mercredi 31 janvier 2018

31 mars 1889 La Tour Eiffel domine Paris

La Tour Eiffel est inaugurée le 31 mars 1889, en avant-première de l'Exposition universelle de Paris qui commémore le centenaire de la Révolution française (33 millions de visiteurs). Elle deviendra contre toute attente le symbole universel de la capitale française.
Alban Dignat
La tour Eiffel et le Champ-de-Mars en janvier 1889 (Paul Delance, musée Carnavalet, Paris)

Un ingénieur de son temps

Le «père» de la Tour Eiffel est un ingénieur centralien très représentatif de son temps, qui est aussi celui de Ferdinand de Lesseps et de Jules Verne.
Passionné par les progrès de la sidérurgie, il voit dans le fer le matériau de l'architecture du futur. Il crée sa propre société en 1867, à 35 ans, et met au point des structures métalliques en forme de treillis, qui allient légèreté, souplesse et résistance.
Il réalise le viaduc Maria Pia, sur le Douro, au Portugal, à l'occasion d'une exposition universelle, puis le viaduc de Garabit, en Auvergne, en 1882. On lui doit aussi la gare de Budapest, en Hongrie, les charpentes métalliques du Bon Marché et du Crédit Lyonnais, à Paris, la coupole de l'observatoire de Nice mais aussi la structure de la statue de la Liberté !
Gustave Eiffel est donc déjà un ingénieur de grand prestige quand Jules Ferry, Président du Conseil, décide de célébrer le prochain centenaire de la prise de la Bastille avec faste, par le biais d'une Exposition universelle sur la vaste esplanade du Champ-de-Mars, au cœur de la capitale, au bord de la Seine.
Les organisateurs lancent dès 1884 l'idée d'une tour de 1000 pieds, soit environ 300 mètres, symbole de la grandeur retrouvée de la France et de la bonne santé des institutions républicaines, à peine troublées par le «boulangisme».

Un symbole républicain

Le projet de la société Eiffel & Cie est retenu à l'issue d'un concours au cours duquel s'affrontent une centaine de projets. Il est en fait l'œuvre de deux ingénieurs du bureau d'études : Maurice Koechlin et Émile Nouguier. L'architecte Stephen Sauvestre lui donne la forme qu'on lui connaît, avec ses arches qui font le lien avec l'architecture traditionnelle.
Indifférent dans un premier temps, Gustave Eiffel commence à s'intéresser au projet lorsqu'il en mesure la portée symbolique et médiatique. Il rachète alors à ses ingénieurs leurs droits sur le brevet déposé en commun, concernant la structure métallique. Devenu seul propriétaire du projet, il est assuré de lui donner son nom !
D'emblée, les détracteurs sont légion. Le 14 février 1887, Le Temps publie un manifeste de protestation signé par des personnalités du monde des arts et des lettres parmi lesquelles Leconte de Lille, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, Charles Garnier, Sully Prudhomme, Paul Verlaine.....
En dépit de ces oppositions, la tour est construite en 2 ans, 2 mois et 5 jours... sans aucun accident mortel ce dont Gustave Eiffel a tout lieu d'être fier (si ce n'est un ouvrier qui fait une chute en vaquant sur la Tour en-dehors des horaires de travail).
Elle mesure 318 mètres et pèse 10 100 tonnes, avec 18 000 pièces de structure en fer puddlé (un type de fer presque sans carbone, aujourd'hui délaissé, dont Gustave Eiffel appréciait la facilité de façonnage). Les pièces de la structure sont assemblées par 2.500.000 rivets. Il s'agit de gros clous chauffés à blanc et enfoncés dans un trou à travers deux pièces. L'assemblage se fait en aplatissant d'un coup de masse l'extrémité de la tige opposée à la tête.
Le succès populaire est immédiat. Pas moins de deux millions de visiteurs en font l'ascension pendant la durée de l'exposition, soit à pied soit en empruntant les ascenseurs eux-mêmes révolutionnaires pour gagner les deuxième et troisième étages.
Opportune radio
Prévue pour être détruite après l'exposition, la Tour Eiffel devra sa survie à l'installation à son sommet, par Gustave Eiffel lui-même, d'un laboratoire de recherche et surtout d'une antenne destinée à relayer les premières émissions de radio vers les Parisiens. Cette fonction permettra à la Tour de durer assez longtemps pour devenir un élément incontournable du paysage parisien.
Si elle n'est plus depuis longtemps le plus haut édifice du monde, la «vieille dame»conserve les faveurs du public et l'amour des Parisiens. À preuve les illuminations et le feu d'artifice qui ont salué l'entrée dans le troisième millénaire.
Toilettage
En 2009, pour ses 120 ans, la Tour Eiffel se refait une beauté qui va nécessiter 60 tonnes de peinture, 1500 brosses, 5000 disques abrasifs... et le travail de 25 artisans. C'est son dix-septième lifting.

