mercredi 26 décembre 2018

1944-1974 L'embellie

Sans attendre la capitulation allemande, le gouvernement provisoire du général Charles de Gaulle relève la République. Les principaux collaborateurs des nazis sont jugés et pour certains condamnés à mort tandis que sont nationalisées les usine Renault pour faits de collaboration. Les élections municipales d'avril 1945 donnent aux Françaises l'occasion de voter pour la première fois.
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Vive la vie !
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les experts et les économistes ne donnent pas cher de l'avenir de l'Europe. Contre toute attente, celle-ci, la France au premier rang, est saisie d’une frénésie de vie. La fécondité se redresse jusqu'à atteindre au début des années 60 une moyenne de près de 3 enfants par famille, soit deux fois plus qu’au cours de la génération précédente (et davantage que dans l'Algérie ou l'Iran des années 2000).
Stables et motivées par le désir d'assurer de bonnes conditions de vie à leurs enfants, les nouvelles familles françaises se montrent dures à la tâche. La croissance économique atteint des records jamais égalés : +4 à 6% par an. La France rompt avec son passé colonial, modernise résolument ses structures industrielles et s’engage dans la construction européenne.
À Sétif et dans quelques autres villes d'Algérie, le 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande, la troupe réprime violemment des manifestations spontanées de musulmans en faveur de l’autonomie. Ce sont les prémices de la guerre d'Algérie.
Une Assemblée constituante, dominée par le PCF (communistes), la SFIO (socialistes) et le MRP (chrétiens-démocrates), soumet au pays un projet de Constitution qui établit un régime parlementaire assez semblable à celui de la IIIe République d'avant la guerre.
Le général Charles de Gaulle, qui aurait souhaité un régime à dominante présidentielle plutôt que parlementaire, n'attend pas l'entrée en vigueur de cette IVe République. Il se retire le 20 janvier 1946.
La IVe République et le redressement national
Le 16 janvier 1947, un collège électoral élit le premier président de la IVe République, Vincent Auriol (63 ans).
Dans la « guerre froide » entre Soviétiques et Américains, consécutive à l'effondrement du nazisme, la France choisit résolument le camp occidental pro-américain en adhérant à l’OTAN. Elle se réconcilie aussi avec l’Allemagne (de l’ouest) en accueillant celle-ci au sein de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), une initiative lancée par Jean Monnet et Robert Schuman le 9 mai 1950.
Dans le droit fil de cette première initiative européenne, six pays d’Europe occidentale, dont la France, signent le 25 mars 1957 le traité de Rome qui fonde la Communauté Économique Européenne (CEE) à l’origine de l’actuelle Union européenne.
Pierre Mendès-France et la décolonisation
Tandis que chacun retrousse ses manches pour reconstruire le pays, la IVe République est très vite entraînée dans les guerres de décolonisation. Le 29 mars 1947, une insurrection éclate à Madagascar. Mais, brouillonne, elle est réprimée avec brutalité sur le champ.
Autrement plus grave est la guerre d'Indochine, inaugurée le 19 décembre 1946 par l'insurrection du Tonkin, à l’appel du parti communiste vietnamien de Hô Chi Minh. Tandis que capitule le camp retranché de Diên Bên Phu (7 mai 1954), le président du Conseil Pierre Mendès-France met un terme à cette guerre. À la conférence de Genève, il négocie le retrait de la France et le partage du Viêt-Nam.
À leur tour, les indépendantistes algériens du FLN déclenchent le 1er novembre 1954 une insurrection. C’est la « Toussaint rouge ».
Le 20 août 1955, ils fomentent des émeutes sanglantes à Philippeville.
Paris ne se résigne pas à lâcher l'Algérie où vivent un million d'Européens depuis plusieurs générations mais, dans le même temps, accorde une pleine indépendance au Maroc le 2 mars 1956 et à la Tunisie le 20 mars 1956.
L'imbroglio algérien ramène de Gaulle au pouvoir
Lorsque le président égyptien Nasser, solidaire des indépendantistes algériens, nationalise le canal de Suez le 26 juillet 1956, Français et Britanniques organisent une opération aéroportée sur Port-Saïd sous le prétexte de protéger le canal. Ils devront se retirer presque aussitôt sous la pression conjuguée des Soviétiques et des Américains.
En Algérie, le FLN en vient à commettre des attentats aveugles au cœur d’Alger. Le gouvernement de Guy Mollet donne pleins pouvoirs le 7 janvier 1957 au général Massu et à ses parachutistes pour y mettre fin. Très vite, journaux et intellectuels dénoncent le recours à la torture.
Les soubresauts de la question algérienne ont raison de la IVe République. Le 13 mai 1958, les Algérois d'origine européenne en appellent au général de Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France sur l'Algérie. Le 30 mai 1958, le président de la République René Coty appelle le général à former un gouvernement.
De Gaulle fonde la Ve République
Le 28 septembre 1958, les Français votent par référendum pour une nouvelle Constitution. Les habitants des colonies africaines votent également sur leur devenir et ceux de Guinée ayant demandé leur indépendance, à l’instigation de Sékou Touré, celle-ci leur est accordée sans délai le 2 octobre 1958.
Le 21 décembre 1958, Charles de Gaulle est élupour sept ans à la présidence de la République par un collège électoral qui réunit les parlementaires et d'autres élus. Le 28 décembre 1958, est créé un « nouveau franc », en accompagnement du plan de redressement économique conçu par Jacques Rueff avec l’aval du ministre des Finances Antoine Pinay.
Le 16 septembre 1959, dans une déclaration télévisée, le général de Gaulle évoque pour la première fois le « droit des Algériens à l’autodétermination ». Au cours de l'année suivante, les colonies d'Afrique noire accèdent pacifiquement à l'indépendance. En Algérie, dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, un « quarteron de généraux à la retraite » tentent de soulever les militaires et les Pieds-noirs dans un effort désespéré pour maintenir le territoire à l'intérieur de la République française. Échec du « putsch d'Alger ».
Le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettent fin à la guerre d'Algérie, non sans générer beaucoup de ressentiments parmi les militaires et les Européens d'Algérie, contraints au repli en métropole. Le 22 août 1962 survient l'attentat du Petit-Clamart, contre le général de Gaulle. Ce dernier met à profit l'émotion qui secoue le pays pour proposer l'élection du président de la République au suffrage universel direct et non plus indirect. C'est la dernière touche au régime présidentiel qu'il a toujours souhaité pour le pays.
