dimanche 26 novembre 2017

2 décembre 1805Napoléon triomphe au soleil d'Austerlitz


Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l'empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz sa victoire la plus éclatante.
En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc deux autres empereurs, Alexandre 1er, tsar de Russie, et François II de Habsbourg-Lorraine, empereur d'Autriche et titulaire du Saint Empire romain germanique (ou empereur d'Allemagne). Austerlitz est appelée pour cela bataille des Trois empereurs.
Napoléon 1er est en partie redevable de son triomphe à la chance et à un brouillard matinal qui a caché ses mouvements à l'ennemi.
Jean-Michel Mathé
Bivouac de Napoléon à la veille d'Austerlitz, 1808, Baron Louis-François Lejeune (1775-1848), musée de Versailles

Prémices de la bataille

Au milieu de l'année 1805, ayant réuni à Boulogne son armée dite « des Côtes-de-l'Océan » - au total 200 000 hommes -, Napoléon s'aperçoit qu'il ne peut pas compter sur l'appui de sa flotte pour envahir l'Angleterre. C'est le moment où une troisième coalition se forme contre la France. « Ne pouvant frapper la tête de la coalition, l'Angleterre, Napoléon en frappera le bras, l'Autriche » (Jean Tulard, Les révolutions).
Le 3 septembre, renonçant à traverser la Manche, l'empereur entraîne à grandes enjambées la « Grande Armée » à la rencontre des armées austro-russes. Au total sept corps d'armée ainsi que la Garde impériale et la cavalerie de Murat.
Napoléon 1er vainc les Autrichiens du général Mack à Ulm, en Bavière, le 20 octobre (au même moment, la flotte franco-espagnole est anéantie à Trafalgar, ruinant tout espoir de soumettre l'Angleterre). Poursuivant les restes de l'armée autrichienne, l'empereur entre triomphalement à Vienne le 14 novembre (c'est la première fois de son Histoire que la capitale des Habsbourg doit s'incliner devant un conquérant).
Pendant ce temps, le général russe Koutouzov, qui avait tenté de rejoindre le général Mack à Ulm, se replie au-delà du Danube. Son arrière-garde est accrochée par Murat à Hollabrunn, le 16 novembre, mais se retire en bon ordre après un affrontement meurtrier.

Le piège

L'armée française, toujours à la poursuite de l'armée austro-russe, dépasse Vienne et entre le 19 novembre à Brünn (aujourd'hui, Brno, chef-lieu de la Moravie, en république tchèque).
Ses premières lignes atteignent et dépassent le village d'Austerlitz, 9 kilomètres plus loin.
Le maréchal Mikhaïl Koutouzov (1745-1813), par Roman Maximovitch WolkowFace à elle, 73 000 à 86 000 Austro-Russes (les historiens divergent sur le chiffre), sous le commandement du vieux général russe Koutouzov et du prince autrichien Jean de Liechtenstein.
En infériorité numérique, les Français, malgré leur avance foudroyante, sont dans une situation inconfortable, d'autant qu'une armée autrichienne menace d'arriver d'Italie sous le commandement de l'archiduc Charles.
Napoléon 1er veut contraindre l'ennemi à la faute pour le vaincre dès que possible. Dès le 21 novembre, il reconnaît les environs d'Austerlitz et déclare à ses aides de camp et officiers d'ordonnance stupéfaits : « Jeunes gens, étudiez bien ce terrain, nous nous y battrons ».
Le 28 novembre, à la surprise de ses maréchaux, l'empereur demande à Murat, Lannes et Soult d'abandonner le plateau du Pratzen, de haute valeur tactique. Cette manoeuvre de repli, venant après une marche résolument agressive, apparaît aux yeux des coalisés comme un aveu de faiblesse.
Le 29 novembre, Napoléon, de mauvaise humeur, reçoit le prince Dolgorouky et lui propose un armistice. Mais les Russes se montrent trop exigeants et le dialogue est rompu. La bataille aura donc lieu à l'endroit souhaité par l'empereur, avant que les Austro-Russes aient le temps d'y concentrer toutes leurs forces.
Le lendemain, l'empereur poursuit sa visite des environs d'Austerlitz. Sur le plateau du Pratzen, il lance : « Si je voulais empêcher l'ennemi de passer, c'est ici que je me mettrais ; mais je n'aurais qu'une bataille ordinaire. Si, au contraire, je refuse ma droite en la retirant vers Brünn et que les Russes abandonnent ces hauteurs, fussent-ils 300 000 hommes, ils sont pris en flagrant délit et perdus sans ressources ». Ainsi vont se passer les choses...

