lundi 1 janvier 2018

1507-1773 La colonisation européenne en Amérique du Nord

Les premiers Européens ont accosté le continent nord-américain par le grand nord. Ces pionniers, sur lesquels planent encore beaucoup de mystère, sont des Vikings, sous la conduite d'un chef audacieux, Leif Ericsson, qui aurait fondé en l'An Mil une petite colonie sur la côte du Labrador, le Vinland . L'équipée, sans lendemain, tombera très vite dans l'oubli.
Jeanne Laffont
Une occupation très progressive
Un demi-millénaire plus tard, d'autres Européens touchent la côte du futur Canada.
– Les explorations françaises
Le premier est un explorateur italien au service du roi d'Angleterre Henri VII. Il a nom Jean Cabot et aborde les îles de Cap-Breton et de Terre-Neuve, à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, le 24 juin 1497, 5 ans à peine après le premier voyage de Christophe Colomb dans les Antilles.
À vrai dire, il se soucie assez peu de colonisation et de conquête. Il cherche un raccourci maritime vers la Chine et les Indes, le mythique passage du Nord-Ouest. Il en va de même du navigateur Giovanni da Verrazano (1524), au service du roi de France François 1er.
À la suite de Jacques Cartier (1534), les Français prennent possession de l'embouchure du Saint-Laurent, la Nouvelle-France mais c'est seulement au siècle suivant qu'ils y établiront des colonies de peuplement.
– Les explorations espagnoles
Le 27 mars 1513, le navigateur espagnol Juan Ponce de Léon aborde un rivage fleuri au nord des Antilles, ce qui fait de lui le premier Européen à fouler le sol des futurs États-Unis.
Cet ancien compagnon de Christophe Colomb croit avoir affaire à une île légendaire où se situerait une « fontaine de Jouvence ». Comme on est le jour de Pâques, il la baptise « Pascua Florida » (Pâques fleurie). On va découvrir plus tard qu'il s'agit d'une presqu'île et non d'une île. Les premiers colons espagnols s'installent un demi-siècle plus tard en cet endroit encore connu sous le nom de Floride (ou Florida).
– Les explorations anglaises
Les Anglais tardent à mettre le pied en Amérique du nord. Le navigateur Francis Drake, au cours d'un fameux tour du monde à la voile (le deuxième après celui de Magellan et del Cano), accoste sur la côte californienne, côté Pacifique donc, le 17 juin 1579. Il nomme l'endroit Nova Albion mais ce nom ne survivra pas à la colonisation espagnole.
Plus chanceux est son rival Walter Raleigh (ou Ralegh). Ce courtisan organise à ses frais une expédition en vue de coloniser le littoral nord-américain. Les navigateurs accostent le 27 avril 1584 sur ce qui deviendra en 1607 la colonie (puis l'État) de Virginie, ainsi nommée en l'honneur d'Elizabeth 1ère, la « reine vierge » (supposée telle car célibataire).
– Les explorations hollandaises
La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (la VOC) confie en 1609 une mission d'exploration au capitaine anglais Henry Hudson. Celui-ci revient à Amsterdam avec un projet de colonisation à l'embouchure de la rivière qui portera son nom. Ce sera La Nouvelle Amsterdam, plus connue aujourd'hui sous le nom de... New York.
– Les explorations suédoises
En avril 1638, enfin, une cinquantaine de colons suédois s'installent à l'embouchure du Delaware, autour d'un fort baptisé Christina (ou Christiania) en l'honneur de la future reine Christine, fille du roi Gustave Adolphe. Mais cette colonie ne tarde pas à être conquise par les Hollandais.
Et les Indiens ?...
Il se sera écoulé plus d'un siècle entre le moment où une première européenne a atteint l'Amérique du nord (c'était en 1497) et le moment où des colons anglais et français s'y sont installés pour de bon : en 1607 avec sir Newport sur la côte de Virginie ; en 1608 avec Samuel de Champlain sur les rives du Saint-Laurent.
Ce vaste territoire est alors peuplé au sud, dans la zone sèche, par des Indiens qui pratiquent surtout la culture du maïs, et au nord, dans la Grande Prairie, par d'autres Indiens qui, eux, tirent leur substance des innombrables bisons. Au total environ un million d'âmes sur un espace de plus de 16 millions de km2 (3 fois l'Europe).
Les États-Unis en gestation
Stimulés par le dynamisme de leur marine aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Anglais ne tardent pas à déloger les Hollandais de la côte nord-américaine et fondent sur le littoral un total de Treize Colonies. Ces colonies ont toutes une personnalité propre du fait des circonstances de leur fondation et de leur histoire, à commencer par la première, la Virginie.
C'est ensemble, néanmoins, qu'elles accèderont à l'indépendance en 1783, après une longue guerre d'indépendance, devenant les États-Unis d'Amérique.

1607 à 1783

Les Treize Colonies anglaisesLes Anglais ont établi treize colonies de peuplement en Amérique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles vont accèder à l'indépendance en 1783 et devenir les États-Unis d'Amérique.