5 janvier 1875 La République s'offre un Opéra impérial

Le 5 janvier 1875 a lieu la représentation inaugurale de l'Opéra de Paris en présence du président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, de la reine mère d'Espagne, du lord-maire de Londres ainsi que d'environ 2 500 spectateurs. L'architecte Charles Garnier n'a pas été invité et a dû payer sa place. Il n'en est pas moins acclamé par le public.
Le Grand escalier de l'Opéra (Louis Béroud, 1877, musée Carnavalet, Paris)
Malédictions princières
L'Opéra-Garnier est la treizième salle d'opéra construite à Paris depuis la fondation de cette institution par Louis XIV en 1669.
En 1781 a été hâtivement construite la salle de la Porte-Saint-Martin. Vient la salle Montansier en 1794, dans la rue de la Loi (aujourd'hui square Louvois). Pour la première fois, dans cette salle, les spectateurs sont assis.
L'opéra devient au XIXe siècle le divertissement mondain par excellence. Il reçoit régulièrement les souverains et la haute société. L'écrivain Théophile Gautier (1811-1872) le qualifie avec justesse de « cathédrale mondaine de la civilisation ».
Rien d'étonnant donc à ce que des terroristes y commettent leurs exploits. Cela commence le 24 décembre 1800 avec une machine infernale qui vise le cortège du Premier Consul Napoléon Bonaparte, sur le chemin des Tuileries à l'Opéra.
Plus grave, le 13 février 1820, le duc de Berry, neveu et héritier du roi Louis XVIII, est assassiné sur les marches de l'Opéra. Les autorités décident de déplacer l'Opéra en un autre lieu. Ce sera la salle Favart, puis la salle Louvois, enfin, en 1821, la salle Le Peletier, dans la rue du même nom.
Le 14 janvier 1858, nouveau drame. Au sortir de la salle de la rue Le Peletier, le cortège de Napoléon III (*) est atteint par les bombes du terroriste Felice Orsini. On relève huit morts. L'empereur décide illico de faire reconstruire l'Opéra en un lieu plus sûr et bien dégagé. Ce sera l'extrémité nord de l'avenue du Palais Royal (aujourd'hui avenue de l'Opéra), dans le quartier des affaires et du commerce, alors en plein développement, près du Grand Hôtel.
Un style déroutant pour une époque fastueuse
Pour la première fois, la commande fait l'objet d'un concours d'architecture. Parmi 171 projets en compétition, le favori est celui d'Eugène Viollet-le-Duc, protégé de l'impératrice Eugénie.
Contre toute attente, c'est le projet de Charles Garnier, un inconnu de 35 ans (*), qui remporte les faveurs du jury présidé par le prince Walewski.
Selon ses propres mots, l'architecte a voulu concevoir un « monument à l'art, au luxe, au plaisir ». À l'impératrice qui lui demande de quel style il s'agit, il répond : « Mais... du Napoléon III, Madame ! ».
Son oeuvre, surnommée Opéra-Garnier ou Palais Garnier, reste le principal représentant du style architectural Napoléon III, baroque et fantasque, à l'image du mode de vie joyeux et festif de la haute société du Second Empire. On en retrouve des éléments dans les réalisations postérieures de la Troisième République (le Grand Palais par exemple).
Ce style se rattache à un courant artistique en vogue dans toute l'Europe : l'historicisme(ainsi nommé parce qu'il emprunte aux styles du passé).
La construction de la nouvelle salle est engagée en 1860 par le baron Georges-Eugène Haussmann, préfet de la Seine. Elle se heurte à de nombreuses embûches, à commencer par la présence d'une nappe d'eau souterraine sur laquelle l'architecte doit asseoir les fondations de l'immeuble. Cette réserve d'eau servira plus tard de cadre au roman de Gaston Leroux, Le fantôme de l'Opéra.
Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, le bâtiment inachevé est transformé en magasin. Charles Garnier doit ensuite composer avec les crédits que lui alloue chichement la IIIe République. Mais l'incendie de la salle Le Peletier, le 28 octobre 1873, donne un coup de fouet aux travaux et permet de boucler enfin le chantier quinze ans après son ouverture.
Large de cent mètres et haute de soixante, la façade compte sept arcades monumentales ornées de sculptures allégoriques comme La Musique et La Danse de Carpeaux. Le dôme est lui-même couronné de groupes sculpturaux spectaculaires. À l'intérieur, on admire surtout le grand escalier d'honneur et ses trente colonnes monolithes en marbre.
La salle de spectacle rouge et or accueille 2130 spectateurs avec orchestre et balcons en demi-cercle autour d'une scène à l'italienne. Le plafond a été décoré en 1965 par le peintre Marc Chagall, sur une commande du ministre des affaires culturelles André Malraux.
Dans les années 1980, le palais Garnier a été déclassé au profit de l'Opéra-Bastille, construit par Carlos Ott. Il est officiellement devenu le Palais de la Danse.
Camille Vignolle

