mercredi 31 janvier 2018

26 mai 1948 L'apartheid triomphe en Afrique du Sud

En Union sud-africaine, aux élections législatives du 26 mai 1948, le Parti national de Daniël Malan, partisan de la ségrégation raciale (apartheid), remporte une victoire inattendue.
André Larané
Vers une totale ségrégation raciale
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le prestigieux maréchal Jan Smuts, Premier ministre de l'Union Sud-Africaine, prend une part active à la fondation des Nations Unies. Comme chef du parti uni, majoritaire au Parlement, il est en butte à l'opposition du parti national afrikaner qui prône l'instauration d'une stricte ségrégation raciale.
Ce parti qui réunit essentiellement des électeurs blancs de la majorité afrikaner, remporte à la surprise générale les élections de mai 1948 auxquelles participent les Blancs et une petite partie des Noirs et métis. Le système électoral permet à sa coalition, avec 42% des voix, de gagner la majorité des sièges au Parlement.
Son chef, le pasteur Daniël Malan (74 ans), attribue sa victoire à la divine Providence ! Celle-ci permettra au parti de rester au pouvoir jusqu'en 1980... C'est une spectaculaire revanche des Afrikaners sur les Anglos détestés.
Daniël Malan, devenu Premier ministre, déclare vouloir « assurer la sécurité de la race blanche et de la civilisationchrétienne par le maintien honnête des principes de l'apartheid ».
Le pays bascule dans un régime d'apartheid total à l'initiative d'Hendrik Verwoerd, ministre des Affaires indigènes. Né à Amsterdam en 1901, il s'est installé en Afrique du Sud en 1903 avec ses parents, jusqu'à devenir un Afrikaner ultra-nationaliste, parfois accusé de sympathies pro-nazies.
La loi qu'il met en place définit scrupuleusement quatre groupes raciaux : Blancs, Bantous (Noirs), « Coloured »,(Métis du Cap), « Asians » (Indiens du Natal). Les mariages interraciaux sont interdits par l'Immorality Act.
Des espaces géographiques précis sont attribués à chacun des quatre groupes raciaux par le Group Area Act, au prix d'expulsions de quartiers entiers des centres-villes vers les townships, villes nouvelles réservées aux familles des travailleurs noirs et implantées dans de lointaines banlieues (la principale est Soweto, 1 million d'habitants, près de Johannesbourg). Le Job Reservation Act définit les emplois réservés à chaque groupe !
En 1953, qui l'eût cru, l'apartheid se fait encore plus brutal avec le Separate Amenities Act qui sépare Blancs et non-Blancs jusque dans les lieux publics : il y a des bancs réservés pour les uns et les autres ! Plus grave encore, le Bantu Education Act restreint l'accès des Noirs à l'éducation (il suit sa logique : à quoi bon faire des études d'ingénieur si les emplois d'ingénieur ne sont pas accessibles ?).
Ces dispositions vont au-devant des désirs de la majeure partie des Blancs. Ceux-ci votent de plus en plus nombreux pour le Parti national malgré les objurgations des Églises qui, toutes, condamnent l'apartheid à l'exception de la confession (minoritaire) du pasteur Malan. Les opposants à l'apartheid, en premier lieu les Noirs, protestent sans trêve mais sont réduits à l'impuissance par un arsenal répressif rigoureux.
Une race inédite : les « Coloured » !
Dans leur souci de classer tous les Sud-Africains dans un groupe racial déterminé, les dirigeants inventent une catégorie fourre-tout : les « Coloured », qui réunit aussi bien les descendants des Malais musulmans que les métis d'Hottentots et d'Européens, ou encore les Chinois. On y retrouve des Noirs qui ont un bisaïeul blanc (ou l'inverse).
Les « Coloured » (un dixième de la population) sont surtout présents autour du Cap. Le plus étonnant est que ce groupe, contraint pendant plus d'un demi-siècle à vivre dans des quartiers réservés, a fini par développer une culture et une manière d'être qui transcendent les différences de pigmentation et même de religion ! Aujourd'hui encore, un quartier « coloured » est identifiable au premier coup d'oeil.
L'apartheid est officiellement réprouvé à l'étranger même s'il rencontre de la compréhension aux États-Unis, où sévit encore la ségrégation, et chez les Européens qui colonisent le reste de l'Afrique.
Premier ministre en 1958, Hendrik Verwoerd engage une ultime étape : le « développement séparé ». Il s'agit de « retribaliser » progressivement les Noirs dans les réserves indigènes et de transformer celles-ci en États autonomes, voire indépendants : les « Bantoustans ».
Le projet est vicié dès l'origine par le fait que ces territoires clairsemés représentent à peine plus d'un dixième de la superficie du pays et sont hors d'état d'accueillir les deux tiers de la population sud-africaine qui leur est pourtant rattachée officiellement.

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