échouent dans leur attaque contre Port-Moresby, capitale de la Nouvelle-Guinée, lors de la bataille de la mer de Corail, les 7 et 8 mai 1942.
Cette bataille navale est la première de l'Histoire qui fasse exclusivement appel aux avions de l'aéronavale. Elle stoppe la progression des Japonais dans le Pacifique Sud et lève la menace sur l'Australie.
Information, désinformation
Mais les Américains captent des messages ultra-secrets, rédigés dans le code « Pourpre » que les Japonais croyaient inviolable. Ces messages leur dévoilent les visées de l'amiral Yamamoto sur Midway.
C'est ainsi que l'amiral Chester Nimitz place sa flotte aux aguets au nord-est de l'île, sous le commandement de l'amiral Fletcher, spécialiste de l'aéronavale. Cette force se compose de trois porte-avions : le Hornet et l'Enterprise, revenus du raid sur Tokyo, ainsi que le Yorktown, de retour de la bataille de la mer de Corail après réparations.
Entre temps, trois escadres japonaises convergent vers Midway : une force d'attaque composée de quatre porte-avions avec escorte sous le commandement de l'amiral Nagumo, celui-là même qui a effectué l'attaque contre Pearl Harbor. Les porte-avions ont aussi participé à cette première attaque de la guerre du Pacifique. Il s'agit de l'Akagi, du Kaga, du Soryu et du Hiryu.
La seconde escadre est une force d'invasion de 5 000 hommes de troupe, transports et escorte et la troisième, à 300 milles nautiques en arrière, est un corps de bataille composé de cuirassés dont le fameux Yamato sur lequel se trouve l'amiral Yamamoto lui-même.
La reconnaissance aérienne américaine, à partir de Midway, ne repère la flotte ennemie que très tardivement dans la soirée du 3 juin et encore n'est-ce que la force d'invasion sans les porte-avions.
À l'aube du 4 juin, les Japonais lancent des vagues de bombardiers et de chasseurs sur Midway. La chasse américaine basée sur terre, totalement surclassée, est décimée et la contre-attaque par les bombardiers et torpilleurs de la base est un échec total. Elle se solde par de lourdes pertes. Mais les résultats de ces premiers bombardements ayant été jugés insuffisants, une deuxième vague est décidée.
Les Japonais arment leurs avions en vue d'une attaque terrestre. Mais la flotte américaine de Nimitz et Fletcher a repéré les positions de l'ennemi et sait maintenant où le frapper. Une escadrille d'avions-torpilleurs attaque les navires japonais mais les canons antiaériens et les chasseurs nippons abattent les assaillants jusqu'au dernier sans endurer aucun coup au but.
Malgré le succès de la riposte, l'amiral Nagumo hésite à poursuivre l'offensive, ayant eu vent de la présence de porte-avions ennemis à portée de vol. D'un côté, ses avions sont prêts pour une attaque terrestre, de l'autre, la flotte adverse est dans les parages, prête à contre-attaquer. Que faire ?
Nagumo hésite toujours entre une attaque terrestre et une bataille navale. Un deuxième assaut d'avions-torpilleurs américains s'avère tout aussi désastreux pour eux. Tous sont abattus sans aucun coup au but.
Une défaite cuisante
L'amiral choisit dès lors l'option navale. On réarme à la va-vite les chasseurs en version navale, en laissant traîner les bombes terrestres dans les hangars des entre-ponts, et l'on rassemble les avions sur les ponts, prêts au lancement. C'est alors que la chance, qui jusqu'alors a boudé les Américains, change de camp.
Des escadrilles de bombardiers américains, qui se sont glissés entre les nuages jusqu'au-dessus de la flotte japonaise, plongent en piqué sur celle-ci avant que les chasseurs nippons aient eu le temps de prendre de l'altitude. La surprise est totale et quand les Japonais reprennent leurs esprits, les avions ennemis sont déjà repartis.
Trois porte-avions sont en feu, ravagés par les explosions des bombes oubliées dans les entre-ponts. Deux coulent rapidement et un troisième sombre le lendemain à l'aube. Il en reste un dernier, le Hiryu, intact. Yamamoto décide de l'engager sans tarder. L'amiral croit que les Américains n'alignent que deux porte-avions. Il ne sait pas que le Yorktown, endommagé pendant la bataille de la mer de Corail, est présent.
Les avions de reconnaissance nippons cherchent longtemps l'escadre ennemie et ne la trouvent que dans l'après-midi du 5 juin. Une attaque est aussitôt lancée au cours de laquelle le Yorktown est sérieusement touché.
Mais la réplique ne tarde pas, les bombardiers en piqué américains surprennent le Hiryudans les mêmes conditions que les porte-avions de la veille. Le navire sombre durant la nuit.
Yamamoto n'ayant plus d'avions ni de porte-avions se voit forcé d'annuler l'opération Midway.
Le 6 juin, les avions américains poursuivent le reste de la flotte en retraite, qui n'a plus de protection aérienne, mais elle obtient peu de résultats: seulement un croiseur désemparé (se dit d'un navire qui ne peut plus se déplacer par ses propres moyens).
La pièce n'est pas entièrement jouée. Le Yorktown a été gravement endommagé et on l'a évacué car on le croit perdu. Mais il flotte encore. Il s'apprête à rentrer au port sur ses propres machines, assisté par un destroyer, quand un sous-marin japonais qui passait par-là envoie les deux navires par le fond.
Au total, outre leurs quatre porte-avions et un croiseur lourd, les Japonais ont perdu à Midway 332 avions. Leurs pertes humaines s'élèvent à 3 500 hommes, y compris beaucoup de pilotes chevronnés. Les Américains déplorent quant à eux la perte d'un porte-avions (le Yorktown), d'un destroyer, de 147 avions et de 300 hommes.
Une diversion pour rien
En marge de la bataille principale, qui se solde par une défaite irrémédiable pour l'aéronavale japonaise, une quatrième escadre japonaise réussit quant à elle sa mission. Elle attaque et prend les îles d'Attu et de Kiska, dans l'archipel des Aléoutiennes, dans les eaux glacées du Pacifique Nord.
L'opération lui est facile car ces îles ne sont pas défendues, n'ayant pas le moindre intérêt stratégique. Il y a seulement sur Attu une dizaine de militaires non armés qui s'occupent de la station météorologique. Cet archipel de pêcheurs de crabes est loin de tout (plusieurs jours de mer) et inutilisable sur le plan militaire la moitié de l'année à cause du mauvais temps.
L'attaque a été conçue comme une diversion pour disperser les forces américaines, mais celles-ci ne sont pas tombées dans le panneau.
Le tournant de la Seconde Guerre mondiale
Avec la bataille de Midway, la guerre du Pacifique amorce un tournant radical. Le Japon, qui subit là sa première défaite, perd définitivement l'initiative... seulement six mois après son entrée en guerre (*). Quatre mois plus tard, c'est au tour de son alliée, l'Allemagne hitlérienne, de subir à El-Alamein sa première défaite.

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