Georges Pompidou, conseiller de De Gaulle, nommé par celui-ci au poste de Premier ministre, s'attelle à la modernisation du pays et de son industrie. La France entre, comme ses voisins, dans la société de consommation... Le 18 mars 1967, le pétrolier Torrey Canyon s’échoue dans la Manche. Cette première « marée noire » donne le coup d’envoi des mouvements écologiques mais il n’est pas encore question de réchauffement climatique.
1968, année charnière
1968 ! Une offensive communiste au Vietnam, en février, relance les manifestations contre la guerre sur les campus de Californie puis du reste de l'Occident.
Les Tchèques se prennent à rêver à un «socialisme à visage humain». Leur rêve sera écrasé par les chars soviétiques...
La jeunesse estudiantine s'agite, aussi bien dans l'Europe de l'Est, sous occupation soviétique, qu'en Europe, aux États-Unis ou au Mexique, où se préparent dans la confusion et le drame les Jeux Olympiques...
À Paris, le 3 mai 1968, la police évacue par la force 500 étudiants qui occupent la Sorbonne. Des barricades font leur apparition sur le boul'Mich du Quartier Latin, à Paris. Le 13 mai 1968, la France manifeste dans la rue contre de Gaulle, à l'occasion du dixième anniversaire de son retour au pouvoir. Les salariés se joignent aux étudiants. Mais le calme et l'ordre reviennent à la fin du mois.
Pompidou et le rêve industriel (1969-1974)
Le 28 avril 1969, au lendemain de l’échec d’un banal référendum, Charles de Gaulle démissionne. Il mourra l'année suivante. Entre temps, le 15 juin 1969, Georges Pompidou lui a succédé à la Présidence de la République. Il poursuit l'objectif de faire de la France une grande puissance industrielle, voire de rattrapper l'Allemagne. Mais il meurt de maladie le 2 avril 1974. Sa disparition coïncide avec la fin des « Trente glorieuses » (trois décennies sous le signe du développement et de la jeunesse).
La génération du chômage
Le monde occidental connaît une chute spectaculaire de l’indice de fécondité et, simultanément, un brutal ralentissement de la croissance économique, aggravé par le choc pétrolier consécutif à la guerre du Kippour (octobre 1973).
Giscard d'Estaing révolutionne les moeurs (1974-1981)
Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing (48 ans) devient le troisième président de la Ve République. Il engage dans la foulée un train de réformes : majorité à 18 ans, légalisation de l’avortement, fin du monopole public de l’audiovisuel, saisine du Conseil constitutionnel, collège unique, élection du maire de Paris, premières tentatives de maîtrise de l’immigration etc. Notons que le 22 août 1975, pour la première fois depuis 150 ans, en Corse, on tire sur les forces de l'ordre.
L’Europe fait encore rêver : le 10 juin 1979, le Parlement européen est pour la première fois élu au suffrage universel et Simone Veil en devient la présidente ; le 24 décembre 1979, le premier vol de la fusée Ariane, à Kourou, démontre la capacité des Européens à concurrencer Américains et Soviétiques dans la course à l’espace.
Mitterrand et le socialisme tranquille (1981-1995)
Valéry Giscard d'Estaing est battu aux élections présidentielles le 10 mai 1981 par François Mitterrand, candidat de l’Union de la gauche. Le 18 septembre 1981, à Paris, l'Assemblée nationale abolit la peine de mort. Cette initiative met la France au diapason des autres pays d'Europe occidentale. Le 22 septembre 1981 est inauguré le TGV Paris-Sud-Est. Le cœur de Lyon est à deux heures de Paris.
Le 20 mars 1986, après la victoire de la droite aux élections législatives, son leader Jacques Chirac devient Premier ministre. Il inaugure le premier gouvernement de « cohabitation » de la Ve République mais celui-ci débouche sur un échec et, le 8 mai 1988, François Mitterrand est réélu sans difficulté à la présidence de la République. Le 17 janvier 1991, la France participe au sein d’une coalition internationale à la guerre du Golfe contre l’Irak de Saddam Hussein.
Le 7 février 1992, les douze ministres des affaires étrangères de l'Union européenne signent un «traité d'union économique, monétaire et politique» à Maastricht, aux Pays-Bas. Les Français l’approuvent de justesse par référendum le 20 septembre 1992. Le 1er janvier 1993 entre en vigueur le Marché unique européen entre les 12 pays de la Communauté. Cette année-là, la France connaît sa première récession économique depuis la Libération.
Le 28 mars 1993, la défaite de la gauche aux élections législatives amène Édouard Balladur à la tête du gouvernement, pour une deuxième cohabitation. Le 6 mai 1994, la reine Elizabeth II et le président Mitterrand inaugurent le tunnel sous la Manche. L'Angleterre n'est plus tout à fait une île.
Chirac et la droite impuissante (1995-2007)
Le 7 mai 1995, Jacques Chirac est élu président de la République pour le dernier septennat avant l’entrée en vigueur du quinquennat. Le 28 mai 1996, il annonce la fin du service militaire obligatoire, vieux de deux siècles. Une dissolution intempestive de l’Assemblée entraîne la défaite de la droite aux élections législatives du 1er juin 1997. Il s'ensuit une troisième cohabitation, avec le leader socialiste Lionel Jospin à la tête du gouvernement.
Le traité européen de Nice du 26 février 2001, réputé bancal, et les spectaculaires attentats du 11 septembre 2001 sur New York et Washington engagent l’Europe et le monde dans des voies de traverse pleines d’incertitudes.
Jacques Chirac est réélu le 21 avril 2002, face au candidat de l’extrême-droite parvenu au second tour. Son premier gouvernement réforme l’âge du départ en retraite, puis s’abîme dans une impopularité qui débouche sur un rejet très net du projet de Constitution européenne par le référendum du 29 mai 2005. Le deuxième gouvernement est dirigé par Dominique de Villepin, proche collaborateur du Président et auteur d’un discours remarqué à l’ONU contre la guerre d’Irak, à laquelle la France refuse de participer. Il achoppe sur un projet de réforme du contrat de travail et assiste impuissant à l’envolée du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, choisi par la droite comme candidat aux élections présidentielles de 2007.
La suite est encore trop brûlante dans nos mémoires pour être gravée dans un livre d’Histoire.