25 octobre 1836 Érection de l'obélisque de la Concorde

Le 25 octobre 1836, est érigé à Paris, sur la place de la Concorde, un obélisque en provenance du temple pharaonique de Louqsor (Égypte) et vieux d'environ 4 000 ans (on peut le considérer comme « le plus ancien monument de Paris »).

Cadeau de roi

L'obélisque est le deuxième cadeau diplomatique du wali ou vice-roi d'Égypte Méhémet Ali à la France. Le 9 juillet 1827, sous le règne de Charles X, Paris avait déjà accueilli un girafon répondant au doux nom de Zarafa, premier animal de son espèce à fouler le sol français.
Reprenant une tradition bimillénaire inaugurée à Rome par l'empereur Auguste, ou plutôt Mécène, qui eut le premier l'idée d'utiliser les obélisques égyptiens comme décor urbain, le wali propose à la France et à l'Angleterre de leur faire cadeau des deux obélisques d'Alexandrie en remerciement de leur contribution à la modernisation du pays. Mais en connaisseur avisé, l'égyptologue Jean-François Champollion lui suggère d'offrir plutôt à la France les deux obélisques de Louqsor.
Ces deux obélisques ont été édifiés à l’entrée du temple de Louqsor (ou Louxor) au XIIIe siècle av. J.-C. par Ramsès II. Il était habituel en effet que les pharaons fassent ériger à l’entrée de leurs temples, deux obélisques sur lesquels étaient gravés leurs exploits et leurs hommages aux dieux, en premier lieu Amon, dieu du soleil. Ces monuments, qui figurent un rayon de soleil pétrifié, sont le point de contact entre le monde des dieux et celui des hommes.
Sculpté dans un monolithe de granit, l’obélisque occidental, celui qui fut choisi pour être le premier transporté à Paris, mesure 22,84 mètres et pèse près de 230 tonnes.

