lundi 27 novembre 2017

Le géneral Ulysses S GRANT

Ulysses S. Grant, né Hiram Ulysses Grant le  à Point Pleasant et mort le  à Wilton (en), est un homme d'Étataméricain18e président des États-Unis. Après une brillante carrière militaire au cours de laquelle il commanda les armées nordistes durant la guerre de Sécession, il fut élu président en 1868. Sa présidence fut marquée par ses tentatives visant à réintégrer les anciens États confédérés, à éliminer les vestiges du nationalisme sudiste et à protéger les droits des Afro-Américains. La fin de son mandat fut néanmoins ternie par les dissensions du Parti républicain, la panique bancaire de 1873 et la corruption de son administration.
Né dans l'Ohio, Grant s'orienta rapidement vers une carrière militaire et il fut diplômé de l'académie militaire de West Point en 1843. Il participa à la guerre américano-mexicaine de 1846-1848 et au début de la guerre de Sécession en 1861, il rejoignit l'armée de l'Union. L'année suivante, il fut promu major-général et son commandement victorieux à la bataille de Shiloh lui valut une réputation de commandant agressif. En juillet 1863, il s'empara de Vicksburg et le contrôle nordiste du Mississippi coupa la Confédération en deux. Après la bataille de Chattanooga en novembre 1863, le président Abraham Lincoln le promut lieutenant-général avec autorité sur toutes les armées de l'Union. En 1864, il coordonna une série de sanglantes batailles qui permirent d'isoler le général sudiste Robert E. Lee à Petersburg. Après la prise de la capitale sudiste de Richmond, la Confédération s'effondra et Lee se rendit à Appomattox en avril 1865.
Auréolé de sa stature de héros de guerre, Grant fut facilement choisi par la convention républicaine pour briguer la présidence et il remportaaisément l'élection. Durant cette période appelée la « Reconstruction », il s'efforça d'apaiser les tensions provoquées par la guerre de Sécession. Il encouragea l'adoption du 15e amendement de la Constitution garantissant les droits civiques des Afro-Américains et fit appliquer fermement ses dispositions dans le Sud notamment en faisant appel à l'armée. Les démocrates reprirent néanmoins le contrôle des législatures sudistes dans les années 1870 et les Afro-Américains furent écartés du jeu politique pendant près d'un siècle. En politique étrangère, le secrétaire d'État Hamilton Fish régla la question des réclamations de l'Alabama avec le Royaume-Uni et évita que l'affaire Virginius ne dégénère avec l'Espagne. En 1873, la popularité de Grant s'effondra en même temps que l'économie américaine qui était frappée par la première crise industrielle de son Histoire. Ses mesures furent globalement inefficaces et la dépression dura jusqu'au début des années 1880. En plus des difficultés économiques, son second mandat fut marqué par les scandales au sein de son gouvernement et deux membres de son cabinet furent accusés de corruption.
Après avoir quitté ses fonctions, Grant se lança dans un tour du monde de deux ans et tenta sans succès d'obtenir la nomination républicaine pour l'élection présidentielle de 1880. Ses mémoires, rédigées alors qu'il mourait d'un cancer de la gorge, connurent un large succès critique et populaire et plus d'1,5 million de personnes assistèrent à ses funérailles en 1885. Admiré après sa mort, les évaluations historiques (en) de sa présidence sont néanmoins devenues très défavorables en raison de la corruption de son administration ; son engagement en faveur des droits civiques et son courage dans sa lutte contre le Ku Klux Klan sont cependant reconnus.
Ulysses Grant
Ulysses S. Grant dans les années 1870.

Qui était le général Lee, le Sudiste devenu l'icône de l'extrême droite américaine ?

Le commandant des troupes confédérées était avant tout un grand militaire, vénéré par ses soldats. Mais en tant que chef des armées des Etats esclavagistes durant la guerre de Sécession (1861-1865), il est aujourd'hui devenu un symbole bien encombrant.

Chevelure abondante, barbe blanche bien taillée et œil bleu azur fixant l'horizon (ou l'ennemi qui s'avance). Ainsi nous est transmise depuis le XIXe siècle l'image du général Robert Edward Lee (1807-1870), général en chef des armées confédérées durant la guerre de Sécession, devenu une icône sudiste.
Et c'est d'ailleurs le déboulonnage d'une de ses statues qui a servi de prétexte au meurtrier rassemblement de militants d'extrême droite à Charlottesville (Virginie, Etats-Unis), le 12 août 2017. L'un d'eux a en effet foncé en voiture sur la foule de contre-manifestants, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant vingt blessés. Mais qui était au juste ce général récupéré par le Ku Klux Klan, par des néo-nazis et des suprémacistes de toutes obédiences ? Qu'en disent les historiens ?