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L'Histoire de France en livre numérique

1914-1944 Génération sacrifiée

Au terme d'un siècle de paix relative et de très grande expansion, l'Europe rayonne sur le monde entier comme aucun empire dans le passé. Avec 450 millions d'habitants, elle rassemble le quart de la population mondiale et constitue de très loin le continent le plus moderne et le plus riche.
C’est alors qu’elle s’engage dans la « Grande Guerre » (1914-1918), aussi qualifiée de Première Guerre mondiale.
La France va doublement en souffrir du fait qu’elle est déjà vieillissante, avec une population stagnante (40 millions d'habitants), et que l’essentiel des combats se déroulent sur son sol.
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La Grande Guerre de 14-18

Le 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand est tué à Sarajevo. C’est le début d’un enchaînement infernal. L’Autriche veut punir la Serbie mais la Russie soutient cette dernière. La France, à son tour, apporte sa garantie à la Russie.
Mobilisation générale le 2 août 1914Fin juillet, l’Autriche attaque la Serbie. La Russie mobilise. L'Allemagne, alliée de l’Autriche, lui déclare la guerre tandis que la France mobilise à son tour.
Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France et envahit la Belgique dont la neutralité était garantie par Londres. Les Anglais déclarent à leur tour la guerre à l'Allemagne le 4 août.
L'invasion est stoppée par la contre-offensive du général Joffre sur la Marne du 6 au 11 septembre 1914. Le front se stabilise dans la boue et les tranchées, de la mer du nord aux Vosges. Même chose sur le front russe.
On assiste à une guerre totale d'un genre encore inconnu, avec des armes nouvelles : gaz de combat, chars d'assaut, mitrailleuses, barbelés, aviation. La France mobilise 4 millions d'hommes (10% de sa population totale !).
En 1915, toutes les tentatives de rompre le front échouent au prix de pertes sanglantes ; en particulier le débarquement franco-britannique sur la presqu'île de Gallipoli, en Turquie. Le 21 février 1916, l’Allemagne déclenche une violente attaque autour de Verdun. Les Français encaissent le choc au prix d’une hécatombe.
Entre temps, Anglais et Français ont déclenché une offensive parallèle sur la Somme, plus meurtrière encore que la bataille de Verdun. Les États-Unis entrent dans la guerre en avril 1917 au côté de l'Entente franco-anglaise. En octobre-novembre 1917, la Russie est victime d’un coup de force des bolcheviques et leur chef, Lénine, conclut immédiatement un armistice avec les Puissances centrales.
Le général Nivelle lance une désastreuse offensive au Chemin des Dames, dans l’Aisne. Tandis que se fait sentir la lassitude, Georges Clemenceau (76 ans) forme, en novembre 1917, un gouvernement de choc pour intensifier l’effort de guerre.
Le 21 mars 1918, les Allemands, en infériorité numérique, jouent leur va-tout. Ils arrivent à Château-Thierry et bombardent Paris avec des canons à longue portée ! Pour parer au péril, le commandement en chef des armées franco-anglaises est confié à un seul homme, le général Foch. En juillet, il passe à la contre-offensive avec les premières troupes américaines. Le front allemand s’effondre.
Le 11 novembre 1918 est signé un armistice dans la forêt de Rethondes. La guerre aura fait 8 millions de morts dont 1,4 million de Français. On veut croire qu’elle sera la dernière, la « der des der » ! Mais les États européens entrent dans la paix avec d’énormes dettes contractées pour l'essentiel auprès des États-Unis. Ceux-ci sont les grands vainqueurs de la guerre même s'ils ont très peu participé aux combats.
Le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces de Versailles, par un traité de paix entre l'Allemagne et les Alliés, la France récupère l'Alsace et la Lorraine du nord. Des traités annexes sont conclus avec les autres vaincus. Le 16 novembre 1919, les élections amènent à la Chambre des députés une majorité de droite, le Bloc national, avec beaucoup d’anciens combattants (la Chambre est dite « bleu horizon », de la couleur de l’uniforme).
En janvier 1923, 60 000 soldats français et belges occupent la Ruhr pour s'assurer du paiement des réparations de guerre mais cela n’a d’autre effet que de faire plonger l’économie allemande.
En 1928, à l’initiative d’Aristide Briand, Frank Kellogg et Gustav Stresemann, respectivement en charge des affaires étrangères en France, aux États-Unis et en Allemagne, 15 nations renoncent solennellement à la guerre.
Quand arrive 1929, l'horizon se dégage. La question des réparations est en voie de règlement, la réconciliation franco-allemande et l'union politique de l'Europe en marche !

La crise et la montée des totalitarismes

Tout change en quelques mois...
Une crise boursière à Wall Street (New York) en octobre 1929 dégénère en crise économique majeure. L'Allemagne, durement frappée, se donne à Hitler en 1933. La France, elle, se convainc de pouvoir échapper à la tourmente. Le 6 mai 1931, le maréchal Lyautey ouvre en grande pompe l’Exposition coloniale qui exalte le grand-œuvre de la République.
Mais dès 1932, le pays ressent à son tour la crise économique.
Le 6 février 1934, la République est ébranlée par des émeutes antiparlementaires, consécutives au suicide de Stavisky, un escroc qui avait trafiqué avec quelques politiciens de second rang. Face à la menace présumée d'une dictature d'extrême-droite, le parti communiste conclut une alliance avec la SFIO (le parti socialiste) et le parti radical-socialiste. C'est le Front populaire.
Son triomphe aux législatives du 3 mai 1936 amène le socialiste Léon Blum à la présidence du Conseil. Il rattrape à marches forcées le retard de la IIIe République dans le domaine social : il signe avec les syndicats les accords de Matignon (l’hôtel de Matignon est la résidence du président du Conseil), instaure la semaine de 40 heures et les congés payés, augmente les salaires et procède à des nationalisations (création de la SNCF...).
Pendant ce temps, la situation internationale se dégrade. Le 16 mars 1935, en violation du traité de Versailles, Hitler rétablit le service militaire obligatoire. Un mois plus tard, à Stresa, sur le lac Majeur, le Français Laval, l’Italien Mussolini et le Britannique Mac-Donald s'engagent à ne plus tolérer aucune violation du traité. Dans la foulée, Pierre Laval signe le 2 mai 1935, à Moscou, un traité d'assistance mutuelle avec Staline.
Mais quand l'Italie attaque l'Éthiopie en octobre 1935 et qu'elle est sanctionnée par la Société des Nations, le « front de Stresa » se rompt. Le 7 mars 1936, profitant de l'effervescence qui précède les élections françaises, Hitler remilitarise la Rhénanie. Quelques mois plus tard, avec Mussolini, il apporte son aide aux nationalistes espagnols, en guerre contre leur gouvernement. Léon Blum, pressé de secourir le gouvernement légitime espagnol, préfère s'abstenir.
Après le rattachement de l’Autriche au Reich (Anschluss) en mars 1938, Hitler annonce son intention d’annexer les minorités germanophones du pourtour de la Tchécoslovaquie. Une conférence réunie à Munich lui en donne acte le 30 septembre 1938. Les Européens, résignés, se préparent à une nouvelle guerre.

La Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale débute avec l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht le 1er septembre 1939. L'Angleterre et la France se sentent obligées de déclarer la guerre à l’Allemagne deux jours après... mais se gardent bien de l'attaquer. Après huit mois d’une « drôle de guerre », Hitler, qui a réglé leur compte aux Polonais, reporte ses efforts à l'ouest.
Le 10 mai 1940, ses armées envahissent les Pays-Bas, la Belgique et la France ! Le maréchal Philippe Pétain, héros de Verdun (84 ans), remplace Paul Reynaud à la présidence du Conseil.
Le 18 juin 1940, par un Appel à la radio de Londres, le général Charles de Gaulle se pose en légitime représentant de la France résistante. Quatre jours plus tard, le gouvernement de Pétain signe l’armistice.
Pendant l’année qui va suivre, jusqu’à l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, l’Angleterre (et son Empire) luttera seule contre Hitler. Le 3 juillet 1940, la Royal Navy détruit la flotte française à Mers el-Kébir (Algérie).
Une semaine plus tard, à Vichy, l'assemblée issue des élections de 1936 vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le 24 octobre 1940, celui-ci rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire et engage la France dans la voie douteuse de la collaboration avec l’occupant.
Le 2 mars 1941, le colonel Leclerc enlève aux Italiens l'oasis de Koufra, au sud de la Libye. Avec ses hommes, il fait le serment de ne plus déposer les armes avant que le drapeau français ne flotte sur Strasbourg. Jean Moulin est parachuté en France pour organiser la résistance intérieure et la placer sous les ordres du général de Gaulle.
Le 16 juillet 1942 a lieu la rafle du Vél d'Hiv. Policiers et gendarmes arrêtent 13 000 Juifs, y compris 4 000 enfants que les nazis n'avaient pas formellement réclamés. Tous sont convoyés vers les camps d'extermination nazis. Seules quelques dizaines en reviendront. Le 23 octobre 1942, à El-Alamein (Égypte), les Britanniques du général Montgomery repoussent l'Afrikakorps du maréchal Rommel. Après cette première défaite, rendue possible par la résistance d'une brigade française à Bir Hakeim (Libye), les Allemands ne cesseront plus de reculer jusqu’à la capitulation.
Le 8 novembre 1942, les troupes anglaises et américaines débarquent en Afrique du nord. Les Allemands répliquent le 11 novembre 1942 en franchissant la ligne de démarcation qui sépare la France occupée de la France dite « libre » depuis l’armistice. Le gouvernement de Vichy perd la fiction de son indépendance.
Scène de débarquement le 6 juin 1944 (Overlord)
Le 17 mai 1944, sur les pentes du Mont Cassin, entre Naples et Rome, les Marocains du général Juin brisent la résistance allemande et permettent aux Alliés de poursuivre leur progression en Italie. C'est le principal fait d’armes de la France Libre. Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. C'est « le Jour le plus long ».
Face à l’adversité, les troupes d’occupation accentuent la terreur. Le 9 juin 1944, les SS de la division Das Reich pendent 99 otages aux balcons de Tulle, en Corrèze. Le lendemain, des nazis de la même division assassinent 642 habitants d'Oradour-sur-Glane. 
Le 15 août 1944, les Alliés débarquent en Provence. C'est le troisième débarquement après ceux de Sicile et de Normandie. Aux côtés des Anglo-saxons figure un corps d'armée constitué de 120 000 Français Libres (y compris de nombreux soldats des colonies) sous le commandement du général de Lattre de Tassigny.
Le 25 août 1944, à 15h 30, le général Leclerc reçoit à Paris la capitulation des troupes d'occupation de la capitale.
Paris libéré !
Quand les canons se taisent enfin, le 8 mai 1945, l'Allemagne et une grande partie de l'Europe sont en ruines. Environ 50 à 60 millions de victimes manquent à l'appel dans le monde, dont une grande majorité de civils : résistants, déportés, victimes de la Shoah (génocide des Juifs) ou victimes des bombardements de cités.