Exploit technique

Il fallut pas moins de sept ans pour le démonter  et le transporter en bateau, d'une traite, de Louqsor au quai de la Concorde, au centre de Paris... sans le briser. Ces opérations, que beaucoup pensaient impossibles à l’époque, sont conduites à bras d’hommes et avec de simples machines à poulies.
Faute de bois et d'ateliers en Égypte, ces machines furent construites en France, sur les plans de l'ingénieur de marine Apollinaire Lebas, et remontées sur place. Elles permettent de coucher l'obélisque puis de le faire glisser sur quatre cents mètres jusqu'au Nil. Là, l'obélisque est chargé sur le Luxor.
Ce navire de transport a été aussi construit en France, à Toulon. Il a un fond plat, un faible tirant d'eau et cinq quilles pour supporter la haute mer, ainsi que trois mâts démontables pour pouvoir passer sous les ponts de la Seine. Sa poupe détachable permet de charger le monolithe par l'arrière.
Commandé par le lieutenant de vaisseau Raymond de Verminac Saint-Maur, assisté du polytechnicien Léon de Joannis, qui va « croquer » sur ses carnets toutes les étapes  de l'expédition, le Luxor descend le Nil sur 750 kilomètres, jusqu'à son embouchure. On doit arroser régulièrement la coque et les mâts pour éviter que le bois n'éclate sous l'effet de la chaleur ! 
Enfin, le 2 janvier 1833, à Alexandrie, le navire de transport est arrimé au Sphynx, la première corvette à vapeur de la marine française, qui va le remorquer à travers la Méditerranée jusqu'à Toulon puis de là jusqu'au Havre à travers le détroit de Gibraltar et l'océan Atlantique. Sur la Seine, le Luxor est halé par un équipage de vingt-huit chevaux jusqu'à Paris. 
La presse a suivi pas à pas les travaux et le voyage. Le plus difficile reste à faire : il faut décider de l'endroit où l'ériger ! La polémique fait rage. Certains penchent pour la place de la Bastille, d'autres pour le Louvre, d'autres encore pour le pont Neuf, au milieu de la Seine... Finalement, le nouveau roi Louis-Philippe 1er, dans un souci d'apaisement, tranche en faveur de la place de la Concorde. 
Conçue en 1763 par l'architecte Anne-Jacques Gabriel dans le prolongement du Louvre et des Tuileries, sous le nom de place Louis XV, cette place a d'abord servi d'écrin à la statue du roi. Rebaptisée place de la Révolution sous la Convention, en 1792, elle a accueilli la guillotine et vu l'exécution de Louis XVI. Après la Terreur, elle a pris son nom actuel, plus consensuel, de place de la Concorde. L'obélisque consacre sa réhabilitation.
Le jour venu, l'érection se déroule sous les yeux d'une foule ébahie - environ 200 000 personnes - et du roi en personne, au balcon de l'hôtel de la Marine. Après trois heures de tension et de silence respectueux, sous la direction d'Apollinaire Lebas, l'obélisque est enfin dressé. C'est alors l'explosion de joie tandis que cent musiciens interprètent les Mystères d'Isis de Mozart.
Notons que les difficultés de l'opération dissuadèrent les Français d'aller chercher aussi le deuxième obélisque. Ne nous en plaignons pas. Il honore comme il se doit le temple auquel il est consacré. Quant aux Anglais, ils ont aussi renoncé à l'obélisque de Karnak, encore plus grand, qui leur avait été offert.
Fabienne Manière

28 octobre 1886 La Liberté éclairant le monde

Le 28 octobre 1886, « La Liberté éclairant le monde » est inaugurée dans la liesse, à l'entrée du port de New York, par le président des États-Unis Stephen Grover Cleveland.
C'est la plus colossale statue jamais construite (46 mètres de haut et 93 avec le piédestal). Elle est l'oeuvre du sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi.
Ce cadeau de la France aux États-Unis célèbre l'amitié franco-américaine sur une idée du juriste Édouard Laboulaye. Il a été financé par une souscription publique des deux côtés de l'Atlantique et grâce à une active campagne de presse du journaliste américain Joseph Pulitzer.
André Larané
La Statue de la Liberté rue de Chazelles (1884, Victor Dargaud, musée Carnavalet, Paris)

Auguste Bartholdi, républicain et patriote

Né le 2 août 1834 à Colmar, en Alsace, dans une famille de notables protestants, Auguste Bartholdi peut donner libre cours à ses penchants artistiques grâce à la bienveillance de sa mère Charlotte qui ne cessera jamais de l'épauler.
Auguste Bartholdi (Colmar, 2 août 1834 - Paris, 4 octobre 1904)Il a à peine 20 ans quand il inaugure sa carrière de sculpteur avec la statue du comte Jean Rapp, un général de Napoléon 1er originaire comme lui de Colmar.
Déjà s'affirme son goût pour le gigantisme avec cette statue à laquelle, de sa propre initiative, il donne une taille deux fois supérieure à la taille humaine.
En dépit de la bienveillance du Second Empire à son égard, Bartholdi ne cache pas ses convictions républicaines, ce qui lui vaut de nouer une relation amicale avec le professeur de droit Édouard Laboulaye (1811-1883), dont il réalise le buste en 1866.
À ce moment-là vient de se terminer aux États-Unis la guerre de Sécession. L'enthousiasme de Laboulaye, partisan des abolitionnistes, est à son comble.
Lors d'une soirée à laquelle est invité le jeune Bartholdi, il lance l'idée d'un monument qui scellerait l'amitié entre les peuples français et américain. Bien entendu, ce monument serait inauguré à l'occasion du centenaire de la Déclaration d'Indépendance, soit en 1876 !...