"Un personnage écrasant de l'histoire américaine"

"C'est un personnage écrasant de l'histoire américaine, considéré comme un des meilleurs généraux de son temps", résume à franceinfo Vincent Bernard, l'auteur de la seule biographie en français du général Lee (Robert E. Lee, éd. Perrin, 2014). "Une icône absolue dans le Sud restée, malgré sa défaite, une figure emblématique de la Confédération, renchérit l'historien Farid Ameur, qui a signé La guerre de Sécession aux éditions PUF (2013). Il incarne le gentleman sudiste dans toute sa splendeur."
Issu d'une riche famille virginienne, le jeune homme se destine très tôt au métier des armes. Il montre rapidement ses aptitudes et sort second de l'académie militaire de West Point, en 1829. "Mais c'est lors de la guerre contre le Mexique (1846-1848) qu'il va faire ses preuves, raconte Farid Ameur. Ce soldat dans l'âme, d'un sang-froid incroyable, qui ne boit pas, ne trompe pas sa femme et applique un code très virginien de l'honneur et du courage, va faire l'admiration de tous." 

"Il ne se voyait pas faire la guerre à ses voisins"

Pour ce natif de Virginie qui s'élève sans heurts dans la carrière militaire, le vrai coup de tonnerre éclate début 1861. Les premiers Etats du Sud, le Mississippi, la Floride, l'Alabama, la Louisiane, la Géorgie, la Caroline du Sud, font sécession. "A ce moment-là, le général Lee est reconnu comme le meilleur officier de l'armée régulière, poursuit Farid Ameur. Le président des Etats-Unis, Abraham Lincoln, lui propose de prendre la tête de l'armée de l'Union."
Lee hésite. "Sa famille est tiraillée au moment de la Sécession, explique Vincent Bernard. Il faut se souvenir que c'est un pays encore en construction, pas un Etat-nation. Les fidélités sont partagées, d'autant que sa femme descend quand même, on ne le souligne pas assez, du premier président des Etats-Unis, George Washington.".  Mais la sécession de son état natal, la Virginie, fait pencher la balance. "Par loyauté, Lee offre son épée aux séparatistes. Il ne se voyait pas faire la guerre à ses voisins", analyse Farid Ameur. 
Repoussé par les Nordistes dans un premier temps, le général Lee prouve sa valeur au printemps suivant. A la tête des armées de la Virginie du Nord, il franchit le fleuve Potomac et tient la dragée haute à une armée nordiste supérieure en nombre et en armement.
Des touristes devant une statue du général Lee, au Capitole à Washington (Etats-Unis), le 17 août 2017.
Des touristes devant une statue du général Lee, au Capitole à Washington (Etats-Unis), le 17 août 2017. (MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

"Il inspire une confiance totale à ses troupes"

La légende du général Lee naît-elle à ce moment-là ? "On l'a surnommé 'l'homme de marbre', l'homme parfait, impassible, ne trahissant jamais ses émotions. Il inspire une confiance totale à ses troupes", affirme l'historien. Ses troupes le vénèrent "au point que 15 000 fantassins contournent sur la pointe des pieds l'endroit où il dort pour ne pas le réveiller". Vincent Bernard confirme cette fascination, qu'il explique ainsi : "Lee prêchait par l'exemple, restant avec ses troupes à Noël au lieu de rentrer chez lui, comme il pouvait le faire, ce qui explique la dévotion dont il faisait l'objet." 
Ses soldats le suivent donc jusqu'à la défaite ultime. Car le vent tourne. Après les premiers succès et surtout des victoires à la Pyrrhus, très coûteuses en hommes, Robert Lee lance, début juillet 1863, une attaque frontale contre les troupes de l'Union lors de la bataille de Gettysburg. L'offensive tourne au carnage (quelque 8 000 morts, 30 000 blessés). Certes, il réussit à repousser l'échéance de la défaite et à poursuivre son duel avec le général Grant, qui commande les armées de l'Union. Mais pour combien de temps ? A l'été 1864, la grande ville sudiste d'Atlanta (Géorgie) tombe. L'armée confédérée est épuisée et Lee doit choisir : soit se retrancher et prendre la tête d'une guérilla, soit s'avouer vaincu. Il aurait préféré "souffrir mille morts que de se rendre, mais finit par le faire", souligne Farid Ameur, avant de dépeindre la scène finale de la capitulation, en avril 1865, à Appomattox (Virginie). "Lee arrive sanglé dans son grand uniforme, en avance, impassible. En face, le général Grant, en retard et la vareuse mal boutonnée, contient mal son émotion. Lequel des deux se rend à l'autre ?"