Le grand jeu

Le 1er décembre, l'empereur peut compter sur 75 000 hommes et 157 canons. Son armée inclut la Garde Impériale de Bessières, la division d'élite de Oudinot, la réserve de cavalerie de Murat, les corps de Bernadotte, Soult et Lannes. Le corps de Davout arrive de Vienne à marche forcée. L'essentiel est positionné entre le Pratzen et Brünn (Brno).
Au sud du dispositif, l'aile droite fait figure de parent pauvre... et de proie facile : elle ne comporte que la brigade Legrand du IVe corps puis deux autres brigades, celles de Saint Hilaire et Vandamme, face au Pratzen. Davout lui-même donne l'impression de se retirer. Plus loin derrière, Oudinot et la Garde impériale. Plus au nord, les maréchaux Lannes et Murat barrent la route de Brünn. Derrière eux se tiennent les troupes du maréchal Bernadotte.
Les coalisés, qui tiennent maintenant le Pratzen, aspirent à reprendre l'avantage sur cette armée que le tsar Alexandre 1er perçoit hésitante. Seul contre tous les autres généraux, Koutouzov a deviné la ruse de Napoléon mais ses avertissements ne sont pas entendus.
Le chef d'état-major autrichien Weyrother propose un plan de bataille pour la journée du 2 décembre. Quatre colonnes, sous le commandement de Buxdowen, descendront du Pratzen et attaqueront la partie la plus faible du dispositif français, soit l'aile droite, au sud. Elles empêcheront ainsi les Français de se replier vers Vienne.
Plus au nord, le maréchal Bagration, qui commande l'avant-garde russe, et la cavalerie du prince Liechtenstein enfonceront les positions françaises et pousseront droit devant, vers Brünn. La garde impériale du duc Constantine - le frère du tsar - restera en réserve.
Dès le soir du 1er décembre, du tertre d'où il observe le futur champ de bataille, Napoléon perçoit les premières manoeuvres de Buxdowen en vue de tourner sa droite. Il se frotte les mains : « Avant demain soir, cette armée est à moi... » La nuit se passe à attendre dans un bivouac qu'illuminent les flambeaux de paille des soldats, soucieux d'éclairer l'empereur au gré de sa tournée d'inspection.
Le plateau du Pratzen
Au petit matin, comme prévu, les 40 000 hommes du général Buxdowen descendent du plateau du Pratzen pour attaquer le dispositif français du côté des villages de Telnitz et Sokolnitz.
Austerlitz, estampe de J. Rugendas, musée de l'Armée, ParisCelui-ci résiste, flotte puis rompt. Heureusement, un ruisseau, le Goldbach, freine la progression des fantassins et empêche le passage des canons.
Davout arrive à point nommé de Vienne vers le milieu de la matinée pour prêter main forte à la division Legrand. Les Français reconstituent leurs forces après un engagement qui aura duré 3 heures.
Au centre, tapies dans le brouillard, deux divisions de Soult attendent. Elles vont décider du sort de la journée. Une brigade commandée par Saint-Hilaire tombe sur le flanc des colonnes ennemies qui descendent du plateau. Une autre brigade, commandée par Vandamme, se lance vers les hauteurs de Staré Vinohrady.
Trois régiments de Saint-Hilaire, sortant du brouillard, bousculent la tête de la IVe colonne de Miloradovich et s'établissent sur les hauteurs du Pratzen, protégés par la forte pente.
De leur côté, sept régiments de Vandamme (sa brigade et deux régiments détachés de la brigade Saint-Hilaire) progressent plus au nord. Ils culbutent le reste de la colonne de Miloradovich et se rendent maître de leur objectif, les hauteurs de Staré Vinohrady, dès 11 heures.
Les fusiliers de la Garde impériale russe tentent une violente contre-attaque contre le Pratzen. Le 4e de ligne rompt sa formation, déroute puis se rallie. Il se met en carré pour affronter les cuirassiers russes. La rencontre paraît tourner à l'avantage de ceux-ci. Mais c'est sans compter avec Napoléon 1er. Accompagné de son état-major et de sa propre Garde, il fait mouvement dans la zone de combat. Les cavaleries des deux empereurs s'affrontent en un duel qui va durer un quart d'heure. Les Français l'emportent. La Garde russe se désorganise. La lutte pour le Pratzen est terminée.
Le hallali
Austerlitz, estampe de J. Rugendas, musée de l'Armée ParisPendant ce temps, l'aile droite russe, qui se bat depuis 10 heures, est empêchée d'intervenir par Lannes et Murat. Commandée par Bagration et Liechtenstein, elle livre une bataille dans la bataille.