Ces colonies, pour la plupart, sont nées de l'octroi d'une charte de colonisation par le souverain à une personnalité amie. Cette dernière organise à ses frais l'installation des premiers colons et dirige son territoire comme elle l'entend. A l'expiration de la charte, la colonie revient à la Couronne qui nomme un gouverneur à sa tête.
Mais par-delà cette trame commune, chacune des Treize Colonies possède sa personnalité propre née des circonstances de sa fondation et de son Histoire.
Jeanne Lafont
L'Amérique du nord à la fin du XVIIIe siècle
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Cette carte témoigne des affrontements entre Européens (Anglais, Espagnols et Français) pour la domination du continent nord-américain.La Nouvelle France tombe en 1763 sous la tutelle de Londres et devient The Province of Quebec cependant que les Treize Colonies anglaises obtiennent en 1783 leur indépendancesous le nom d'États-Unis d'Amérique
Treize Colonies et autant d'histoires
– La Virginie
La plus ancienne des Treize Colonies est la Virginie, fondée par la Compagnie de Virginie (ou de Plymouth), une entreprise privée créée sous l'égide du roi Jacques 1er.
Son histoire commence le 14 mai 1607, quand trois navires commandés par le capitaine Newport (Susan ConstantGodspeed et Discoveryaccostent dans la baie de Chesapeake, véritable mer intérieure au confluent de plusieurs estuaires. Ils amènent une centaine de colons. Ceux-ci fondent un établissement du nom de Jamestown, en l'honneur du roi Jacques 1er (en anglais James 1st).
Le site paraît idoine sous les couleurs du printemps mais les premières déconvenues surviennent avec l'été, ses chaleurs écrasantes et ses nuages d'insectes surgis des marécages environnants. Pour ne rien arranger, les colons, dont beaucoup sont gentilshommes, répugnent à défricher et labourer la terre de leurs mains.
Disettes, maladies et attaques des Indiens compromettent la survie de la colonie. Celle-ci s'en sort toutefois grâce à un chef énergique, John Smith. Et puis, les colons commencent à planter une herbe d'avenir, le tabac. C'est le début de la prospérité.
le fort de James en 1607
Le 30 juillet 1619 se tient dans l'église de Jamestown la première assemblée de la colonie. Elle réunit, outre le gouverneur et ses six conseillers, 22 bourgeois qui représentent les colons. L'assemblée vote une première résolution concernant les impôts, la morale publique et le cours du tabac.
C'est l'amorce de la démocratie représentative à l'américaine. L'assemblée, se transformant en Parlement, affirme ses prérogatives face au gouverneur désigné par la Compagnie de Virginie, puis, à partir de 1624, par le roi d'Angleterre. Ses représentants seront, beaucoup plus tard, à la pointe du combat pour l'indépendance (Washington, Jefferson, Hamilton...).
En cette même année 1619, un bateau amène d'Angleterre 90 jeunes filles que les colons peuvent prendre pour femme sous réserve de payer leur voyage. Grâce à quoi la colonie va désormais croître et se développer sans plus dépendre de la métropole.
Toujours en 1619, au mois d'août, un bateau hollandais amène à Jamestown une cargaison d'un genre particulier : une vingtaine d'Africains. Les malheureux trouvent immédiatement preneurs auprès des planteurs, trop heureux de mettre la main sur une main-d'oeuvre plus docile que les Indiens et les travailleurs blancs sous contrat.
Officiellement considérés comme des travailleurs ordinaires engagés par contrat pour une durée de cinq ans, les Africains voient leur statut se dégrader au fil des décennies jusqu'à déboucher sur un nouvel esclavage, résurgence de l'esclavage antique ou oriental. C'est le début d'une malédiction dont les conséquences pèsent encore sur les États-Unis.
Jusque-là, les Indiens avaient plus ou moins accepté la dépossession de leurs territoires par les nouveaux-venus. En Virginie, le sachem suprême ou grand chef de la fédération des Powhatans avait même marié sa propre fille, Pocahontas, au premier planteur de tabac de la région, John Rolfe.
Mais après sa mort, en 1618, son frère et successeur Opechancano montre de moins bonnes dispositions à l'égard des Blancs. Le 22 mars 1622, il lance des attaques concertées contre l'ensemble des villages de Virginie. 346 Blancs sont massacrés. Les colons réagissent avec brutalité et, en 1643 seulement, arrivent à capturer et exécuter leur ennemi. C'est la première des grandes guerres indiennes qui vont opposer pendant plus de 250 ans Indiens et Européens.
– Le Massachusetts
La couronne mettant la main sur la Virginie, les actionnaires de la Compagnie projettent en 1620 d'occuper des territoires plus au nord et forment à cet effet un «Conseil pour la Nouvelle-Angleterre», nom que porte encore l'ensemble des quatre États compris entre le Maine et l'État de New York (Massachusets, Rhode Island, Connecticut, New Hampshire).