Suez avant New-York

Édouard Lefebvre de Laboulaye (Paris, 18 janvier 1811 - 25 mai 1883)En attendant, il faut composer avec un régime qui n'a pas de sympathie particulière pour la démocratie américaine.
Auguste Bartholdi, comme beaucoup d'artistes et d'intellectuels de son temps, cède à l'égyptomanie. Il visite les bords du Nil et rencontre Ferdinand de Lesseps, maître d'oeuvre du futur canal de Suez.
Il lui suggère d'ériger à l'entrée du canal une statue monumentale à l'image du colosse de Rhodes, mais qui serait, elle, conçue pour durer des siècles.
Son projet prend l'allure d'une paysanne égyptienne qui brandit une torche, avec une majesté toute antique. Malheureusement, il n'a pas l'heur de plaire au vice-roi d'Égypte Ismaïl Pacha et Bartholdi revient à Paris avec la maquette en terre cuite dans sa malle.
Arrive la guerre franco-prussienne. Patriote, le sculpteur de 36 ans sert comme chef d'escadron et aide de camp de Giuseppe Garibaldi dans l'armée des Vosges.
Maquette de la statue de la Liberté éclairant le monde (vers 1885)Tandis que la France est encore sous le coup de la défaite, Édouard Laboulaye, devenu député républicain, se montre plus que jamais convaincu de l'utilité du monument à la Liberté. Il suggère à son ami de se rendre aux États-Unis pour tâter le terrain.
Dès son arrivée dans la rade de New York, à l'automne 1871, Bartholdi repère l'emplacement idoine pour son futur monument, lequel serait inspiré de la paysanne à la torche qui devait ouvrir le canal de Suez.
C'est l'île de Bedloe, rebaptisée Liberty Island en 1956. Elle est visible de tous les arrivants et offre un point de vue à la fois sur le grand large et la cité.
Laboulaye et Bartholdi ont dans l'idée que le monument, d'un coût de 250.000 dollars (une somme colossale pour l'époque), soit financé par souscription, pour moitié par le peuple français et par le peuple américain, le premier se réservant la statue et le second le piédestal.
Bartholdi rencontre à cette fin le président Ulysses S. Grant, des sénateurs, des industriels et des journalistes. Mais ses interlocuteurs demeurent très réservés à l'égard du projet...
Tout comme d'ailleurs les élus et les notables français qui penchent majoritairement pour une restauration de la monarchie et en veulent surtout aux Américains d'avoir soutenu la Prusse dans la précédente guerre.
En attendant que la situation se débloque, Bartholdi s'attelle à une commande publique destinée à rappeler le siège héroïque de Belfort en 1870-1871. Ce sera le Lion de Belfort, une sculpture monumentale (on ne se refait pas) en granit des Vosges, adossée à la colline qui surplombe la ville.
Enfin, l'horizon se dégage : le régime politique bascule en janvier 1875 vers la République. Le projet de statue recueille désormais les faveurs de l'opinion mais le temps presse.
La statue de la Liberté en cours de montage dans les ateliers Gayet de la rue Chazelles (1884, Victor Dargaud, musée d'art de Santa Barbara, EU)