1848-1914 La France épanouie

Le monde occidental atteint au milieu du XIXe siècle un équilibre qu’il ne retrouvera plus de sitôt, à peine altéré par quelques conflits mineurs. Explorateurs, missionnaires, marchands et soldats unifient le monde entier à l’image de l’Europe.
Des nuages apparaissent dans les années 1870 : montée des nationalismes, grande dépression économique… mais il n’altèrent pas l’optimisme des Européens, en particulier des Français, ni leur foi dans le progrès, la science et la supériorité de leur civilisation.
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La Seconde République (1848-1852)
Avec la IIe République surgit la question ouvrière. Le gouvernement provisoire proclame le droit au travail et ouvre des Ateliers nationaux pour les chômeurs. Un décret réduit d'une heure la journée de travail (dix heures à Paris et onze en province). Le gouvernement provisoire abolit par ailleurs l’esclavage dans ses colonies (15 ans après l’Angleterre).
Les 23 et 24 avril 1848, à l’occasion des élections à l'Assemblée constituante, les Français votent pour la première fois au suffrage universel (masculin). Contre toute attente, il s’ensuit une majorité conservatrice, les paysans ayant massivement voté pour les notables locaux.
La Commission exécutive nommée par l’Assemblée impose alors la fermeture des Ateliers nationaux, ce qui provoque le 23 juin 1848 des émeutes de la faim. En trois jours, on recense 4000 morts parmi les insurgés et 1600 parmi les forces de l'ordre. La République bourgeoise est discréditée.
Un homme au nom illustre a compris la nouvelle donne sociale : Louis-Napoléon Bonaparte (40 ans). C’est le neveu de l’ex-empereur des Français. Aventurier et conspirateur (lui-même se dit socialiste), il se porte candidat aux élections présidentielles du 10 décembre 1848 et se fait élire haut la main premier Président de la République française.
Installé à l’Élysée, Louis-Napoléon cultive sa popularité en se démarquant de l’Assemblée. Celle-ci, à l’initiative du comte de Falloux, vote une loi qui instaure la liberté de l’enseignement, autrement dit permet à toute congrégation religieuse d’ouvrir un établissement, ce qui va aviver inopportunément l’anticléricalisme.
Élu pour quatre ans, le président souhaiterait se représenter mais la Constitution le lui interdit et les députés refusent de la modifier. Louis-Napoléon ne voit plus qu’une solution : le coup d’État.
C’est chose faite le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon 1er et de la bataille d’Austerlitz, au prix de 400 morts et 26 000 arrestations.
Dès le 21 décembre 1848, un plébiscite approuve le changement de régime. Celui-ci devient effectif le 14 janvier 1852 avec une Constitution rédigée à la hâte qui donne au Prince-Président des pouvoirs quasi-dictatoriaux pour dix ans. C'est la fin de la IIe République.
Le Second Empire (1852-1870)
Le 2 décembre 1852, avec l’aval du suffrage universel, Louis-Napoléon Bonaparte est proclamé Empereur des Français sous le nom de Napoléon III (le deuxième du nom est supposé être le fils de Napoléon 1er, mort en pleine jeunesse à Vienne).
Napoléon III s’engage dans une politique de prestige tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.
L'empereur prend lui-même en main la politique économique et sociale du gouvernement et participe dès 1852 à la création d’un système bancaire moderne. Le 23 janvier 1860, il signe un traité de libre-échange avec les Anglais, au grand dam des industriels français qui regrettent les protections douanières.
En moins de deux décennies, la France entre de plain-pied dans l’ère industrielle. Elle se modernise plus vite qu’en aucune autre période de son Histoire. De grands centres métallurgiques se créent de toutes pièces (Le Creusot). Le réseau de voies ferrées passe de 3 000 à 20 000 kilomètres.
L'empereur engage par ailleurs la France au côté du Royaume-Uni dans une guerre contre la Russie, sur un prétexte ridicule. C'est la guerre de Crimée, inutile et meurtrière. Pour la première fois après sept siècles de conflits, Anglais et Français combattent côte à côte ! Elle se conclut par la prise de Sébastopol. Le 30 mars 1856, le traité de Paris consacre la défaite de la Russie. Napoléon III savoure son triomphe, d’autant qu’est né deux semaines plus tôt son fils et héritier, le prince Eugène (« Loulou »).
Le 14 janvier 1858, Orsini commet un attentat contre Napoléon III devant l'opéra de la rue Le Peletier, à Paris. L’empereur en profite pour faire passer une loi de sûreté générale et pourchasser les républicains. Il décide aussi de reconstruire l'Opéra en un lieu plus sûr. Quant au terroriste, condamné à mort, il écrit à l'empereur et le supplie de soutenir la cause italienne.
Napoléon III, bouleversé, décide, au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », de conclure une alliance avec le roi de Piémont-Sardaigne, contre l’Autriche qui occupe le nord de la péninsule.
Mais après les mêlées sanglantes et désordonnées de Magenta (4 juin 1859) et Solferino (24 juin 1859), choqué, il signe précipitamment des préliminaires de paix. Par le traité de Turin du 24 mars 1860, il reçoit Nice et la Savoie en récompense de son action. Ces territoires ne sont annexés qu’après que leurs habitants se soient prononcés par plébiscite. C’est une première mondiale.
Napoléon III s'intéresse aussi à l'outre-mer et amorce la constitution d'un deuxième empire colonial après celui qui avait été perdu au traité de Paris (1763). La France prend possession de la Nouvelle-Calédonie ainsi que de la Cochinchine. Elle établit également son protectorat sur le Cambodge. Le gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe, conquiert la vallée du fleuve pour protéger le comptoir de Saint-Louis-du-Sénégal.
Le 25 mai 1864 est adoptée une loi autorisant la coalition des ouvriers et la grève dans le respect de la liberté du travail (sans que les syndicats soient licites). Le 23 décembre 1865 naît l'Union latine monétaire qui réunit notamment la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie. Là-dessus surviennent les premiers signes d’orage.
Napoléon III se lance en 1862 dans le malheureux projet de transformer le Mexique en empire latin et catholique, pour faire pendant aux États-Unis. C'est un fiasco et, le 19 juin 1867, l’éphémère empereur du Mexique Ferdinand-Maximilien de Habsbourg est fusillé à Queretaro. Napoléon III est d'autre part pris de court par l’irruption sur la scène européenne de la Prusse et sa victoire sur l’Autriche à Sadowa (1866), lourde de menaces.
Inauguration du canal de Suez (1869)
Le 17 novembre 1869, la France, par la grâce de Ferdinand de Lesseps, s’honore d’inaugurer le canal de Suez et le 8 mai 1870, un plébiscite approuve massivement la nouvelle orientation libérale du régime. Le Second Empire semble paré pour durer…