"Un général à l'ancienne"

L'issue aurait-elle pu être différente, alors qu'aujourd'hui, une polémique (relayée par le Washington Post) surgit, aux Etats-Unis, sur les talents de stratège du général vaincu ? "C'était un général, estime Vincent Bernard, qui mène une guerre à l'ancienne contre Grant, lequel est un réaliste qui va employer tous les moyens et qui a derrière lui la puissance économique et démographique du Nord."
"Il manquait à Lee le sens de la stratégie, qui permettait de penser la guerre dans sa globalité, poursuit Vincent Bernard. Grant était le meilleur stratège, un précurseur des guerres modernes, et Lee, le meilleur tacticien, le dernier héritier des guerres napoléoniennes." 

Un propriétaire sudiste, donc esclavagiste

Voilà pour le soldat. Qu'en est-il de l'homme privé, du propriétaire terrien de Virginie ? En 1831, jeune officier, il épouse une descendante de George Washington. Ils auront sept enfants. "Quand il n'est pas en campagne militaire, il vit dans la somptueuse demeure d'Arlington, une maison à colonnades, comme dans Autant en emporte le vent", dépeint Farid Ameur. Confisquée dès 1861 par le gouvernement fédéral des Etats-Unis, cette propriété abrite désormais le cimetière national où reposent les anciens combattants américains et le président assassiné John Fitzgerald Kennedy.
Les terres du général Lee, à Arlington (Virginie), ont été confisquées en 1861 par le gouvernement fédéral du président Abraham Lincoln. C\'est aujourd\'hui un cimetière national où reposent des anciens combattants américains et le président John Fitzgerald Kennedy. 
Les terres du général Lee, à Arlington (Virginie), ont été confisquées en 1861 par le gouvernement fédéral du président Abraham Lincoln. C'est aujourd'hui un cimetière national où reposent des anciens combattants américains et le président John Fitzgerald Kennedy.  (KAREN BLEIER / AFP)
Comme tous les riches propriétaires sudistes, Robert Lee possédait des esclaves. Dans les faits, passionné avant tout par sa carrière militaire, il a surtout, pendant trois décennies, évité de s'en occuper, les voyant comme une source d'ennuis. Il les louait volontiers à d'autres propriétaires terriens, d'où la difficulté à évaluer sa pratique esclavagiste.
Le magazine The Atlantic (article en anglais) rapporte toutefois une anecdote accablante, en s'appuyant sur les recherches de l'historienne américaine Elisabeth Pryor. En 1859, le général avait hérité de 70 esclaves à la mort de son beau-père. Celui-ci souhaitait que ses esclaves soient affranchis, tout en laissant à Lee, son exécuteur testamentaire, le soin des modalités. Mais au lieu de les libérer immédiatement, comme s'y attendaient les esclaves, le militaire leur a annoncé qu'ils devaient attendre cinq ans, et a fait fouetter ceux qui s'étaient enfuis. Il a ensuite tenu parole, et les esclaves ont été affranchis.
Lee n'était ni un partisan acharné de l'esclavagisme, ni un quasi-abolitionniste comme le présentent parfois ses thuriféraires en citant une phrase extraite d'une lettre à sa femme : "L'esclavage" est "un mal moral et politique dans n'importe quel pays", écrit Lee dans cette missive du 27 décembre 1856 (donc avant la guerre de Sécession). C'est oublier la suite : "Les Noirs, poursuit-il, sont incommensurablement mieux ici qu’en Afrique, moralement, socialement et physiquement. L’instruction douloureuse qu’ils subissent est nécessaire pour leur éducation et leur race. (...) Leur émancipation résultera plus vite de la douce et unifiante influence du christianisme, plutôt que des orages et des tempêtes de la controverse violente." 
"Sur la question, il épousait les préjugés de sa caste et de son époque", remarque Farid Ameur. Le racisme de Lee est partagé par la majorité des Américains blancs de son temps, au Sud et au Nord. "Du côté du Nord, au départ, contextualise Vincent Bernard, on fait la guerre pour l'Union. Le thème de l'émancipation des esclaves n'est venu que dans un second temps : c'est le président Abraham Lincoln qui en a fait un sujet central, contre l'opinion de la majorité de ses concitoyens". 