Course d'obstacles

La statue de la Liberté en cours de montage dans les atelierds Gaget, Gauthier et CieLaboulaye, qui a de la suite dans les idées, fonde un Comité de l'union franco-américaine en vue de lever des fonds.
Charles Gounod compose pour les généreux donateurs, à l'Opéra de Paris, un Hymne à la Liberté éclairant le monde. On leur offre aussi deux cents modèles réduits de la future statue.
Auguste Bartholdi reçoit le concours d'une sommité du patrimoine en la personne d'Eugène Viollet-le-Duc.
Celui-ci prescrit une peau composée de plaques de cuivre modelées par martelage sur des formes en plâtre. L'ensemble doit être monté sur une armature métallique, stabilisée par un remplissage en sable.
La fabrication peut commencer dans les ateliers de la société Gaget, Gauthier et Cie, rue de Chazelles, au nord de Paris. Elle mobilisera jusqu'à six cents ouvriers.
La Liberté éclairant le monde présentée à l'Exposition universelle de Paris, en 1878Mais il est devenu illusoire d'inaugurer la statue pour le centenaire de l'indépendance américaine. À tout le moins, Laboulaye et Bartholdi veulent profiter de l'Exposition universelle de Philadelphie de 1876 pour sensibiliser l'opinion américaine à leur projet.
Ils accélèrent le montage du bras droit et de sa torche afin de pouvoir les présenter sur place ! La pièce arrivera après la célébration de l'Independence Day (4 juillet) mais elle n'en recueillera pas moins un très vif succès auprès du public.
Grâce à une première collecte de fonds, on met à l'étude le piédestal. Il est confié à un architecte de renom, Richard Morris Hunt, qui a déjà conçu le Metropolitan Museum de New York.
Comme les fonds manquent aussi pour la réalisation de la statue, Laboulaye présente une reproduction grandeur nature de la tête à l'Exposition universelle de Paris, en 1878.
La statue de la Liberté à son achèvement, en 1884, dans la rue de Chazelles (Paris)Les visiteurs, impressionnés et séduits, souscrivent en masse et l'année suivante, le financement est bouclé avec plus de cent mille donateurs.
Mais un nouveau coup du sort frappe le projet : Viollet-le-Duc décède à 65 ans, emportant dans la tombe les principes de montage. Bartholdi se tourne alors vers Gustave Eiffel (47 ans), un ingénieur et chef d'entreprise qui est en train de se bâtir une réputation internationale grâce à sa maîtrise des structures en acier.
À l'opposé de Viollet-le-Duc, il conçoit une charpente métallique légère qui, tel le roseau de la fable, saura résister aux plus violentes tempêtes en pliant et en se déformant.
Dernier coup du sort : Laboulaye décède à son tour le 25 mai 1883. Bartholdi porte désormais le projet sur ses seules épaules. Il invite le populaire Ferdinand de Lesseps à remplacer Laboulaye à la présidence du comité et c'est lui qui va officiellement remettre à l'ambassadeur américain, le 4 juillet 1884, la statue enfin terminée.
Le piédestal de la Statue de la Liberté en cours de construction

Le peuple américain se mobilise à son tour

Joseph Pulitzer (10 avril 1847, Makó, Hongrie - 29 octobre 1911, Charleston, Caroline du Sud)Outre-Atlantique, le projet se délite. Les riches New-Yorkais le dédaignent et le comité n'arrive pas à recueillir les fonds pour l'achèvement du piédestal.
Alors se lève un sauveur inattendu, Joseph Pulitzer.
Né en Hongrie en 1847, ce jeune immigré devenu le patron du New York World, a inventé la presse populaire à scandale. Il multiplie les campagnes de presse en faveur du projet. Auguste Bartholdi le soutient en proposant des statuettes à un ou cinq dollars.
C'est un succès. Les dons, généralement modestes, affluent.
Le financement est enfin bouclé avec cent mille dollars supplémentaires offerts par cent vingt mille donateurs dont les noms sont tous imprimés dans le journal.
Auguste Bartholdi n'a pas attendu la fin de la souscription pour envoyer la statue à New York. À raison de 350 pièces dans 214 caisses, elle est chargée sur une frégate armée par le gouvernement français, l'Isère, et arrive à New York le 17 juin 1886. Quatre mois suffiront pour monter les cent tonnes de la structure et les quatre-vingt de l'enveloppe de cuivre.