Mais le 13 juillet 1870, par l’habile caviardage d’une dépêche diplomatique, le chancelier prussien Bismarck dresse l’opinion française et les opinions allemandes l’une contre l’autre. Le 19 juillet 1870, Napoléon III cède à la pression et déclare la guerre à la Prusse, qui réunit aussitôt autour d’elle tous les États allemands. L’armée française, mal préparée, est écrasée en six semaines. L’empereur, vieilli et malade, est capturé à Sedan, le 2 septembre 1870. Deux jours plus tard, à l’annonce de cette nouvelle, les Parisiens proclament la IIIe République.
La foule devant le Corps législatif au matin du 4 septembre 1870 (Jacques Guiaud, 1870, musée Carnavalet, Paris)
Les débuts de la IIIe République
Paris est assiégé par l'armée prussienne. Léon Gambetta quitte la capitale en ballon pour tenter mais en vain de relancer la lutte contre l'envahisseur. Le 28 janvier 1871, le gouvernement provisoire de la France signe un armistice avec le roi de Prusse. Celui-ci a été proclamé Empereur d'Allemagne une semaine plus tôt, dans la galerie des glaces de Versailles.
Humiliés par leur défaite face aux Prussiens, des Parisiens fomentent, le 18 mars 1871, une émeute sur la butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, évacue aussitôt les corps constitués à Versailles. Dans la capitale livrée à elle-même se forme une Commune insurrectionnelle. Elle est anéantie par l’armée au bout de six semaines, le 28 mai 1871 (20 000 morts).
Par le traité de paix du 10 mai 1871, à Francfort, Bismarck impose un lourd tribut à la France et annexe l’Alsace et la Lorraine du nord.
Le 24 mai 1873, l'assemblée nationale retire sa confiance au président de la République Adolphe Thiers. Elle rêve d’une restauration de la monarchie mais le comte de Chambord, prétendant au trône, ruine ses espoirs en rejetant le drapeau tricolore.
Faute de mieux, le 20 novembre 1873, l'assemblée confie la Présidence au maréchal de Mac-Mahon pour sept ans. Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon introduit subrepticement le mot République dans les lois constitutionnelles. La perspective d’une restauration monarchique s’éloigne…
Le président Mac-Mahon renvoie le 16 mai 1877 le président du Conseil, Jules Simon, et quelques jours plus tard, dissout la Chambre des députés qui a eu le front de protester. La nouvelle Chambre, à majorité républicaine, récuse le ministère choisi par le président. Celui-ci n'a pas d'autre choix que de s'incliner puis de démissionner le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osera plus dissoudre la Chambre des députés.
La France se rallie dès lors sans retenue aux idéaux républicains. Le 29 mars 1880, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry expulse les religieux de l'enseignement. Devenu président du Conseil, il ouvre aux filles l’accès à l’enseignement secondaire public. Il établit par ailleurs la gratuité de l'enseignement primaire et le rend laïc et obligatoire. Son ministre Waldeck-Rousseau autorise les syndicats ouvriers.
Dans le même temps, Jules Ferry, républicain de gauche, se fait le chantre de la « mission civilisatrice » de la France. Savorgnan de Brazza établit le protectorat de la France sur le Congo et le 12 mai 1881, c’est au bey de Tunis de signer un traité de protectorat dans son palais du Bardo. Le 25 août 1883, par le traité de Hué, la France étend son protectorat à l’ensemble du Viêt-Nam.
Mais l’annonce du « désastre de Lang-son » (le repli d’une troupe française face à des irréguliers chinois) vaut à Jules Ferry d’être surnommé « Ferry-Tonkin » et, le 30 mars 1885, une immense manifestation devant le Palais-Bourbon (la Chambre des députés) l’écarte définitivement du pouvoir.
La République est secouée par le « boulangisme », un mouvement d'opinion en faveur du général Georges Boulanger. Ministre de la Guerre, celui-ci a été démis par le président Jules Grévy le 18 mai 1887 pour avoir failli céder à une provocation allemande. Sa popularité va pendant quelques mois donner des sueurs froides aux républicains. Nouveau scandale avec la mise en liquidation judiciaire, le 4 février 1889, de la Compagnie du canal de Panama. Elle entraîne la ruine de 85 000 souscripteurs, trompés par la collusion de journalistes, d’hommes politiques et d’affairistes. Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel échappent de peu à une condamnation.
La communauté nationale se ressoude autour de la dépouille de Victor Hugo, le 1er juin 1885. Le Panthéon est rouvert à cette occasion et devient le mausolée des gloires nationales. L'Institut Pasteur, premier centre de recherche moderne, est inauguré le 14 novembre 1888 à l’initiative de Louis Pasteur, le savant le plus populaire qu'ait connu l'humanité. La Tour Eiffel est inaugurée le 31 mars 1889 en avant-première de l'Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française. Le 9 octobre 1890, Clément Ader s'élève au-dessus du sol à bord d'un engin qu'il désigne d’un mot appelé à faire date : avion.
L'Affaire
Le 13 janvier 1898 éclate un scandale sans précédent : Émile Zola, écrivain renommé, publie sous le titre « J'accuse » une lettre ouverte au président de la République.
Il met en évidence l’innocence d'un capitaine juif, Alfred Dreyfus, qui a été trois ans plus tôt dégradé et condamné au bagne sous l'accusation de haute trahison.
L’Affaire va soulever les passions en France et dans le monde jusqu’à la réhabilitation du capitaine juif (1906).
Le 18 septembre 1898, au cœur de l'Afrique, à Fachoda, le chef de bataillon Marchand défie une armée anglo-égyptienne conduite par le général Kitchener. Les opinions publiques s’excitent avant que Marchand recule. On l’a échappé belle !
Le 15 avril 1900, Paris quitte le XIXe siècle avec la plus grande exposition universelle jamais organisée en France. Sont construits pour l’occasion le pont Alexandre III, le Grand Palais et le Petit Palais ainsi que les gares d'Orsay, des Invalides et de Lyon. Les frères Lumière présentent leurs films sur écran géant. On inaugure la première ligne du métro parisien et, dans le bois de Vincennes, se déroulent les IIe Jeux Olympiques de l'ère moderne !
Le député Aristide Briand fait voter la loi de séparation des Églises et de l'État le 9 décembre 1905. Après plusieurs siècles conflictuels, un modus vivendi stable s’instaure non sans mal entre les religions et la République. Il va résister pendant un siècle.
Premiers nuages
Le 8 avril 1904 est officialisée à Londres l'Entente cordiale entre le Royaume-Uni et la République française. L'Allemagne redevient l'ennemie.
Le 31 mars 1905, par le « coup de Tanger », l'empereur d'Allemagne Guillaume II tente de s’imposer au Maroc. Il renouvelle sa tentative le 1er juillet 1911 avec « l’incident d’Agadir ». La guerre est évitée grâce à un compromis du président du Conseil Joseph Caillaux. C’est la France qui finalement instaure son protectorat sur le Maroc le 30 mai 1912.
Deux ans plus tard, le 28 juin 1914, se produit à Sarajevo un assassinat somme tout banal. Il va entraîner la France et l'Europe dans la plus grande tragédie de leur Histoire.
André Larané