Après sa mort, une icône de la "cause perdue"

Une fois la guerre finie, en 1865, Lee n'a plus que cinq ans à vivre. Dès la reddition, après avoir obtenu des conditions avantageuses pour ses hommes, il appelle les Sudistes à s'élever contre le ressentiment et l'envie de revanche, même s'il déplore "la cause perdue", la défaite. Son message ? "Réintégrons l'Union, il faut faire avec", résume Vincent Bernard. A son enterrement, il n'a voulu ni uniforme, ni drapeau sudistes.
Mais le message a été d'autant plus oublié que le Sud a bâti sa Reconstruction politique sur les lois de ségrégation raciale (il a fallu attendre 1967 pour que la Cour suprême des Etats-Unis interdise les textes racistes légalisant cette ségrégation). Au début du XXe siècle, la symbolique sudiste ressurgit ainsi partout dans les Etats du Sud, et les statues du général Lee se multiplient pour déplorer "la cause perdue", cette défaite des Etats confédérés esclavagistes jamais acceptée.
Ces statues sont construites "avec l'idée de revanche", expose Farid Ameur, avant d'être aujourd'hui "récupérées par le Ku Klux Klan, les fraternités aryennes, les skinheads et autres militants d'extrême droite, tous protégés par le Premier amendement américain : le délit d'opinion n'existe pas." Une récupération que ne méritait pas le général Lee, conclut Vincent Bernard, qui planche désormais sur son adversaire, le général Ulysses Grant.
Quant aux batailles mémorielles, elles ne sont pas près de s'éteindre. La chaîne HBO, rapportent Les Echos, fait en effet travailler les auteurs de la série à succès planétaire "Game of Thrones" sur "Confederate", un projet qui enflamme les réseaux sociaux. Point de départ du scénario de cette uchronie : les Etats du Sud ont gagné la guerre. Nul doute que l'ombre du général Lee planera aussi sur ce monde fictif.
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1863The Gettysburg Address (version française)

Tout comme les écoliers français apprennent par coeur des fables de La Fontaine, les jeunes Américains apprennent au collège le discours que le président Abraham Lincoln prononça sur le champ de bataille de Gettysburg, à l'occasion de la dédicace d'un cimetière en hommage à toutes les victimes, le 19 novembre 1863 (The Gettysburg Address).
Voici ci-dessous une adaptation en français par l'écrivain et académicien André Maurois (pour la version anglaise officielle, cliquer ici).
The Gettysburg Address (version française)
Il y a quatre-vingt sept ans, nos pères, sur ce continent, ont mis au monde une nouvelle nation, conçue en liberté et vouée à cette idée que tous les hommes naissent égaux..
Aujourd'hui nous sommes engagés dans une grande guerre civile, pour déterminer si cette nation - ou toute autre nation ainsi conçue et dédiée - peut durer. Nous nous rencontrons sur un grand champ de bataille de cette guerre. Nous nous rencontrons pour en consacrer une parcelle, comme suprême champ de repos, à ceux qui ont donné leur vie pour que la nation puisse vivre. Il est convenable, il est juste que nous le fassions.
Mais en un sens plus large, nous ne pouvons pas consacrer, nous ne pouvons pas dédier, nous ne pouvons pas sacrifier cette terre. Tous les héros, vivants et morts, qui ont lutté ici, l'ont consacrée de manière si haute que nous n'avons plus le pouvoir d'y rien ajouter, ni d'en rien enlever. Le monde remarquera peu de ce que nous disons ici et il ne s'en souviendra guère, mais il n'oubliera jamais ce que des braves ont fait en ce lieu. C'est plutôt à nous, les vivants, d'être voués à la tâche encore inachevée qu'ils ont jusqu'ici si noblement accomplie. C'est plutôt à nous d'être dédiés à la grande tâche qui nous reste - afin que ces morts vénérés nous inspirent un dévouement accru pour la cause qui leur a fait combler la mesure du dévouement - afin que nous soyons fermement résolus à ce que ces morts ne soient pas morts en vain; afin que cette nation, devant Dieu, renaisse à la liberté - et afin que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne soit pas effacé de cette terre.
ABRAHAM LINCOLN
Les États-Unis de Lincoln