En Angleterre, avec l'aide du Conseil, un petit groupe de puritains persécutés par l'Église anglicane officielle entreprennent la traversée vers le Nouveau Monde. Leur bateau, le Mayflower, est dévié de sa route et au lieu d'atteindre la Virginie, accoste le 26 novembre 1620 près d'un lieu encore sauvage, Cape Cod.
Livrés à eux-mêmes, les colons se donnent une charte, le « Mayflower Compac Act ». Il met sur pied une démocratie locale efficace et respectueuse des croyances de chacun et va devenir le fondement de la communauté comme des autres colonies à venir.
Ainsi naquit le Massachusetts au curieux nom d'origine indienne, deuxième colonie anglaise d'Amérique.
En 1630 arrivent onze bateaux et un millier de colons, également de confession puritaine. La plus grande partie s'installe sur une colline qu'ils dénomment Boston, en souvenir d'un village du même nom, dans le Lincolnshire.
Très tôt, les colons témoignent d'un grand intérêt pour l'éducation. L'établissement universitaire de Harvard est fondé dès 1636 et en 1647, une loi prescrit l'ouverture d'une école élémentaire gratuite dans toutes les villes de plus de cinquante familles ! Ne nous étonnons pas que le grand savant Benjamin Franklin vienne de Boston.
Le gouverneur de la colonie et ses douze assesseurs tentent dans un premier temps de réserver les fonctions de représentation aux membres des Églises puritaines. Mais cette velléité théocratique est battue en brèche par la désobéissance civile de certaines villes à majorité non-puritaine. Les dirigeants s'inclinent et la démocratie se consolide.
Les pasteurs puritains, oublieux des persécutions dont ils avaient été eux-mêmes victimes en Europe, n'en affichent pas moins une très grande intolérance.
Cette intolérance culmine dans la ville de Salem en 1691-1692, lorsque les pasteurs se mettent en tête de traquer la sorcellerie. 32 personnes sont mises en accusation et 19 pendues.
Rebutés par le climat puritain de la colonie, des habitants s'enfuient et vont créer d'autres colonies: Rhode Island, New Hampshire et Connecticut.
– Le Rhode Island
Le théologien Roger Williams ayant dû fuir Salem en 1636 se dirige vers le sud et fonde avec quelques amis la ville de Providence «par gratitude envers la Providence miséricordieuse de Dieu envers moi dans ma détresse» (*).
Quelques années plus tard, il se rend à Londres et obtient une patente royale qui reconnaît l'existence de la nouvelle colonie, dénommée Rhode Island par allusion à une île du littoral. Très attachée à ses droits, la colonie se proclama indépendante dès mai 1776 et ne consentit à ratifier la Constitution fédérale qu'en mai 1790, avec trois ans de retard.
– Le Connecticut
La fertile vallée du Connecticut attire en 1635 le pasteur Thomas Hooker qui s'y installe avec une centaine de paroissiens. Dès 1639, ces colons empreints d'idées libérales se donnent une règle commune en onze article : les Fundamental Orders.
En 1662, une charte royale réunit sous un même gouvernement cette colonie et une colonie côtière, New Haven, fondée par des émigrants venus d'Angleterre. Elle garantit à chacun la liberté religieuse.
– Le Maryland
En décembre 1633, l'Arche et la Colombe amènent dans la baie de Chesapeake, à l'embouchure du Potomac, deux cents colons, les uns catholiques, les autres protestants, tous persécutés en raison de leur foi.
Ils sont conduits par un catholique, George Calvert, 1er baron Baltimore, lequel a reçu du roi Charles 1er une charte de colonisation. C'est ainsi qu'avec son fils, Cecilius Calvert, les colons fondent la ville de St-Mary's en l'honneur de l'épouse du roi.
Par l'édit de tolérance du 21 avril 1649 (Act concerning Religion), ils instaurent dans leur colonie une grande tolérance religieuse, il est vrai limitée aux chrétiens. Ce régime sera plus tard mis à mal et conduira les catholiques à rejoindre la Pennsylvanie.
– Le New Hampshire
Le Conseil de la Nouvelle-Angleterre concède en 1629 le territoire à John Mason, lequel lui donne son nom actuel. Balloté entre différentes colonies, le New Hampshire ne devient une colonie autonome qu'en 1692, tout en conservant jusqu'en 1741 le même gouverneur que le Massachusetts.
En 1637, les Indiens tuent un commerçant anglais. C'est le début de la guerre des Péquots, du nom de la tribu concernée, commandée par le sachem Sassacus.
Le 26 mai 1637, à la tête de troupes nombreuses, le capitaine John Mason attaque par surprise et incendie le camp principal des Indiens. Six cents hommes, femmes et enfants périssent en une heure. Les assaillants n'éprouvent aucune perte. C'est la première de la longue litanie d'horreurs qui marque les guerres indiennes.


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