1774-1848 Les Révolutions

La fin de l'Ancien Régime
La France, sous le règne de Louis XVI, jouit d'une grande prospérité. Elle commence à ressentir les bienfaits de la révolution industrielle née en Angleterre avec linvention de la machine à vapeur.
Elle-même se pique de très grands inventeurs comme Lavoisier qui jette les bases de la chimie moderne ou les frères de Montgolfier qui permettent aux hommes de s'affranchir de la pesanteur. Le bien-être général s'améliore.
Mais le pouvoir monarchique est instable, victime de la faiblesse du roi et des luttes d'influence entre privilégiés. Et si la France est riche, l'État est pauvre, à cause du mauvais rendement de l'impôt.
André Larané
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Louis XVI (1774-1792), un roi trop faible et bon
Dès son accession au trône, Louis XVI (20 ans) nomme comme principal ministre le vieux comte de Maurepas qui le convainc de rappeler les magistrats du Parlement.
Ces privilégiés aux idées courtes ne vont dès lors avoir de cesse d'entraver les réformes du gouvernement. Celles-ci sont en premier lieu le fait du contrôleur général des finances, Turgot, qui supprime les douanes intérieures sur le commerce du blé. Cette mesure de bon sens est mal comprise du peuple et provoque la « guerre des farines ».
Turgot supprime aussi les corporations, qui entravent la liberté d'entreprendre, et abolit les corvées qui pèsent sur les paysans. Il prévoit de remplacer ces corvées destinées à l'accomplissement des travaux d'utilité publique par un impôt sur tous les propriétaires, la « subvention territoriale ». C'est un tollé. Le roi se sépare de Turgot et annule ses réformes.
Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, le 4 juillet 1776, les Treize colonies anglaises d'Amérique du nord proclament unilatéralement leur indépendance. La France y voit l'occasion de prendre sa revanche sur l'Angleterre. Elle reconnaît les États-Unis d'Amérique, signe avec eux un traité de commerce et intervient officiellement dans leur guerre d'Indépendance, non sans de graves inconvénients pour les finances déjà mal en point de l'État.
Necker, qui a remplacé Turgot aux finances, recourt à des emprunts imprudents pour remplir les caisses de l'État et tente de les justifier en publiant un Compte rendu au roi qui dévoile les dépenses somptuaires de la Cour. Cette indiscrétion lui vaut d'être congédié par Louis XVI.
Outre-Atlantique, Américains et Français remportent la bataille de Yorktown. Elle débouche le 3 octobre 1783 sur le traité de Versailles qui consacre l'indépendance des États-Unis.
En 1787, le contrôleur général des finances Calonne réunit à Versailles une assemblée de notables pour faire approuver un programme de réformes calqué sur celui de Turgot. Les notables acceptent tout sauf... le plus important, la subvention territoriale. C'est l'échec. Calonne est remplacé par Loménie de Brienne qui ne réussit pas mieux à faire passer les réformes.
Dans l'urgence (les caisses sont vides), le roi demande au Parlement d'enregistrer un emprunt de 420 millions de livres (la monnaie de l'époque). Les magistrats en profitent pour exiger la convocation des états généraux avec l'espoir que ceux-ci confirmeront les privilèges !
Le 7 juin 1788, à Grenoble, la sédition tourne à l'émeute. Pendant cette « journée des tuiles », les habitants bombardent de projectiles les soldats venus se saisir des parlementaires. Louis XVI se résigne à convoquer les états généraux et rappelle Necker.
Des états généraux à la Constituante
Le 5 mai 1789, Louis XVI ouvre les états généraux. C'est le début de la Révolution française. Elle durera dix ans.
Dès le 17 juin, les députés du tiers état et une partie du clergé se transforment en Assemblée nationale sur proposition de l'abbé Sieyès, qui constate que ladite assemblée représente les « quatre vingt seize centièmes de la Nation ». Le 20 juin, ils se réunissent dans la salle du Jeu de Paume. Ils décident de remettre à plat les institutions et de rédiger une constitution, selon l'exemple américain. Ils se proclament Assemblée nationale constituante.
Mais Louis XVI renvoie Necker. À Paris, on craint une intervention contre la capitale. Le 14 juillet 1789, des badauds s'attroupent, pillent une armurerie et prennent d'assaut la Bastille. Cette journée mémorable voit les premiers morts de la Révolution. Le propre frère du roi, le comte d'Artois, futur Charles X, quitte la France, donnant aux nobles le signal de l'émigration.
Paris se donne un maire, Bailly, et un commandant de la garde nationale, le général La Fayette, en remplacement de l'administration royale. Les autres villes imitent la capitale.
Une « Grande peur » s'étend dans les campagnes. Les paysans craignent que les seigneurs n'augmentent les taxes qui pèsent sur eux. Ils pillent les châteaux et brûlent les « terriers », c'est-à-dire les documents qui contiennent les droits seigneuriaux. C'est au tour des députés d'avoir peur. Dans la nuit du 4 août 1789, pour calmer les paysans, ils votent l'abolition des droits seigneuriaux.
Le 26 août 1789, les députés votent la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. L'article 1 est très beau : « Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits... »
 