Abraham Lincoln (1809 - 1865)Un Juste à la Maison Blanche

Si la postérité ne devait conserver du XIXe siècle que le souvenir d'un seul homme, il serait juste que ce soit celui-là. Lincoln n'eut jamais le souci d'embellir sa vie et ses actes. Les faits parlent d'eux-mêmes.
James Day (University of South Carolina)

Une jeunesse éprouvante

Le 16e premier Président des États-Unis naît dans une cabane en rondins (« log-cabin »), au Kentucky, en 1809, dans un ménage de bûcherons illettrés. On le prénomme Abraham, comme son grand-père, un quaker de Virginie parti s'installer dans le Kentucky et tué par un Indien. Grand et vigoureux, il manie très tôt la hache.
Réplique de la maison natale d'Abraham Lincoln, à Hodgenville (Kentucky)Abraham est encore très jeune quand il voit mourir sa mère et son frère.
Il a oublié ses premières années et n'a voulu garder que le souvenir de sa jeunesse au nord-ouest de l'Ohio, un État libre (non-esclavagiste) où son père Thomas, illettré, ignorant du droit et mal avisé, tente en 1816 de rebâtir une ferme.
« C'est là que j'ai grandi », confiera plus tard le président. Son père se remarie en 1819 avec Sarah, une veuve de dix ans plus jeune et déjà mère de trois enfants.
Elle se révèlera une excellente mère de substitution pour Abraham et sa soeur.
Le jeune homme apprend tant bien que mal à lire et se prend de passion pour les livres, avide d'acquérir l'instruction qui a tant fait défaut à ses parents. Dans le même temps, il se révèle vigoureux bûcheron et, jusqu'à 22 ans, de toute sa haute taille (1,92 mètre), maniera la hache sans faillir. Il y a gagnera un surnom, The railsplitter (« le Fendeur de bûches »).
Il occupe les emplois les plus pénibles : magasinier, valet de ferme ou encore bûcheron. Malgré les difficultés et les malheurs familiaux, il satisfait son goût irrépressible pour l'étude et le droit. À 20 ans, il voyage pour la première fois. Sur un bateau à aubes, avec un ami, il descend le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, ce qui lui donne l'occasion de découvrir la triste réalité de l'esclavage.
Le jeune Abraham Lincoln fendeur de traverses (the railsplitter, peinture de 1860, Chicago History Museum)

Une vie de droiture

Un commerçant qu'il a aidé confie au jeune homme la gestion d'une épicerie à New Salem, dans l'Illinois. Adieu à la ferme familiale. En juillet 1831, Abraham découvre de nouveaux horizons.
Apprécié de son voisinage, il se porte à plusieurs reprises candidat à l'Assemblée de l'Illinois ; il se porte volontaire aussi dans le conflit du Faucon Noir, contre une bande d'Indiens sur le sentier de la guerre. Sans avoir pris part à un combat, il gagne en trois mois un brevet militaire et est élu capitaine de sa compagnie ! 
En 1833, le jeune homme obtient le modeste poste de receveur des postes de New Salem grâce au « système des dépouilles » du président démocrate Andrew Jackson. C'est le tout début de son ascension sociale.
L'année suivante, il se met à l'étude du droit. Il s'établit à Springfield, une petite ville dynamique qui deviendra la capitale administrative de l'État d'Illinois, et y devient le modèle de l'avocat intègre et compatissant.
Ses clients l'appellent « honest Abe »(l'« honnête Abraham ») car il a payé jusqu'au dernier sou les dettes que lui a laissées son associé dans la ruine de son épicerie.
Plutôt laid de visage, très grand (1,92 mètre) et maigre, mais doté d'une voix envoûtante, Abraham Lincoln s'exprime avec des mots compréhensibles de tous et un raisonnement d'une très haute tenue.
Cela lui vaut d'être enfin élu le 4 août 1834 à l'Assemblée de l'Illinois dans les rangs des whigs (libéraux), un parti qui s'oppose au parti démocrate du président Andrew Jackson.
Il y croise le fer avec un compatriote du même âge, également juriste, le démocrate Stephen Arnold Douglas. Les deux hommes n'auront de cesse de s'affronter jusqu'à la Maison Blanche. 
Mary Ann Todd, épouse Lincoln (13 décembre 1818, Lexington, Kentucky ;  16 juillet 1882, Springfield, Illinois)Abraham, qui commence à se faire une situation, songe au mariage avec une jeune fille, Ann Rutledge, qu'il a rencontré à New Salem en 1831. Mais elle meurt de la typhoïde le 25 août 1835. Son fiancé s'en montre désespéré.
Quelques années plus tard, à Springfield, lors de soirées mondaines, il croise Mary Ann Todd, fille d'un riche commerçant, au demeurant belle et très cultivée. Les charmes de la conversation vont les rapprocher.
Mais la famille de Mary se montre hostile à leur mariage. Désespéré, Abraham rend sa liberté à la jeune fille sans pouvoir se résigner à la perdre. Après une pénible dépression, il peut enfin l'épouser le 4 novembre 1841.