Un mythe américain

La statue de la Liberté« La Liberté éclairant le monde » est chargée d'une symbolique simple et accessible à tous. La statue tient dans sa main gauche une tablette où l'on peut lire « July 4th, 1776 » (Déclaration d'indépendance des États-Unis). Sa torche levée vers le ciel dissipe les ténèbres. Les chaînes brisées, à ses pieds, rappellent l'abolition de l'esclavage.
Les sept rayons de sa couronne sont censés représenter les sept océans et continents de la Terre. La couronne, enfin, comporte 25 fenêtres qui figurent autant de joyaux et d'où les visiteurs peuvent contempler la baie de New York.
Pour le corps de sa statue, le sculpteur a pu choisir comme modèle Jeanne-Émilie Baheux de Puysieux, une ancienne couturière devenue sa maîtresse et qu'il a dû épouser en catastrophe en 1875, lors d'un voyage aux États-Unis, pour ne pas heurter ses donateurs potentiels.
Quant au visage, a-t-il les traits de la mère de l'artiste? d'une prostituée? d'une Communarde?... Peut-être après tout Bartholdi s'est-il contenté de reprendre les traits hiératiques, sévères et somme toute sereins d'une Athéna antique.
La statue, son visage, sa gestuelle, son drapé n'ont rien de sentimental ou d'érotique. Mais qu'importe. Inaugurée à la veille de la grande vague d'immigration qui a vu débarquer à New York des millions d'Européens chassés par l'oppression et la misère, elle est devenue le visage de l'Amérique rêvée et de la Liberté. C'est elle que les manifestants de la place Tien An Men, en 1989, ont reproduite en plâtre.
Laboulaye et Bartholdi imaginaient-ils que leur idéal ferait le tour du monde, de Paris à New York et Pékin ?
Un poème d'Emma Lazarus
La statue aujourd'hui : Liberty enlightning the WorldDès 1883 a été gravé dans le piédestal de « La Liberté éclairant le monde » un sonnet de la poétesse Emma Lazarus (1849-1887).
Il s'adresse aux millions d'immigrants qui ont débarqué à Ellis Island et pour lesquels la statue de la Liberté figurait l'espoir d'une vie meilleure :
« Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost, to me,
I lift my lamp beside the golden door !

Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j'éclaire la porte d'or ! ».

1948 Déclaration universelle des Droits de l'Homme

Le 10 décembre 1948, l'Organisation des Nations Unies (ONU) adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme. Son principal rédacteur, le juriste René Cassin, reprend dans les grandes lignes la Déclaration française de 1789. S'y ajoutent quelques considérations inspirées par les Soviétiques pour se conformer à l'esprit du temps.
Déclaration universelle des Droits de l'Homme
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme,
Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression,
Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations,
Considérant que dans la Charte les peuples de Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,
Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement,
L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.
- Article 1 :
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
- Article 2 :
1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
- Article 3 :
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
- Article 4 :
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
- Article 5 :
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
- Article 6 :
Chacun a droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
- Article 7 :
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
- Article 8 :
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.
- Article 9 :
Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.
- Article 10 :
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
- Article 11 :
1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis.
- Article 12 :
Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
- Article 13 :
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un état.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
- Article 14 :
1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
- Article 15 :
1. Tout individu a le droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer sa nationalité.
- Article 16 :
1. A partir de l'age nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat.
- Article 17 :
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
- Article 18 :
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
- Article 19 :
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit.
- Article 20 :
1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.
- Article 21 :
1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
- Article 22 :
Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.
- Article 23 :
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à une protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille à droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
- Article 24 :
Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.
- Article 25 :
1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
- Article 26 :
1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.
- Article 27 :
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.
- Article 28 :
Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.
- Article 29 :
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.
- Article 30 :
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

Un texte généreux mais daté et très peu universel

Eleanor Roosevelet et René CassinLa Déclaration est rédigée sous l'égide d'Eleanor Roosevelt, veuve du président américain, avec le concours éclairé du juriste français René Cassin.
Ce texte exprime la pensée occidentale du XXe siècle dans ses deux volets, communiste et libéral. Il reprend dans les grandes lignes les principes universels de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789.
Mais à la grande différence de celle-ci, concise et d'une portée intemporelle et réellement universelle, la Déclaration de 1948 apparaît verbeuse, avec des formules convenues (« agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité »).
Elle est surtout singulièrement datée avec des droits qui n'ont de sens que dans les sociétés industrielles du milieu du XXe siècle et dans les sociétés occidentales de la même époque.
L'article sur le mariage, par exemple, n'aurait eu aucune chance d'être agréé au XXIe siècle, tant par les États qui autorisent la polygamie (inégalité de droits entre les sexes) que par ceux qui légitiment les unions homosexuelles (« À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution »).

1944-1974 L'embellie

Sans attendre la capitulation allemande, le gouvernement provisoire du général  Charles de Gaulle  relève la République. Les principaux col...