Le rêve ne dure pas. Le 5 octobre 1789, une foule de Parisiennes vont chercher Louis XVI à Versailles. Le roi et sa famille déménagent pour les Tuileries. L'assemblée fait de même.
Pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille, les Français et leur roi fraternisent sur le Champ de Mars. C'est la Fête de la Fédération. Le régime semble stabilisé tandis que l'Assemblée réforme à tout va. Elle crée les départements le 15 janvier 1790, instaure l'état civil, introduit le divorce et le mariage civil, supprime le privilège d'aînesse, abolit les corporations et, dans un souci de cohérence, interdit toute association de patrons ou de salariés (cette loi entravera au XIXe siècle la création de syndicats).
Les caisses de l'État étant vides, les députés ont l'idée de saisir les terres et les biens de l'Église. En contrepartie, ils votent le 12 juillet 1790 la Constitution civile du clergé qui garantit un revenu à chaque prêtre. Le pape condamne le texte et menace de suspendre les prêtres « jureurs » qui ont prêté serment à la Constitution.
Le roi, très pieux, se met dès lors en retrait de la Révolution et utilise son droit de veto pour paralyser le travail législatif. Le 21 juin 1791, il tente de s'enfuir mais il est rattrapé à Varennes. Dès lors s'effrite la ferveur monarchiste des Français. Le 17 juillet 1791, sur le Champ de Mars, les gardes de La Fayette fusillent des républicains qui demandent la déposition du roi.
La Législative
Le 1er octobre 1791, la première Constitution française entre en application. Elle inaugure une monarchie constitutionnelle à l'anglaise où le pouvoir législatif (rédiger les lois) est confié à une Assemblée du même nom.
Les souverains étrangers voyaient au départ la Révolution sans déplaisir, escomptant un affaiblissement de la France sur la scène internationale. Mais ils commencent à s'inquiéter pour le roi et craignent une contagion révolutionnaire. Louis XVI, son entourage et les émigrés français les poussent à intervenir. De leur côté, les révolutionnaires se prennent à espérer une guerre victorieuse qui consoliderait le régime.
Sur la base de ces très mauvais calculs, le 20 avril 1792, l'Assemblée législative et le roi déclarent la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait le puissant archiduc d'Autriche, futur empereur d'Allemagne. Prussiens et Autrichiens envahissent la France cependant que le duc de Brunswick, qui commande les armées prussiennes, menace les Parisiens d'un mauvais sort.
Le 10 août 1792, la foule envahit les Tuileries et fait enfermer le roi et sa famille dans la prison du Temple. C'est la fin d'une monarchie millénaire ! Le 2 septembre 1792, des milliers de prisonniers d'opinion sont massacrés par la foule.
La Convention (1ère République)
Une nouvelle assemblée est élue au suffrage universel (à l'exclusion des femmes) et non plus comme précédemment au suffrage censitaire (seuls avaient le droit de voter et de se faire élire les hommes assez aisés pour payer un minimum d'impôt).
Le 20 septembre 1792, l'assemblée de la Convention (un nom emprunté aux Américains) se réunit pour la première fois. Le même jour, à Valmy, en Argonne, les Prussiens sont repoussés de manière inattendue par les Français, au chant de la Marseillaise. Ils repassent la frontière sans attendre.
Le 21 septembre 1792, la Convention proclame l'abolition de la monarchie et, le lendemain, entre en république. Puis elle entreprend de juger le roi. Le procès réveille l'opposition entre deux clans politiques : les Girondins qui veulent maintenir des institutions décentralisées et les Montagnards (ainsi nommés parce qu'ils siègent dans les travées élevées de l'Assemblée !), qui veulent instaurer la dictature pour sauver les acquis de la Révolution. Les Montagnards s'appuient sur les sans-culottes parisiens, toujours prêts à déclencher une émeute.
Le 6 novembre 1792, à Jemmapes (Belgique), les Français remportent une nouvelle victoire et le 21 janvier 1793, l'ex-roi Louis XVI est guillotiné en place publique.
La Révolution triomphe mais l'Angleterre ne supporte pas que l'armée française campe en Belgique, où passe une grande partie de son commerce avec l'Europe... Elle monte une première coalition contre la France.
La Convention proclame la « patrie en danger » et lève 300 000 hommes. Ne réussissant à recruter que la moitié des effectifs souhaités, elle recourt le 10 mars à la levée en masse autoritaire, ce qui entraîne dès le lendemain le soulèvement des paysans vendéens.
Les Français sont battus à Neerwinden et leurs frontières à nouveau menacées. Le général Dumouriez, vainqueur de Valmy et Jemmapes, passe à l'ennemi. Le 28 mars est constitué un Tribunal révolutionnaire pour juger les traîtres et les gens supposés tels. Enfin, la Convention confie le gouvernement à un Comité de salut public dominé par Robespierre et d'autres membres du club des Jacobins.
Le gouvernement tente d'imposer le cours forcé des « assignats », la monnaie de papier gagée sur les biens nationaux (les propriétés de l'Église saisies en 1790). C'est un échec. Les Français dédaignent la nouvelle monnaie et conservent leur or.
Le 31 mai 1793, des sans-culottes encerclent la Convention. Ils obtiennent que soient envoyés à l'échafaud les chefs girondins, soupçonnés de préparer le retour de la monarchie ! Le 17 septembre 1793, la Convention vote la loi des suspects qui permet l'arrestation de ceux qui « n'ayant rien fait contre la Liberté, n'ont rien fait pour elle ». Pour pallier la crise économique, les députés votent la loi du « maximum général » (prix et salaires sont réglementés).
Les Montagnards paraissent enfin triompher. Dans le cadre de la déchristianisation, ils se permettent d'imposer un changement de calendrier. La Convention supprime l'esclavage dans les colonies françaises. Elle officialise le drapeau tricolore. Après l'exécution de Danton, Robespierre reste seul maître à Paris.
Le 10 juin 1794, la loi du 22 prairial An II réduit les procès révolutionnaires à de simples formalités. C'est le début de la « Grande Terreur » qui entraînera la mort sur l'échafaud de milliers de simples suspects. Le 26 juin 1794, la victoire de Fleurus, en Belgique, sauve une nouvelle fois la Révolution mais elle enlève du coup toute justification à la dictature jacobine et à la Terreur.
Le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II selon le calendrier républicain), Robespierre et ses amis sont arrêtés. Ils sont guillotinés le lendemain. Ses vainqueurs, surnommés les « Thermidoriens », libèrent les suspects, mettent fin à la Terreur et rétablissent la liberté des cultes.
Le Directoire
Le 1er octobre 1795, le Directoire succède à la Convention. Dans ce nouveau régime, le pouvoir législatif est partagé entre deux conseils, les Cinq-Cents et les Anciens, et l'exécutif confié à un Directoirede cinq personnes de façon à prévenir toute dictature.
La reprise économique est forte. Le Directoire, qui manque néanmoins d'argent, invite ses généraux à rançonner les pays conquis. Le général qui y réussit le mieux est Napoléon Bonaparte.
Après avoir écrasé à Paris l'émeute royaliste du 13 Vendémiaire (5 octobre 1795), il vainc les Autrichiens en Italie. Le 18 octobre 1797, il impose la paix à l'Autriche par le traité de Campo-Formio, mettant fin à la première coalition.
Le Directoire en profite pour exporter la Révolution. Il crée des républiques-soeurs en Italie, en Suisse... sur le modèle de la France. Il envoie également Bonaparte conquérir l'Égypte ! Pour faire face à une deuxième coalition fomentée par l'Angleterre, il instaure la conscription obligatoire (loi Jourdan).
Mais la République aborde l'année 1799 en position désespérée. Elle cherche un homme fort qui puisse la sauver. Justement, Bonaparte revient d'Égypte, auréolé de gloire. Par le coup d'État des 9 et 10 novembre 1799 (18 et 19 Brumaire an VIII), il renverse le régime. On peut alors considérer que la Révolution française est terminée.
Bonaparte instaure le Consulat
Bonaparte instaure le Consulat, un régime républicain dans lequel le Premier Consul (lui-même) exerce un pouvoir quasi-absolu. Le nouveau maître du pays poursuit les réformes antérieures. Il crée la Banque de France et lui donne le droit d'imprimer - avec modération - du papier-monnaie. Il signe surtout avec le pape Pie VII un Concordat qui met fin à dix ans de guerres religieuses.
Pour contrer la deuxième coalition, Bonaparte tente de réitérer les exploits de sa première campagne d'Italie. Il bat les Autrichiens à Marengo le 14 juin 1800 mais l'ennemi ne plie vraiment qu'après sa défaite à Hohenlinden, en Allemagne, le 3 décembre 1800, face au général Moreau.