La question de l'esclavage

Le 3 août 1846, Abraham est élu au Congrès fédéral de Washington.
Manifestant courageusement ses réticences à l'égard de la guerre contre le Mexique en 1847, qu'il juge immorale, il doit renoncer à se représenter devant ses électeurs, outrés par ses prises de position. Il retrouve sans regret son cabinet d'avocat.
Cependant, avec la fin de la guerre contre le Mexique et l'ouverture de nouveaux territoires à la colonisation, la question se pose de leur futur statut : autoriseront-ils ou non l'esclavage, que l'on désigne pudiquement comme l'« institution particulière » ? La publication en 1851-1852 du roman Uncle Tom's Cabin (La Case de l'Oncle Tom) relance le débat.
Trois courants principaux s'opposent sur cette question :
- Une bonne partie des électeurs du Sud (mais pas tous, loin de là) sont partisans du maintien de l'esclavage dans les États où il existe déjà et surtout de la possibilité de l'étendre aux nouveaux États qui se créent sur le front pionnier de l'ouest, la Frontière.
- À l'opposé, les abolitionnistes réclament la mise hors-la-loi de l'esclavage par une disposition fédérale, sans délai et sans exception. Mais les Sudistes, dont l'activité économique est étroitement liée à l'« institution particulière », ont prévenu que cette abolition, si elle venait à être décidée, les amènerait à faire sécession à quelque prix que ce soit !
- Entre les deux figurent ceux qui, comme Lincoln, jugent l'esclavage moralementintolérable mais constitutionnellement inattaquable. La Constitution de 1787 garantit en effet l'autonomie des différents États et ne permet pas à l'État fédéral d'intervenir sur la question de l'esclavage comme sur toute autre question relevant des relations entre les citoyens. Mettre en cause la Constitution reviendrait à briser le lien fédéral et donc les États-Unis eux-mêmes.
Abraham Lincoln en 1858 (photographie réalisée par Abraham Byers, Beardstown, Illinois)Lincoln en est conscient. Il exclut de forcer les États esclavagistes et place tout son espoir dans une progressive déliquescence de l'esclavage, de plus en plus réprouvé dans tout l'Occident et jusque dans les États cotonniers du Sud. Pour cela, il importe au premier chef qu'il ne s'étende pas à de nouveaux États, auquel cas il gagnerait à l'Ouest ce qu'il perdrait au Sud !
Justement, le 30 mai 1854, le billKansas-Nebraska du sénateur démocrate Stephen Douglas autorise les électeurs de ces territoires, en voie de devenir de nouveaux États, à choisir leur futur statut d'État libre ou esclavagiste. La décision contrevient au « compromis du Missouri » qui avait établi en 1820 que les nouveaux États seraient obligatoirement libres au nord de la Mason & Dixon Line et esclavagistes au sud.
Sous le coup de l'indignation, Lincoln, devenu un avocat de renom, délaisse son cabinet et retourne à la politique. Il combat avec vigueur Stephen Douglas. Le débat fait rage au sein même de son parti, le parti whig. Il s'ensuit une scission et la naissance, à Philadelphie, le 14 juin 1856, d'un nouveau parti, le parti républicain, partisan de contenir l'esclavagisme.