Le lieu, relativement plat, est propice à l'affrontement des cavaliers. La cavalerie légère de Kellerman se heurte à plusieurs reprises à celle de Liechtenstein, puis arrivent les cuirassiers de la division lourde de Nansouty qui donnent l'avantage aux Français.
Bagration, enfin, prend la décision de se retirer en bon ordre sous la pression conjuguée de l'infanterie et de la cavalerie lourde d'Hautpoul. Il en reste un regret pour Napoléon 1er : Bernadotte n'a pas su ou pas voulu exploiter la situation. S'il s'était avancé sur la route d'Austerlitz à Ozeitsch, il aurait empêché la retraite de l'aile droite russe.
Retour au centre pour en finir. Napoléon ordonne à sa Garde et aux deux divisions de Soult installées sur le Pratzen un mouvement en pivot afin de tomber sur l'aile gauche ennemie. Cette dernière se retrouve de la sorte dans une situation impossible, face à Davout et Legrand, et poussée par les divisions qui redescendent du Pratzen.
La cavalerie russe couvre la fuite d'une partie des quatre colonnes. Des soldats de celles-ci entreprennent de traverser le lac gelé de Satschan dont la glace va se rompre, bombardée par l'artillerie de la Garde. Ils se noient tristement. Toutefois, le nombre de ces victimes ne s'élève pas à dix mille comme annoncé dans le 30e Bulletin de la Grande Armée mais à quelques centaines.
Koutouzov se retire vers le nord, tandis que Murat, une fois de plus, poursuit ses arrière-gardes. Il ne reste plus à la Garde impériale commandée par Bessières qu'à compléter la victoire, tandis que se lève un splendide soleil, en milieu de journée.
Entrée dans la légende
Le soir de la victoire, avec son sens inné de la formule, l'Empereur adresse à ses soldats une fameuse proclamation : « Soldats, je suis content de vous. Je vous ramènerai en France. Là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire : j'étais à la bataille d'Austerlitz pour que l'on vous réponde : voilà un brave !
De notre Camp Impérial d’Austerlitz le 12 frimaire an 14, Napoléon »
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Les pertes des alliés austro-russes sont très lourdes, au total 29 000 soldats hors de combat, dont 7 000 tués. Côté armement, 183 pièces d'artillerie ont été abandonnées, dont 149 par les Russes.
Chez les Français, les pertes sont des plus limitées. 8 279 soldats hors de combat dont 1.288 morts. Quant au Corps de Bernadotte, on peut juger de son faible investissement dans la bataille : 20 tués, davantage cependant que chez les fantassins de la réserve (Garde impériale et grenadiers d'Oudinot) qui n'ont pas été véritablement engagés.
Alexandre 1er et François II se rencontrent le 3 décembre pour évaluer la situation: l'armée coalisée ne compte plus que 44 000 hommes avec un moral comme ce temps d'hiver. A deux jours de route, les 15 000 hommes disponibles ne suffiraient pas à reconstituer une armée. L'artillerie est décimée, la défaite totale.
Le 6 décembre, au château d'Austerlitz, Berthier et von Liechtenstein signent le cessez-le feu. La diplomatie reprend ses droits. Le 26 décembre, l'Autriche conclut la paix à Presbourg (aujourd'hui Bratislava, en Slovaquie). C'est la fin de la troisième coalition. Vienne se défait de la Vénétie et d'une partie du Tyrol.
Par un article secret, l'empereur François II renonce définitivement au titre symbolique d'empereur romain germanique. Six mois plus tard, le 12 juillet 1806, il deviendra officiellement empereur d'Autriche sous le nom de François 1er. C'en sera fini du Saint Empire romain germanique.
La Prusse qui, à la veille de la bataille d'Austerlitz, s'apprêtait à se joindre à la coalition, s'en tire bien. Elle signe un traité d'échange de territoires avec la France le 15 décembre. Les conquêtes continentales de la France prennent une dimension insoupçonnée, débordant largement le cadre des frontières naturelles.
50 drapeaux enlevés à l'ennemi vont orner la voûte de l'église Saint-Louis des Invalides. Le bronze des 180 canons ennemis est employé pour fondre la colonne Vendôme, à Paris (il s'agit d'une copie de l'antique colonne Trajane qui célèbre à Rome la victoire de l'empereur romain sur les Daces).

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