L'Autriche signe la paix à Lunéville. Puis, c'est au tour de l'Angleterre de signer la paix à Amiens le 25 mars 1802. C'en est fini de la deuxième coalition mais la paix est précaire, la France conservant la plupart de ses conquêtes.
Du Consulat à l'Empire
Bonaparte se fait désigner comme Premier Consul à vie, puis, le 21 mars 1804, pour couper court aux complots royalistes, il fait exécuter le jeune duc d'Enghien, prince de sang royal. Le même jour, il promulgue le Code Civil, son oeuvre la plus méritante et sans doute la plus durable.
Le 18 mai 1804, un sénatus-consulte établit l'Empire et promulgue la Constitution de l'an XII. Bonaparte échange son titre de Premier Consul contre celui d'Empereur. C'est la récompense qu'il s'octroie pour avoir rétabli (provisoirement) la paix et la prospérité sans sacrifier les conquêtes de la Révolution. Le 2 décembre 1804, il est sacré à Notre-Dame. Général de la Révolution française, il reconstitue à son profit l'Empire de Charlemagne !
Une troisième coalition relance la guerre. Renonçant à débarquer en Angleterre, la « Grande Armée »quitte le camp de Boulogne et se dirige à marches forcées vers la Bavière. Le 20 octobre 1805, les Autrichiens capitulent à Ulm. Mais le lendemain, à mille lieues de là, au large du cap Trafalgar, non loin de Cadix, la flotte franco-espagnole est anéantie par l'amiral Nelson. Napoléon 1er n'a plus l'espoir de conquérir l'Angleterre...
Le 2 décembre 1805, un an tout juste après son sacre, il remporte sa victoire la plus éclatante à Austerlitz, en Moravie, sur les empereurs d'Autriche et de Russie. L'Autriche rompt la troisième coalition en signant le traité de Presbourg (aujourd'hui Bratislava), le 26 décembre 1805.
Suite à une quatrième coalition entre la Prusse, la Russie et toujours l'Angleterre, les armées prussiennes sont battues à Iéna et Auerstedt, en Saxe, le 14 octobre 1806. L'Empereur des Français organise par ailleurs le « Blocus continental » pour étouffer l'Angleterre : il interdit à tous les pays européens de commercer avec elle !
Napoléon affronte les Russes à Eylau, le 8 février 1807, et obtient une victoire enfin décisive le 14 juin 1807 à Friedland. Il signe la paix avec le tsar à Tilsitt, sur un radeau au milieu du Niémen, le 7 juillet 1807. Fin de la quatrième coalition.
Le général Junot occupe Lisbonne. Dans le même temps, Napoléon croit bon d'éliminer la dynastie discréditée des Bourbons d'Espagne. Les Madrilènes, choqués, se soulèvent le 2 mai 1808 contre l'occupant français. Et le 22 juillet 1808, à Bailén, en Andalousie, une armée française se rend aux Espagnols. L'Europe découvre que quelques poignées de paysans peuvent mettre en échec les armées napoléoniennes, invaincues jusque-là !
Les nuages s'amoncellent. Le pape Pie VII ayant excommunié Napoléon, suite à l'occupation des États pontificaux, l'Empereur le fait derechef enlever. Le 6 juillet 1809, il vainc les Autrichiens à Wagram, non sans avoir frôlé la défaite à Essling.
Le 14 octobre 1809, la paix de Schönbrunn met fin à la cinquième coalition et rabaisse considérablement l'Autriche. Napoléon (40 ans), qui a divorcé de Joséphine de Beauharnais, épouse l'archiduchesse Marie-Louise (18 ans). Il en attend avant tout un héritier.
Le 24 juin 1812, la Grande Armée (700 000 hommes) envahit la Russie, qui ne respecte pas les conventions de Tilsit, et atteint Moscou. Mais elle en est chassée par l'incendie de la ville. Commence la retraite dont le caractère dramatique est illustré par la traversée de la Bérézina. Au terme de la débâcle ne restent plus que 25 000 combattants valides.
En mars 1813 se noue une sixième coalition qui réunit presque toute l'Europe. Battu à Leipzig, les 16-18 octobre 1813, Napoléon 1er évacue l'Allemagne. Malgré d'ultimes prouesses stratégiques, il est contraint à l'abdication et exilé sur l'île d'Elbe.
La restauration de la monarchie
Le traité de Paris du 30 mai 1814 enlève à la France toutes ses conquêtes depuis 1792. Grâce à l'intervention de Talleyrand, diplomate talentueux et retors, le frère de Louis XVI restaure la monarchie sous le nom de Louis XVIII (60 ans). Il octroie le 4 juin 1814 une Charte constitutionnelle datée de… la 19e année de son règne.
Mais le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan. À la stupeur générale, il va reprendre le pouvoir pendant Cent Jours. Son épopée s'achève le 18 juin 1815 à Waterloo. Il mourra à Sainte-Hélène, dans l'Atlantique sud, auréolé de légende.
Louis XVIII (1814-1824), le « roi-fauteuil »
Le 22 août 1815, les élections donnent à la Chambre des députés une majorité ultraroyaliste. Le roi la qualifie de « Chambre introuvable ». Il ne peut pas contenir la soif de revanche des anciens émigrés qui débouche sur la « Terreur blanche ».
Un deuxième traité de Paris sanctionne le retour de Napoléon en ramenant la France à ses frontières de 1790 ! Pour parer à de nouvelles tourmentes, le tsar, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse signent le pacte de la Sainte-Alliance « au nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité des trois puissances orthodoxe, catholique et protestante ». Ils sont rejoints par le Royaume-Uni puis par la France de Louis XVIII. L'Europe va dès lors vivre dans une paix relative pendant près d'un demi-siècle. La carte du continent sera à peine modifiée par l'indépendance de la Belgique (1830).
Louis XVIII dissout la Chambre et obtient la majorité modérée qu'il espérait. Mais le 20 septembre 1820, l'assassinat du duc de Berry, son neveu et héritier, provoque un durcissement du régime.
Charles X (1824-1830), chef de file des « ultras »
À la mort du vieux roi Louis XVIII, le 16 septembre 1824, son frère, chef de file des « ultras » (partisans du retour à l'absolutisme), lui succède sous le nom de Charles X (67 ans). Il fait voter le « milliard des émigrés », pour indemniser les victimes de la Révolution, et la loi sur le sacrilège qui punit de mort les profanateurs.
L'impopularité du roi culmine lorsqu'en 1829, il nomme à la tête du gouvernement le prince de Polignac, un dur parmi les « ultras ». Dans l'espoir de recouvrer sa popularité, il envoie une flotte à l'assaut d'Alger ! La ville est prise le 5 juillet 1830.
Le triomphe de la bourgeoisie
Le 25 juillet 1830, le roi publie quatre ordonnances qui restreignent les libertés. Il s'ensuit trois jours de barricades. C'est la révolution des « Trois Glorieuses ». Charles X doit abdiquer.
Louis-Philippe 1er (1830-1848), le « roi bourgeois »
Au lieu de la République attendue, c'est une nouvelle monarchie que les Chambres instituent en la personne du duc d'Orléans (57 ans), qui devient roi des Français le 31 juillet 1830 sous le nom de Louis-Philippe 1er.
La bourgeoisie tient désormais le haut du pavé. Dépeinte par Balzac dans la Comédie humaine, elle cultive les vertus de travail et d'épargne.
Mais la jeunesse préfère à ces vertus les passions sentimentales et l'amour de la Nature. C'est le triomphe du romantisme.
L'Église retrouve la place qui était la sienne avant la Révolution.
Le pays entre avec lenteur dans l'ère industrielle. Il connaît les premières révoltes ouvrières et de brèves poussées de violences. Le roi lui-même est victime de sept tentatives d'assassinat dont celle de Fieschi, en 1835 (18 morts).
Les républicains organisent une campagne de banquets à partir de 1847 pour dire leur lassitude de Louis-Philippe 1er. L'interdiction d'un banquet déclenche une manifestation le 22 février 1848. Le roi révoque son président du Conseil, François Guizot, et tout rentre dans l'ordre quand le soir du 23 février, la troupe tire sur le boulevard des Capucines. Le vieux roi n'insiste pas et laisse la place à une IIe République.
L'Algérie, héritage encombrant
Louis-Philippe 1er a reçu de Charles X un héritage encombrant : l'Algérie. Les Français, qui n'ont guère envie de l'occuper, négocient des arrangements avec les chefs de l'arrière-pays. Mais l'un d'eux, l'émir Abd el-Kader, prend prétexte d'une violation de son territoire pour proclamer la guerre sainte. Le général Bugeaud réagit avec brutalité. Il constitue des colonnes mobiles comme en Vendée, une génération plus tôt. Le 23 décembre 1847, la reddition d'Abd el-Kader met fin à la résistance.

1944-1974 L'embellie

Sans attendre la capitulation allemande, le gouvernement provisoire du général  Charles de Gaulle  relève la République. Les principaux col...