À l'élection présidentielle de novembre 1856, il présente la candidature de John C. Fremont. Celui-ci est honorablement défait avec 1,3 million de voix contre 1,8 million pour le vainqueur, le candidat démocrate James Buchanan. Le candidat whig est marginalisé. C'est le début du bipartisme actuel.
Le 6 mars 1857, l'arrêt Dred Scott autorise la poursuite des esclaves en fuite jusque dans les États libres. Lincoln, devenu le chef de file des républicains dans l'Illinois, se présente sans succès au Sénat contre son adversaire de toujours, le démocrate Douglas, l'auteur du bill Kansas-Nebraska.
Mais il impose à son adversaire une série de débats contradictoires à travers l'Illinois qui vont passionner le pays, fragiliser Douglas et assurer la réputation de Lincoln.
Par une interpellation habile qui met le doigt sur les contradictions de la jurisprudence (« Malgré l'arrêt Dred Scott, un État ou un territoire peut-il interdire l'esclavage ? »), il grille son adversaire auprès des Sudistes (s'il est en effet possible de poursuivre un esclave jusque dans les États qui interdisent l'esclavage, on fragilise l'autonomie des États et, donc, le droit des États cotonniers à maintenir envers et contre tout l'esclavage).
Pour l'élection présidentielle de 1860, les démocrates se divisent sur la question de l'esclavage : les partisans du droit des États à choisir leur régime accordent leur confiance à Stephen Douglas, cependant que les esclavagistes durs, dans le Sud, préfèrent un autre candidat, moins prestigieux mais plus engagé dans la défense de l'esclavage, le vice-président en exercice John Breckinridge.
Les républicains choisissent Lincoln qui s'est fait connaître dans tout le pays par son discours inspiré sur la « maison divisée », devant la convention républicaine de Springfield (Ohio) le 16 juin 1858. Comme à son habitude, il a noté des formules au gré de l'inspiration, sur des papiers conservés dans son chapeau, avant de les rassembler en un texte cohérent qu'il a mémorisé avant de le restituer avec éloquence à l'auditoire.
Extrait : « Nous sommes maintenant largement entrés dans la cinquième année d'une politique engagée avec le but avoué et la promesse assurée de mettre fin à l'agitation sur l'esclavage. Avec la mise en oeuvre de cette politique, cette agitation non seulement n'a pas cessé mais augmenté constamment. À mon avis, elle ne cessera pas tant qu'une crise n'aura pas été atteinte et surmontée. Une maison divisée contre elle-même ne peut se maintenir. Je crois que ce régime ne pourra pas durer indéfiniment ainsi, mi-esclavagiste, mi-libre. Je n'espère pas la dissolution de l'Union, je n'espère pas la chute de la maison, mais j'espère la fin de la division...  »
Grâce à la division des adversaires, Lincoln est élu le 6 novembre 1860 avec seulement 40% des voix, soit le pourcentage le plus faible de l'histoire américaine, avec un électorat qui plus est très majoritairement concentré dans le Nord ! Président à 51 ans, il est plus jeune que tous ceux qui l'ont précédé. C'est aussi le seul président né à l'ouest des Appalaches.
Une admiratrice avisée
Le 19 octobre 1860, peu avant le grand jour, Lincoln reçoit une lettre d'une admiratrice de onze ans, Grace Bedell, qui l'encourage à se laisser pousser la barbe : « Vous seriez beaucoup plus beau, car votre visage est si maigre ! » Ainsi fera-t-il et c'est ce visage que retiendra la postérité.

La guerre du droit et de l'unité

La Caroline du Sud décide dès le 20 décembre de faire sécession. Elle est imitée par dix autres États qui veulent préserver l'esclavage et plus encore leur civilisation agraire et aristocratique que menace l'affairisme des industriels du Nord.
Abraham Lincoln veut plus que tout préserver l'unité du pays.
Dans son discours d'investiture, le 4 mars 1861, il propose au Sud de conserver l'esclavage sous certaines conditions. Il tient à rappeler qu'il est attaché au maintien de la Fédération plus encore qu'à l'abolition de l'esclavage et assure les Sudistes qu'ils pourront maintenir l'esclavage là où il est déjà autorisé. 
Thaddeus Stevens (4 avril 1792 – 11 août 1868)Sur cette question, il fait même figure de modéré et doit subir les critiques des abolitionnistes radicaux, nombreux au Nord, tel le vieux représentant de la Pennsylvanie Thaddeus Stevens. Mais les Sudistes ne sont pas disposés à lui faire confiance et rejettent son ouverture.
La guerre de Sécession entre le Nord et le Sud (Civil War en anglais) devient dès lors quasiment inévitable. Dès le début, désireux d'éviter que le conflit ne s'enlise, le président Lincoln prend des mesures énergiques sans attendre le vote du Congrès.
Le 15 avril 1861, il entame le blocus des ports sudistes et mobilise les 75.000 miliciens des États-Unis. Il promeut aussi des généraux enclins à l'offensive, tels George McClellan, Ulysses S. Grant et William Sherman. Il suspend l'habeas corpus (l'obligation de présenter tout prévenu devant un juge) et ne craint pas de faire emprisonner des milliers de suspects sans jugement. 
Une première série de défaites dissuade Lincoln de se prononcer officiellement sur l'avenir de l'esclavage car une déclaration prématurée pourrait être perçue comme un acte de désespoir et se révéler contre-productive. L'occasion se présente enfin avec la victoire nordiste d'Antietam. Lincoln se rend sur place et presse le général McClelland de poursuivre les Sudistes du général Lee. Cinq jours plus tard, le 22 septembre 1862, il proclame avec solennité que l'Union abolit l'esclavage, du moins dans les États qui persisteront dans la rébellion le 1er janvier suivant.
À l'élection présidentielle de novembre 1864, le président Lincoln est réélu sans difficulté face au général  McClelland. Les deux adversaires se disputent sur le point de négocier avec les rebelles du Sud ou de poursuivre la guerre jusqu'à la victoire totale comme l'entend Lincoln.  
Ce dernier consacre toute son énergie à la poursuite de la guerre et à la restauration de l'unité nationale avec son ami, le fidèle Secrétaire d'État William H. Seward.
William Henry Seward (16 mai 1801, Orange, New York - 10 octobre 1872, Auburn)
Comme Douglas et beaucoup d'autres hommes politiques qui eurent à combattre Lincoln, Seward s'est laissé séduire par Lincoln, homme affable et sans rancune, d'une loyauté à toute épreuve.
Le président laisse le Congrès poursuivre l'oeuvre législative. C'est ainsi qu'est lancée la construction d'un chemin de fer transcontinental (il sera inauguré en 1869) et voté le Homestead Act qui favorise l'installation  de colons dans l'Ouest en leur vendant les terres à un prix très modeste.
Après quatre longues années de combats impitoyables et meurtriers, préfiguration des guerres mondiales du XXe siècle, la guerre civile se termine le 9 avril 1865 avec la reddition du général sudiste Robert E. Lee, excellent officier, resté fidèle à la Virginie, son État de naissance, bien qu'opposé par principe à l'esclavage...

Apothéose

Lincoln songe activement à la Reconstruction, autrement dit au retour des vaincus dans le giron national. Soucieux de rétablir au plus vite la concorde, il suggère que les États rebelles retrouvent leur place de plein droit dans l'Union dès lors que 10% seulement de leurs électeurs en auront émis le désir. Les républicains radicaux du Congrès penchent pour un minimum de 50% afin de s'assurer que les Sudistes ne freineront pas l'émancipation des Noirs...
Quelques jours après la reddition des rebelles, le 14 avril 1865, le 16e président américain, épuisé, manifeste le désir d'un moment de détente. Il se rend avec sa femme au Ford's Theatre de Washington. Là l'attend son assassin... John Wilkes Booth se glisse dans la loge du président et le tue d'un coup de pistolet dans la nuque. Le lendemain, 15 avril 1865, le monde pleure en apprenant la mort d''Abraham Lincoln.
L'ancien président est inhumé au cimetière d'Oak Ridge (Springfield, Illinois) le 4 mai au terme de grandioses funérailles. Sa fin tragique a pour effet de ressouder les Américains entre eux et de faire oublier les innombrables haines qui se concentraient sur sa personne. L'action de Lincoln trouve un aboutissement posthume avec le vote du XIIIe amendement à la Constitution des États-Unis, le 18 décembre 1865, qui abolit l'esclavage. Le texte avait été voté par la Chambre des représentants dès le 31 janvier 1865.
Mais son charisme va faire défaut à son successeur, le vice-président Andrew Johnson, incapable de freiner l'appétit de vengeance des radicaux nordistes sur les vaincus. Les États de l'ancienne Confédération sudiste vont dés lors entrer pour plus d'un siècle dans une situation de relative pauvreté et de tensions ethniques et sociales. 
Abraham Lincoln ne serait pas un homme s'il n'avait des faiblesses. La plus grave qu'on lui connaisse fut d'avoir cédé en janvier 1865 aux supplications de sa femme Mary Todd en obtenant pour son fils aîné Robert une planque à l'état-major du général Grant afin de lui épargner le risque de se faire tuer sur le front. Le couple avait déjà perdu deux de ses quatre garçons et Tad, le dernier qu'il leur restait avec Robert, était de santé fragile. Il allait mourir peu de temps après son père. Mary elle-même allait sombrer dans la folie et être internée moins de dix ans après l'assassinat de son mari.
The Gettysburg Address
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Sans attendre la capitulation allemande, le gouvernement provisoire du général  Charles de Gaulle  relève la République. Les principaux col...